Il y a chez Virginia Woolf "un double statut de l'écriture, qui à la fois participe de la jouissance Autre et la borde." 

"L'arrêt de l'écriture la précipite dans la dépression, dans une chute subjective. Mais c'est aussi dans l'infini du naufrage que gît pour elle la vérité (...) Le mouvement de l'écriture participe de cette jouissaec qu'il a aussi pour fonction de limiter."

In Virginia Woolf, L'écriture, refuge contre la folie, Editions Michele.

 

 

Affiche Virginia Woolf

Convoquée par l'ACF-Belgique
Samedi 28 avril, 14h, rue de Washington, 40 à 1050 Bruxelles

DOSSIER DE PRESSE

Pourquoi ?
Ces derniers mois, une étrange campagne médiatique vise à exclure la psychanalyse de la prise en charge des enfants et adolescents autistes. Celle-ci se noue, en France, à une proposition de loi qui a suscité l’indignation de tous les représentants professionnels et des plus grandes associations représentant les familles. 

Cette campagne est soutenue par un intense travail de lobbying international qui allègue des intentions louables : améliorer les conditions de vie d’une catégorie de la population. Il s’agit, en fait, d’obtenir des pouvoirs publics l’exclusivité des subventions au bénéfice de méthodes de conditionnement, proposant des solutions ready-made aux familles qui cherchent avec inquiétude des voies de réponse à une réelle pénurie d’accueil institutionnel.

Qui ?
L’ACF-Belgique, communauté belge de l’École de la Cause freudienne, souhaite défendre ses convictions et faire valoir son point de vue, sous l’égide de l’Institut psychanalytique de l’Enfant réunissant psychanalystes, intervenants d’institutions spécialisées, professionnels du champ de l’enfance, qui, tous, agissent depuis de nombreuses années auprès d’enfants en souffrance, en s’orientant de la psychanalyse de Freud et de Lacan, et des avancées les plus actuelles de la recherche clinique. Les institutions belges qui s’inscrivent dans cette orientation contribuent très largement au travail d'élaboration de cette question de l'autisme en Belgique depuis deux décennies. Elles initient à la pratique en institution des intervenants venant du monde entier. 

Ce sont des psychiatres d’enfant et des psychologues formés à la psychanalyse qui, au cours des années ’60 -’70, se préoccupèrent d’extraire les enfants autistes, jusqu’alors placés en hôpital psychiatrique ou en institution fermée, de la dimension déficitaire où ils étaient assignés. L’idée d’une possibilité de traitement et d’apprentissages qui tient compte de leur symptôme de sujet, sans passer par la coercition, prit forme sur base de travaux anglo-saxons et de psychanalystes audacieux. Dans cet élan, des offres d’accueil non fondées sur le déficit et soucieuses de la particularité de chaque sujet virent le jour. 

La situation familiale fait aujourd’hui partie de cette particularité, les constellations familiales étant loin d’être identiques. Les parents sont reçus, écoutés. Les enfants ou adolescents, accueillis dans des petits groupes, sont sollicités pour des « ateliers » où peuvent se décliner leurs intérêts. Ils expérimentent de nouveaux rapports avec les objets, avec les demandes, et avec ce qui structure le monde de tous les enfants, mais dont ils se défendent, au cours des moments de repas, de jeux ou d’étude. 

Cette longue expérience a fait l’objet de nombreuses publications et de recueil de travaux. Elle n’aurait pu se soutenir sans la référence quotidienne à la psychanalyse, à ses textes, à son enseignement vivant.

Pourquoi la psychanalyse aujourd’hui dans le traitement de l’enfant autiste ? 
L’expérience d’une psychanalyse personnelle donne aux intervenants un outil sans égal pour ajuster leur action auprès des sujets autistes, en se tenant à distance d’idéaux de normalisation ou de normalité, incompatibles avec l’accompagnement professionnel de sujets en souffrance. 

Ce respect de la position du sujet est la boussole qui oriente notre action. Il ne s’agit en aucun cas de laisser l’enfant ou l’adolescent, être le jouet de ses stéréotypies, répétitions ou écholalies, mais bien de les prendre en compte comme un premier traitement élaboré par l’enfant pour se défendre, puis d’y introduire, par une présence discrète, des éléments nouveaux qui vont complexifier son « monde ».
L’enjeu est de permettre de localiser l’angoisse de l’enfant ou la perplexité que déclenche en lui l’interpellation d’un autre. Il en est de même pour la mise en jeu des fonctions du corps en lien avec cette demande. Les psychanalystes ont depuis longtemps noté la dimension de rituels de protection que constituent de nombreux traits symptomatiques invalidants. La création ou la découverte par l’enfant d’un « objet autistique », quelle qu’en soit la forme, est souvent une ressource féconde pour créer des liens et des espaces nouveaux, plus libres.

Les psychanalystes soutiennent l’inscription des enfants autistes dans des dispositifs d’apprentissage. Ils mettent en valeur que le sujet autiste est déjà bien souvent « au travail ». Les autistes dits « de haut niveau » témoignent en ce domaine d’un investissement massif de la pensée, du langage, et du domaine cognitif, où ils trouvent des ressources inédites. En revanche, ils s’élèvent avec la plus grande force contre des méthodes dites « d’apprentissage intensif », qui sont en réalité des méthodes de conditionnement comportemental. Celles-ci utilisent massivement le lobbying, voire l’intimidation, pour promouvoir des « prises en charge » totalitaires et totalisantes, qui s’autoproclament seul traitement valable de l’autisme. Loin de cette réduction, les psychanalystes souhaitent promouvoir différentes approches de l’apprentissage. 
Les classifications actuelles des troubles mentaux – spécialement le DSM – jettent une grande confusion dans le débat, réunissant au même niveau diagnostic des symptômes de l’enfance tels que le bégaiement, l’énurésie, ou les « troubles » référés à une normalité sociale (tels que les « troubles oppositionnels avec provocation » ou les « troubles des conduites »), et l’autisme proprement dit (« trouble autistique »). 
Des hypothèses étiologiques multiples présentées comme des vérités scientifiques, à la suite d’un unique article paru dans une revue, bien souvent réfuté ultérieurement, circulent dans les médias et affolent les familles. Ces hypothèses causales répondent à la réduction de l’autisme à un trouble du développement, présenté comme une maladie génétique, voire épidémique. 
Les psychanalystes suivent tous les débats scientifiques autour des causes de l’autisme infantile. Quelles que soient ces causes, elles ne peuvent réduire le sujet à une mécanique.
Ils prennent en compte les souffrances qu’ils rencontrent, et promeuvent les institutions et les pratiques qui garantissent à l’enfant et sa famille qu’ils seront respectés dans le moment subjectif qui est le leur. Ils facilitent, chaque fois que possible, l’insertion de l’enfant dans des liens sociaux qui ne le mettent pas à mal. Ils ne détiennent pas une vérité « psychologique » sur l’autisme. Ils ne proposent aucune « méthode éducative » exclusive. Ils sont porteurs d’un message clair pour le sujet autiste, pour ses parents, et pour tous ceux qui, en institution ou en accueil singulier, prennent le parti de les accompagner. Les psychanalystes, en effet, parient qu’il est possible de construire un autre monde que le monde de défense et de protection où est enfermé l’enfant autiste. Il est possible de construire une nouvelle alliance du sujet et de son corps. L’effort de tous vise à démontrer cliniquement cette possibilité.

Communiqué de presse rédigé par Pascale Simonet à partir du document de la Commission d’initiative de l’IPE : « Autisme et psychanalyse : nos convictions ». Pour de plus amples informations ://www.lacan-universite.fr

Affiche Virginia Woolf

A  Philippe Lacadée

Carte postale de Marie-Jeanne Brichard

«C’est, disiez-vous, le passage de la voix (phonèmes) à l’écriture (images) qui révèle l’équivoque du signifiant.»

A Charleroi notre unique parc se nomme Astrid. Mais elles sont trois les Parques à nous filer un destin dont sans cesse nous cherchons à nous défiler.

«  Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne » disait Achille Chavée .

La boucle ainsi est-elle bouclée ?

Elle ne l’est jamais vraiment, sauf si on décide de la boucler.

Mais dans l’attente, il nous faut encore et toujours « tenter de vivre », puisque le vent se lève, et sur la plage du « vierge vivace et bel aujourdhui  » écrire la succession des heures, car du Jour et de l’Heure nous ne savons que dalle .

Et d’Ailleurs, que savons-nous ?


Message de Yohann Deschrijver à Philippe Lacadée,

 

Cher Philippe,

Je suis surpris qu’il ne me soit pas plus facile, finalement, d’en écrire davantage sur les raisons de mon enthousiasme au sortir de votre conférence. Je ne dirai pas qu’il me faut me mettre au travail, mais au moins que les quelques fils que j’ai à tirer de ce que vous avez pu tisser samedi sont bien noués. 

D’abord, tout simplement, j’ai trouvé le sujet Walser passionnant. Le destin singulier de cet homme est extraordinaire et si j’ai aimé le découvrir dans votre livre, vous entendre le raconter dans ses détours singuliers était captivant. Il y eut aussi ce hasard amenant cette participante à doubler en allemand, comme en canon, ces mots de Walser que vous avez joliment fait résonner. Suivre votre exposé dans les murmures de la plume et du crayon de Walser, et ponctué par le point tracé par son corps dans la neige, était une promenade, non pas ironique, mais bel et bien stylisée et donc, oserais-je dire, me permettant de mieux saisir l’objet walserien. 

Aussi, suis-je très sensible à cette empreinte « littéraire » de la psychanalyse, esquissée samedi, et que j’apprécie d’ailleurs particulièrement dans vos deux derniers ouvrages. En ayant redémontré brillamment que la psychanalyse peut s’enseigner de et par la littérature, vous m’avez rappelé cet extrait exceptionnel de Süskind que vous connaissez peut-être déjà : « On sait bien que les poètes n’écrivent pas sur ce dont ils ont la connaissance, mais sur ce dont ils n’ont pas le fin mot ; et ce pour des raisons qu'ils ne connaissent pas davantage, mais qu'ils veulent à tout prix connaître très précisément. Cette imparfaite connaissance, ce sentiment de foncière étrangeté, voilà l’impulsion première qui leur fait prendre leur burin, leur plume ou leur lyre.(…) S'il en allait autrement, il n'y aurait pas de poèmes, de romans, de pièces de théâtre, etc., mais uniquement des communiqués ». 

Sur ce long chemin de la formation analytique que j’emprunte à peine, la retenue du jargon pour un discours au plus près de l’expérience singulière de Walser m’a été à la fois précieuse et enseignante. Je suis toujours émerveillé par cette force qu’a la psychanalyse de révéler l’essence même d’une vie. Dans ce sens, votre intervention était, selon moi, éminemment analytique. Si vous avez rappelé le texte de Miller sur la clinique ironique, vous avez, pour l’expérience que j’en ai, démontré combien elle est tout aussi poétique. Du malentendu à l’exil, de l’éveil à la promenade ironique, la vie, avec la psychanalyse, à s’envisager dans l’après-coup, gagne à coup sûr une ampleur poétique. Dans un monde de plus en plus désincarné et aseptisé, elle n’en ressort que plus indispensable encore. A ce titre, vos ponctuations, jamais méchantes, mais fines et factuelles, sur cette nouvelle forme de cabale lancée contre la psychanalyse dans le « traitement » de l’autisme, rendaient votre intervention d’autant plus moderne (au sens que lui donnait Rimbaud?) qu’elle en faisait cas dans un fondamental respect. 

De cette dernière remarque, je terminerai en vous disant, qu’enseignant, même pédagogue, participant aux travaux du CIEN de Bruxelles cependant, j’ai fait l’expérience en vous écoutant de l’importance de ce que resserre Pennac sous l’expression « présent d’incarnation ». Il faut que ça s’incarne, dit-il à peu près dans son Chagrin d’école. Ça s’est incarné samedi. Aussi étiez-vous debout. Futile me direz-vous, mais ça compte dès lors que ça a «conté» d’une histoire dont vous sembliez habité. Toutes les pédagogies ne pourront remplacer ce point de perspective que peut incarner celui qui veut être enseignant, ce « point d’où » que vous rappelez dans l’Éveil et l’Exil et dans le Malentendu. 

Voilà, trop rapidement sans doute, déplié un « pousse-à-la-psychanalyse-poétique » sur lequel vous avez mis le doigt.

Au plaisir de vous écouter à nouveau, oserais-je dire dans la conférence que j’organise ce 16 mai pour des (futurs) instituteurs sous le thème d’ « Amours d’enseignant »? C’est fait.

Je suis sûr que les neiges walseriennes n’auront que plus de sonorité sous les paysages corses où je vous souhaite de vous promener. Tout un poème. 

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