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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 11:44

L’œuvre de Marguerite Duras éclaire la clinique psychanalytique

27 novembre 2014

Cette journée s’articulera en deux temps.

En matinée, Yves Depelsenaire nous parlera de la guerre chez Freud et chez Lacan à partir de son livre récent, L’envers du décor dont vous trouverez un écho ci-dessous.

L’après-midi, Pascale Simonet prendra le relais. Nous nous mettrons à l’écoute de l’extraordinaire témoignage de Marguerite Duras dans Les cahiers de la guerre et La douleur et de ce qu’elle nous enseigne sur la politique, l’inconscient et le corps parlant. Ces « écrits » sont une des choses les plus importantes de sa vie et portent la marque de ce réel qui l’a traversée :

« Comment ai-je pu écrire cette chose qui m’épouvante quand je la relis ? Comment ai-je pu abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver ?[…]

Le mot « écrit »ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte. »

*****

« De quelle humanité est l’atroce symptôme de la Shoah ? Qu’est-ce qui commande l’élimination systématique entreprise par les Khmers rouges dont les dirigeants étaient tout sauf des sauvages ? Quelle est aujourd’hui la jouissance à l’œuvre dans l’appel répété au Dijhad ? » Ces questions qui nous hantent, Yves Depelsenaire les affronte à partir d’une thèse de Lacan - toute action représentée dans un tableau nous y apparait comme une scène de bataille.

Faisant miroiter le lieu privilégié de « ce grand trou d’ombre où le regard se perd », l’œuvre d’art ne rivalise pas avec l’apparence, mais avec son au-delà. Elle mobilise ce petit a autour de quoi tourne un combat dont l’âme est le trompe-l'œil. Elle est cette apparence qui dit qu’elle est ce qui donne l’apparence. C’est la représentation la plus efficace du leurre au sens quasi militaire du mot.

Une question traverse cet essai érudit qui arpente, pour notre plaisir, nombre de chemins insolites. Celle des nécessités et des combats dont fait signe l’art de notre temps, celui, beckettien, de la mise à nu de « l’élémentaire de l’existence ».

L’hypothèse posée pourrait se dire ainsi : nous savons bien peu de choses de l’histoire singulière dont nous sommes issus, et l’Histoire telle qu’on nous la relate n’est qu’un voile dérisoire jeté sur un grand trou de fureur et de bruit. L’histoire est une fable, pas la guerre. Impensable point de réel où se dissout le monde, pulvérisant tout langage, toute pensée.

Freud, déjà, notait dans ses échanges avec Einstein, l’étrange alliance du progrès et de la barbarie, qu’il situait comme face noire de la civilisation. C’est ce point qu’indexe Marguerite Duras, maniant avec tant d’efficace l’art du sinthome qui porte la marque du réel formaté par la science alliée à la technique - « tu n’as rien vu à Hiroshima ». Véritable épure de ce moment que repère Lacan où la trame de l’apparence se déchire et s’évanouit.

Que penser ? Que faire là où se défait toute pensée, où se dénoue toute action ? De ce réel impensable, on ne peut qu’arracher des bouts épars et dépareillés. À l’horizon de cette tentative, l’art et la psychanalyse font offre d’un secours : non pour jouer les prophètes du malheur, mais pour chercher à articuler une vérité singulière à chacun, tout en cherchant des moyens inédits pour y tendre. « L’infiniment futile devient alors comme le grain même de la durée vitale. »

Yves Depelsenaire se fait dans son livre un singulier porte-voix. Porte-voix d’inventions singulières marquantes qui cherchent à appréhender l’histoire à rebours des fictions, histoire dont la Shoah constitue l’impossible point de capiton. Porte-voix lacanien tout aussi bien, dépistant le réel de la guerre sous ses différents atours contemporains.

Lors de notre prochaine journée d’étude au CRIPSA, il développera pour nous ses élaborations sur le réel tel qu’on l’entend dans la clinique psychanalytique. Nous sommes ravis de l’accueillir, et déjà dans l’impatience de l’entendre !

Au plaisir de vous y retrouver !

Pascale Simonet

2ème journée : Marguerite Duras et la guerre
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