Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 23:16

Lecture préparatoire à la seconde journée d’étude autour de l’œuvre de Marguerite Duras sur la question de la guerre à partir de la réponse que Freud adresse à Einstein en septembre 1932.

« Pourquoi sommes-nous à ce point indignés par la guerre, vous, moi et tant d’autres ? »

Dans sa lettre à Albert EINSTEIN intitulée « pourquoi la guerre ? », Freud répond à deux questions que lui adresse son interlocuteur.

Einstein se demande « ce qui pourrait être fait pour protéger les hommes face à la fatalité de la guerre » et avance deux points que Freud relève à savoir : d’une part, le lien entre la force et le droit et d’autre part, ce qui pousse les hommes à la guerre.

  1. Freud aborde le rapport entre la force et le droit en substituant d’emblée le terme de « violence » à celui de « force ». Violence et droit sont noués, le deuxième comme produit du premier. « Les conflits d’intérêts (et d’opinions) entre les hommes sont donc fondamentalement arbitrés par l’usage de la violence ». Les plus forts obtiennent ce qu’ils veulent par la force. C’est comme ça dans le règne animal et l’homme ne s’en extrait pas : il déploie des moyens pour fabriquer des instruments et des armes pour obtenir ce qu’il désire. C’est la loi du plus fort. En réponse à la dictature de la force, une voie se fraie qui est celle du droit. La puissance supérieure d’un seul est défiée par la coalition de plusieurs plus faibles. « L’union fait la force. » La violence peut-être brisée par l’union et le pouvoir des coalisés représente désormais le droit s’opposant à la violence d’un seul. Ceci dit, cela n’en reste pas moins de la violence, alors comment passer de la violence au droit ? Pour que ce passage s’accomplisse, dit Freud, « il est nécessaire que soit remplie une condition d’ordre psychologique » càd qu’il il est nécessaire pour chacun des individus, qu’il y ait un « sentiment d’appartenance communautaire». C’est ainsi que s’érige donc pour se sentir appartenir à une communauté, toute une organisation débouchant sur des règles et des lois. « Tout ce qui est essentiel est ainsi, me semble-t-il, dit Freud, déjà là : le dépassement de la violence par transmission du pouvoir à une unité plus grande qui se maintient grâce à des liens sentimentaux assurant la cohésion de ses membres », et il ajoute : « les lois de cette association déterminent alors à quelle part de sa liberté personnelle l’individu doit renoncer ». Mais cela pose d’autres problèmes, puisqu’au sein même de la communauté des rapports de pouvoir se mettent en place, et une communauté peut se mettre en guerre contre une autre. On n’y échappe pas donc !
  1. À la question « Qu’est-ce qui pousse les hommes à un tel enthousiasme à faire la guerre ? » Freud répond à partir du concept de pulsion de mort. « Cette pulsion, dit-il, est à l’œuvre dans tout être vivant et elle tend à le pousser vers sa fin, à réduire la vie à l’état de matière inanimée. C’est pour de bonnes raisons que cet instinct a mérité le nom de pulsion de mort tandis que les pulsions érotiques représentent les aspirations à la vie. La pulsion de mort devient pulsion de destruction lorsque, avec l’aide de certains organes, elle se tourne vers l’extérieur, contre des objets. L’être vivant préserve en quelque sorte sa propre vie en détruisant ce qui lui est étranger. Mais une part de la pulsion de mort reste active à l’intérieur de l’être vivant, et nous avons cherché à déduire de cette intériorisation toute une série de phénomènes normaux et pathologiques ». Dès lors, une lutte contre la guerre serait de détourner la pulsion de mort par son adversaire, l’éros, la pulsion de vie. « Tout ce qui instaure des liens d’ordre sentimental entre les hommes ne peut que contrecarrer la guerre. » Freud relève deux types de lien, d’abord une relation qualifiée d’amour même sans finalité sexuelle, ensuite un lien qui procède de l’identification, càd un sentiment d’appartenance à une communauté.

Freud dans son texte aborde ensuite une question que ne lui a pas posée Einstein et qui a attiré mon attention : « pourquoi sommes-nous à ce point indignés par la guerre, vous, moi et tant d’autres ? Pourquoi ne l’acceptons-nous pas comme l’une des nombreuses détresses qui rendent la vie pénible ?»

Nous devons nous indigner, parce qu’on ne peut pas faire autrement nous dit Freud. Bien sûr que tout homme a droit à sa propre vie et que la guerre annihile des vies humaines, détruit des biens précieux… mais il situe la raison principale dans le fait que nous sommes des pacifistes dans la nécessité de l’être pour des « raisons organiques ». Freud argumente son propos à partir de l’évolution de la culture et note que ce processus d’évolution conduit à des transformations corporelles et psychiques. En effet, dit-il, « elles (les transformations) consistent en un progressif déplacement des buts pulsionnels ainsi qu’une restriction des motions pulsionnelles. » Le processus d’évolution de la culture n’est donc pas sans conséquence et il donne comme exemple que ce qui plaisait à nos ancêtres nous laisse indifférent voire nous insupporte. Freud relève deux principales caractéristiques de la culture, d’abord le renforcement de l’intellect (qui domine la vie pulsionnelle) et ensuite l’intériorisation du penchant à l’agression avec ce que cela implique. La guerre est ce qui contrecarre brutalement ces avancées culturelles et c’est là que Freud pose son indignation. Il dit, je cite : « les dispositions psychiques vers lesquelles nous entrainent irrésistiblement le processus culturel sont contrecarrées par la guerre de la manière la plus brutale. »

On ne peut donc pas faire autrement que de s’indigner face à ce qui va à l’encontre de la culture, seule chance de contrecarrer la guerre et en même temps force est de constater que la culture participe de la guerre.

1. Freud S., « Pourquoi la guerre ? Lettre à Albert Einstein », Anthropologie de la guerre,  éd. le livre de poche, pp. 253 à 271.
Pourquoi sommes-nous indignés par la guerre? Maïté Masquelier
Partager cet article
Repost0

commentaires

serrurier paris 24/11/2014 18:48

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

Articles Récents