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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 16:52

« Pourquoi la guerre »…. Intéresserait-elle des psychanalystes ? C’est vrai elle a changé Freud et a fait basculer la psychanalyse de la première à la deuxième topique. C’est vrai elle a produit un texte fondamental de Lacan où il annonce de façon prophétique le futur. C’est encore vrai que la guerre lui permit de prédire notre avenir de « marché commun et camp de concentration ». Mais c’est du passé. On ne s’intéresse qu’au présent, assez de ces psychanalystes qui ne parlent que de ce qui fut. Tout cela est obsolète : la « civilisation », un mot ringard.

Mais justement, nos écrans, nos journaux, nos réseaux résonnent de bruits et d’images de guerre. Les guerres, depuis la fin de la dernière, n’ont cessé de gronder. On pourrait peut-être les écouter, s’en enseigner… Vous nous ennuyez. On n’en veut rien savoir, si ce n’est pas un spectacle qui permet de se lamenter sur la barbarie, de loin. La barbarie, c’est quand même autre chose que la civilisation, plus excitant, non ? Ne serait-ce que pour s’en lamenter et condamner les monstres. Psychanalystes, occupez-vous des « bobos de l’âme » comme disait Bernard Kouchner et laissez-nous les vrais malheurs.

Eh bien non. Des psychanalystes pensent que l’approche d’orientation lacanienne peut s’attaquer à ce réel, car c’en est un, de se répéter encore et encore. Ils pensent que la clinique des traumatisés de guerre, des blessures psychiques, nous enseigne sur les sujets qui plongent dans l’extrême. Qu’il y a lieu de poser les bases d’une nouvelle psychologie de masse, celle d’aujourd’hui, celle qui correspond aux axiomes de l’époque, dégagés par Lacan.

Pour en finir avec cette sottise qui toujours ramène la guerre à l’agressivité et à la nature,

Pour écouter une petite voix qui dit que la guerre, c’est l’autre face de ce qu’on n’ose plus appeler la civilisation,

Pour démontrer qu’il n’y a pas de guerre sans discours, qu’elle ne peut se dérouler qu’entre des êtres parlants,

Qu’ils y sont sommés d’y mettre le corps car la grande affaire des guerres tourne toujours autour des objets qu’elles s’attachent à détruire, à réduire au statut de restes. Les ruines, disait Lacan dans son texte de 1946, n’y ont rien du romantique et du grandiose de celles qu’occasionne le temps qui passe. En parcourant le Londres d’après la victoire, il n’y voyait « dans cette ville grêlée tous les deux cent mètres de rue » que les marques d’une « destruction radicale, curée au net ».

Détruire, hurlent-elles.

Des psychanalystes ont écrit un livre aux Edition Berg International, à sortir en librairie début janvier 2015, qui se propose d’en témoigner, La psychanalyse à l’épreuve de la guerre.

En attendant allez à Mons le 11 octobre. Ce ne sera pas une commémoration parmi d’autres.

Marie-Hélène Brousse, pourquoi la guerre nous intéresse-t-elle?
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