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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 09:44
La guerre féminise..., Sarah Abitbol

La guerre féminise …*

Sarah Abitbol

Les personnages de la série israélienne « Hatufim[1] » nous amènent à poser cette hypothèse : la guerre féminiserait-elle ? Il s’agit de trois soldats israéliens rentrant chez eux après une longue captivité. Avec les personnages palestiniens de la série, ils partagent un même sentiment d’étrangeté à soi-même, d’être en exil chez soi. C’est le trauma initial du sujet qui se réactive et s’intensifie lors de cette captivité, de manière singulière pour chacun d’eux. Comme l’enseigne Lacan, une femme, d’être pas toute, a justement cette particularité. Dans son Séminaire Encore, Lacan établit les modes selon lesquels le sujet s’inscrit comme homme ou comme femme au regard de la fonction phallique. Lacan démontre alors qu’« il n’y a pas La femme, article défini pour désigner l’universel. Il n’y a pas La femme puisque…. de son essence, elle n’est pas toute »[2]. Il y a quelque chose dans l’essence de la femme qui fait qu’elle est Autre à elle-même. Rien ne peut se dire de la femme, de sa jouissance.

En suivant le fil de cette série, on avance avec cette hypothèse : l’expérience traumatique de la captivité et les blessures psychiques qu’elle engendre, non seulement pendant l’enfermement, mais aussi dans la répétition qu’elles produisent, féminisent les sujets masculins. C'est ce que nous montrent les hommes de cette série. Chacun d’eux ne forme plus un tout. L'identification aux idéaux tombe, la virilité disparaît et le sentiment d’étrangeté s’installe. Ces hommes deviennent insaisissables pour leurs femmes, mais aussi pour leur entourage.

Prenons l'exemple le plus explicite, celui de Nimrod, l’un des soldats qui, contre toute attente, n'est pas déçu et ne se met pas en colère contre son fils lorsque celui-ci tente de déserter l’armée israélienne. Il s’agit d’une chose extrêmement rare dans ce pays. Celui qui déserte n’est plus un homme en Israël, il abandonne son peuple. Nimrod étant désidentifié de cet idéal, c’est sa femme Talia, qui ne peut supporter cette idée et se bat pour que son fils « reprenne ses esprits ». Elle va d’ailleurs jusqu’à le frapper. Pour Uri, le deuxième soldat, l'étrangeté à soi-même est saisissante puisqu’il apparaît toujours comme étant ailleurs. Il n'est jamais entièrement là, il s'évade, il est autre. Il est « pas tout » dans son lien avec sa partenaire Nourit. Djamel, le Palestinien, chef des geôliers, exilé en Syrie, dira au troisième soldat, Amiel : « Tu ne peux pas savoir qui je suis. »

Étrange, n’est-ce-pas ? La guerre, longtemps identifiée au masculin, et témoignage spectaculaire de la virilité, féminiserait les combattants. Quand ils reviennent, désidentifiés en tout ou en partie des idéaux paternels qui les avaient poussés au front, ils sont alors pas tout, pas tout homme…

*L’auteure développe plus amplement cette thèse dans La psychanalyse à l'épreuve de la guerre,sous la direction de M.H. Brousse, Paris, Editions Berg International, 2014. À paraître pour les prochaines journées d’automne de l’Ecole de la Cause freudienne.

ATTENTION : réservation obligatoire au 065/40.53.30

Ou auprès de Guy Poblome (poblome.guy@gmail.com)

ou Philippe Hellebois (ph.hellebois@skynet.be)

Nombre de places limité

www.polemuseal.mons.be

11 octobre 2014, De 13h à 18h

BAM, Beaux Arts Mons, rue Neuve, 8 à 7000 Mons

PAF : 15 euros

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