Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 13:37

Concernant la guerre et son pronostic, Lacan donne une indication précieuse lors du Séminaire des non-dupes errent, le 2 novembre 1973[1]. Il indique que la victoire d’une armée est strictement imprévisible parce qu’on ne peut pas calculer la jouissance du combattant et que s’il y en a qui jouissent de se faire tuer, ils ont l’avantage. Plus fort que tout, que la technologie, que le nombre, que la stratégie et la tactique, c’est la jouissance qui fait la différence dans la rencontre entre deux armées, entre deux troupeaux d’humains menés par le signifiant-maître. Cette indication n’est pas pour nous rassurer dans des temps où la vie d’un humain a une valeur tellement différente selon la contrée dont il provient : de la précieuse vie d’un occidental aux troupeaux de djihadistes endiablés par un dieu qui leur promet le paradis et mille vierges s’ils tuent un mécréant.

Dans les Cahiers de la guerre et autres textes, Marguerite Duras déclare que « si le passé des hommes pouvait s’oublier, il n’y aurait jamais de guerre ». Il ne s’agit pas ici de l’oubli de l’Histoire. Histoire qu’il vaut mieux au contraire ne pas oublier pour éviter qu’elle ne repasse les plats. Mais il s’agirait, si cela n’était impossible, d’oublier la trace de jouissance qui perdure dans les hommes. C’est toujours au nom d’une injustice, d’une douleur, d’un dol qui vous a été fait, que la guerre est déclarée. Si l’Histoire est refoulée et parce que la jouissance de la trace persiste, elle exige réparation. C’est au nom des disparus, des torturés que Théodora, l’héroïne de Duras, figure de la Résistance, fait torturer un collaborateur, parce que son mari a été capturé par la Gestapo et qu’elle ne sait pas s’il est encore vivant. C’est parce qu’elle-même petite avait reçu beaucoup de coups et qu’elle n’avait jamais pu les rendre. Le corps, encore, réclame son content.

Cette perspective de la prise des corps dans le phénomène social de la guerre nous donne la mesure de la difficulté à envisager qu’un jour la guerre puisse ne plus recommencer.

[1]« Si l’on réfléchit à la rencontre de ces deux troupeaux que l’on appelle armées, qui sont en fait des discours ambulants, chacun ne tient que parce qu’on croit que le capitaine, c’est S1. Si la victoire d’une armée sur une autre est strictement imprévisible, c’est que du combattant on ne peut pas calculer la jouissance. S’il y en a qui jouissent de se faire tuer, ils ont l’avantage. » Jacques Lacan, Les non-dupes errent - le 2 novembre 1973

Duras et la guerre, encore - Katty Langelez
Partager cet article
Repost0

commentaires

ouverture de porte paris 5 13/10/2014 17:37

Je vous complimente pour votre critique. c'est un vrai œuvre d'écriture. Continuez

Articles Récents