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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 20:01

Une vie intranquille

Marguerite Duras fait partie de ces écrivains qui ont embrassé l’époque qu’ils ont traversé. Femme écrivain et femme politique elle fut de toutes les épreuves et de bien des combats du XXème siècle. Née en 1914 dans l’Indochine coloniale près de Saigon, elle reste profondément marquée par les paysages du Vietnam, la folie maternelle et l’histoire vécue avec Léo, le riche amant chinois qu’elle n’aime pas mais avec lequel elle découvre le désir à l’âge de quinze ans. Elle quitte cette terre natale après le bac pour venir à Paris faire des études de droit et de sciences politiques. Elle y fréquente le milieu du théâtre où elle rencontre Robert Antelme qui devient son amant et qu’elle épousera en 1939. Voulant travailler elle est d’abord engagée à 24 ans par le ministère des colonies dont elle démissionne quelques mois plus tard pour se mettre à l’écriture de son premier roman. L’appartement où ils s’installent bientôt au 5 rue Saint Benoît deviendra un lieu de rendez-vous pour les résistants et évadés politiques et plus tard pour le milieu intellectuel parisien. Elle tombe enceinte de Robert mais l’enfant naît mort. La même année elle perd son petit frère. Ces deuils la marquent profondément et déjà l’écriture est pour elle un rempart à la douleur.

Elle fait alors la rencontre de Dionys Mascolo dont elle tombe follement amoureuse. Avec lui et Robert elle rejoint à 29 ans la résistance, par l’intermédiaire de François Mitterand. Robert est déporté. Si elle a commencé à écrire avec Robert, avec Dionys dont elle aura un fils elle découvre l’infidélité et les scènes de jalousie. Leur relation dure néanmoins quinze ans et Dionys lui restera proche toute sa vie. Elle écrit nombre de romans et nouvelles pendant cette période. Toujours avec lui elle entre ensuite au parti communiste où elle restera de nombreuses années mais sa voix trop singulière fait scandale, elle en sera exclue en 1950 pour « tentative de sabotage du Parti par usage de l'insulte et de la calomnie, fréquentation de trotskistes et fréquentation des boîtes de nuit. ». La même année est publié Un barrage contre le pacifique, salué par la critique il rate de peu le prix Goncourt. La carrière d’écrivain de Duras est lancée. Sa relation amoureuse avec Dionys Mascolo se termine définitivement en 1956 mais ils vivent ensemble jusqu’en 1964.

C’est en 1957 qu’elle fait la rencontre de Gérard Jarlot. Journaliste et scénariste brillant, cultivé et grand séducteur, de dix ans plus jeune qu’elle, il va bouleverser son rapport à l’écriture. Cette rencontre a lieu dans le même temps où elle perd sa mère. Avec lui elle écrit des scénarios et se tourne vers l’image, le cinéma et le théâtre. C’est un amour passionnel, terrible, violent, avec lui elle boit beaucoup, il la frappe, la trompe, mais ils travaillent aussi ensemble, collaborant sur plusieurs films, mais il est jaloux de son succès et elle de ses infidélités. L’histoire dure quatre ans et lui inspire l’écriture de Modérato Cantabile, Dix heures et demie du soir en été, L’après midi de Monsieur Andesmas, Hiroshima mon amour, Le ravissement de Lol V. Stein et Le Vice-Consul. Elle essaiera de parler de cet homme dans « l’homme menti », roman qui restera inachevé. Gérard Jarlot dont elle se sépare en 1964 au moment où elle écrit Le ravissement, meurt d’une crise cardiaque deux ans plus tard. Marguerite Duras en est durablement affectée. Après cette histoire qui la laisse dévastée ce sera le désert sentimental pendant quinze ans, jusqu’à sa rencontre avec Yann Andrea en 1980.

Parallèlement elle écrit comme journaliste. En 1960 elle prend partie contre la guerre d’Algérie et signe le manifeste de 121. En 1970 elle milite pour l’avortement et signe le manifeste de 343. Elle défendra toute sa vie la cause des femmes, portant sur la féminité et la question du désir féminin un éclairage toujours précieux à notre époque. Pendant « les évènements » de mai 1968, elle se trouve en première ligne au côté des étudiants contestataires et participe activement au comités des écrivains-étudiants. Elle s’intéresse également à plusieurs affaires criminelles et faits divers, publie une tribune extrêmement controversée dans Libération lors de l’affaire Grégory et réécrit le crime des Viaduc de la Seine-et-Oise, prenant toujours le point de vue du criminel, défendant le crime. Les crimes la passionnent, les gens qui sont dans la passion au point de sortir de l’humanité la fascinent. Pour Duras le crime est profondément humain. Dans une émission intitulée « Femmes d’aujourd’hui », enregistrée à Radio Canada en 1981, Marguerite Duras s’exprimait ainsi : « Il ne faut pas mentir : tout le monde a eu envie de tuer. [...] Moi, j’ai envie de tuer très souvent [...] ; le meurtre, il est dans l’homme. L’homme tue pour manger, il tue pour vivre, il tuerait pour son plaisir s’il n’était pas arrêté justement par ce que l’on peut appeler la civilisation. »

Durant cette période, Marguerite Duras travaille plus que jamais, naviguant entre l’écriture de romans et la mise en scène, au théâtre et au cinéma. Elle a travaillé avec Resnais et Peter brook au cinéma, au théâtre elle a donné l’un de ses grands rôles à Madeleine Renaud qui joue avec Bulle Ogier. Maintenant elle réalise ses propres films. Mais c’est une grande période de solitude et l’alcool ne la quittera jamais plus. En 1980, suite à une crise grave qui la conduit à être hospitalisée, elle fait la rencontre de Yann Andrea, trente-huit ans plus jeune et homosexuel, avec lequel elle vivra à nouveau un amour terrible, impossible et platonique celui-là, qu’elle met en scène dans plusieurs livres L’été 80, L’homme Atlantique, La maladie de la mort, Les yeux bleus cheveux noirs, et enfin La pute de la côte Normande. Il sera son compagnon durant seize ans, de ses soixante-six ans jusqu’à sa mort à Paris, en 1996, à l’âge de 82 ans.

L’écriture Durassienne

L’amour a donc tenu une grande place dans sa vie et son écriture. Une grande partie de son œuvre se situe à ce qu’elle appelle « l’endroit de la passion. Là où on est sourd et aveugle. » dit-elle à Michelle Porte. Et tous ses livres sont en effet d’une manière ou d’une autre des histoires d’amour portées par une certaine opacité du désir. D’ailleurs elle déchaîne elle-même les passions comme écrivain, on l’aime ou on la déteste mais son style ne laisse pas ses lecteurs indifférents. Elle commence à écrire à 30 ans et poursuit toute sa vie une recherche inlassable pour atteindre à une écriture dont la forme narrative se déploie toute entière dans l’espace de la parole. Elle semble vouloir parvenir à une écriture qui inclut le lieu où s’origine cette parole. Une écriture qui s’affranchirait du récit pour se faire énonciation pure et dire ce qui échappe au sens même, ce qui s’attrape dans le creux de cette parole déployée autant qu’impuissante, dans ce qu’elle tait et qui se saisit au détour d’un cri, d’un regard, d’un silence.

A cette fin elle laisse assez vite de côté l’écriture narrative pour s’intéresser à d’autres formes, elle écrit des scénarios pour le théâtre et le cinéma, des entretiens, et travaille à la mise en scène de ses propres textes, en quête d’une forme nouvelle qui serait tout à la fois, texte-théâtre-film. A l’instar de Bataille ou Blanchot, elle défend une littérature difficile, une écriture qui partirait de l’intérieur et qui, comme la poésie, va contre la facilité du sens : « Mes livres sont-ils difficiles c’est ça que vous voulez savoir ? Oui, ils sont difficiles. Et faciles. L’amant c’est très difficile, La maladie de la mort c’est difficile, très difficile. L’homme Atlantique c’est très difficile mais c’est si beau que ce n’est pas difficile. Même si on ne comprend pas. On ne peut pas comprendre d’ailleurs ces livres-là. Ce n’est pas le mot. Il s’agit d’une relation privée, entre le livre et le lecteur. » Ou encore : « Ecrire ce n’est pas raconter des histoires. C’est le contraire de raconter des histoires. C’est raconter tout à la fois. C’est raconter une histoire et l’absence d’une histoire. C’est raconter une histoire qui en passe par son absence. »

L’écriture pour Marguerite Duras, c’est un lieu, « le lieu de l’égarement », du doute, et celui aussi de la solitude la plus radicale. C’est également un lieu impossible à atteindre sans se mettre en danger de vertige, le vertige d’arriver au bord d’une certaine lucidité, au bord du sens, au bord du vide que l’on rencontre dans la parole elle-même. « Ecrire serait à l’extérieur de soi dans une confusion des temps, entre écrire et avoir écrit, entre avoir écrit et devoir écrire encore, entre savoir et ignorer, c’est partir du sens plein, en être submergé et arriver jusqu’au non sens. » dit-elle dans La Vie matérielle. Pour J.-A. Miller l’écriture de Duras « se soutient du rapport à l’indicible », s’approche d’un voyage au bord de l’indicible dont nous n’aurions en quelque sorte « que des fragments », ce qui a pu être sauvé dit-il, « et on doit pour chaque phrase en être reconnaissant que quelqu’un ait pu le faire ». De Lol V. Stein, Duras dira à Pierre Dumayer que c’est un roman pour elle-même obscur, d’une obscurité limite, rencontré en allant « au bout de sa lucidité personnelle ».

Quand elle écrit Le Ravissement de Lol V. Stein elle se sépare de l’infidèle Gérard Jarlot, elle redoute alors de devenir folle, comme son personnage, de cet amour. Son entourage s’inquiète. Elle rapporte à Laure Adler qu’il prit naissance à partir d’un moment de désillusion et sous le signe de la perte, en confrontation avec un vide, c’était : « Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi-totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » Le Ravissement marque une rupture dans son écriture. « Duras signale que « c’est un livre à part. Un livre seul ». C’est à partir de ce texte qu’elle s’avancera dans cette écriture qui lui est si particulière, obscure, opaque, non narrative, non linéaire, faisant œuvre des questions qui l’habitent depuis toujours et notamment celle de l’énigme du désir sexuel. A cet endroit il y a un vide, une absence que tente de cerner l’écriture. Pour Lacan, si Duras est désarmée quand il s'agit d'écrire l'acte d'amour, c'est parce que c'est la seule occasion où il lui est absolument interdit de mentir. Le désir sexuel est le point aveugle dans l’écriture de Duras, ce qui ne peut se dire et qui est pourtant présent, en creux, dans chaque phrase, dans chaque silence.

Au fil de ses textes revient donc inlassablement la dimension impossible de la rencontre amoureuse. « Dans l’hétérosexualité il n’y a pas de solution. L’homme et la femme sont irréconciliables et c’est cette tentative impossible et à chaque amour renouvelé qui en fait la grandeur » dit-elle dans La Vie Matérielle. Les personnages de Duras sont aux prises avec un amour « impossible à domestiquer » nous dit Lacan dans son hommage. Et tous sont habités d’une certaine question sur cet amour même, sur ce qui leur est caché et qui se joue dans cette scène de leur amour. En effet il y a toujours au départ une phrase, un tableau, une scène. L’amour chez Duras surgit dans la fulgurance d’un instant, d’un regard, mais l’objet qui le cause reste insaisissable, présent mais voilé, il se dérobe au regard et à la parole des personnages. C’est cette rencontre toujours manquée qui ne cesse de se répéter. Ainsi il s’agit toujours d’une histoire qui se trouve en regard d’une autre qui aurait déjà eu lieu ailleurs et dans un autre temps. Métonymique, immémorial, le désir est ici une chambre d’écho, répercutant à l’infini un signe, invisible et ineffaçable. Pour Lacan Duras célèbre « les noces taciturnes de la vie vide avec l’objet indescriptible ».

Comment parler de Duras sans aller du côté du sens puisque c’est justement contre le sens qu’elle écrit, puisque son écriture vise au contraire à déjouer le sens pour débusquer, derrière les mots, le réel comme coupure et la trace de jouissance emprunte dans le corps là où il a mordu ? Dans la Vie Matérielle Duras évoque deux souvenirs qui l’ont à jamais marqué. « J’avais entre huit et dix ans lorsque c’est arrivé. Comme la foudre ou la foi. C’est arrivé pour ma vie entière. A 72 ans c’est encore là comme hier : les allées du poste, pendant la sieste, le quartier des blancs. Le fleuve qui dort. Et elle qui passe dans sa limousine noire. La femme de l’administrateur général. Ils viennent du Laos où elle avait un jeune amant. Il s’est tué parce qu’elle était partie de lui. (…) Je me souviens de l’émotion qui s’est produite dans mon corps d’enfant : celle d’accéder à une connaissance encore interdite pour moi (…) Il ne fallait parler de ça à personne, même pas à ma mère qui, je le savais, sur ce point de la vie mentait à ses enfants. Il fallait garder cette connaissance pour moi seule. Dès lors cette femme est devenue mon secret : Anne Marie Stretter. » Puis plus loin au sujet d’une scène sexuelle vécue à l’âge de 4 ans : « Le lieu de la défloration dans le livre était ce lieu ci, le lieu des cabines de bain. Le lac est devenu la mer, la jouissance était déjà là, annoncée dans sa nature, dans son principe, inoubliable dès son apparition dans le corps de l’enfant qui est à des années lumière de la connaître et qui en reçoit déjà le signal. (…) Longtemps j’y ai pensé comme à une chose terrible. (…) La scène s’est déplacée d’elle même. En fait elle a grandi avec moi, elle ne m’a jamais quitté ».

Il y a donc chez Duras une scène originelle, celle « du commencement même » d’où s’origine la rencontre, comme s’il y avait une rencontre première, toujours vécue à nouveau, qui ne cesserait pas d’avoir lieu, un éternel retour des choses sous une forme à la fois toujours réinventée, toujours renouvelée. L’œuvre de Duras semble ainsi construite sur le modèle d’une constellation, une pluie d’étoiles, dont chacune porterait la trace de l’explosion première qui l’a vue naître et la répercuterait indéfiniment, une trace de jouissance toujours réitérée. Plus encore peut-être que dans les textes précédents une scène dans Le Ravissement de Lol V. Stein, celle du bal, a une importance toute particulière. Cette scène pourrait-on dire initie à la fois, dans le même temps, le récit et le personnage. Je cite encore Duras : « Lol V. Stein est détruite par le bal de S. Thala. Lol V. Stein est bâtie par le bal de S. Thala. (…) Elle est devenue la plus belle phrase de ma vie : Ici c’est S. Thala jusqu’à la rivière et après la rivière, c’est encore S. Thala. ».

Les critiques découpent l’œuvre de Duras en trois cycles, le cycle Indochinois, le plus autobiographique, qui s’ouvre en 1950 avec Un Barrage contre le Pacifique, dont le personnage central est Marguerite elle-même jeune, le cycle indien qui s’ouvre en 1964 avec Le Ravissement de Lol V. Stein et dont le personnage central est Anne-Marie Stretter, et le cycle atlantique qui s’ouvre avec Vera Baxter en 1980 et dont le personnage central est celui inspiré par Yann Andrea de L’Homme Atlantique. Comme les autres romans du cycle indien, Le Ravissement de Lol V. Stein présente une complexité particulière dans sa construction. Il s’agît de la reconstruction d’une histoire par un tiers, Jacques Hold, mais le sujet de l’énonciation n’est pas toujours facilement situable et la temporalité n’est pas linaire. Jacques Hold va et vient entre passé et avenir tout au long du roman dans l’effort de saisir qui est et ce que cherche cette femme « inconnaissable » qui, dès leur première rencontre, l’a littéralement captivé : Lol V. Stein.

Le fil du récit

1. L’amour

Lol a toujours été évaporée, absente a elle-même, « exilée des choses » dit Lacan. A dix-neuf ans elle fait la rencontre de Michael Richardson et l’aime au premier regard. Elle qui avait été jusque là si indifférente aux autres et aux choses, « étrangement incomplète », avec « un corps lointain indissolublement marié à lui-même », trouve l’amour dans un seul instant. Des années plus tard, Tatiana pensera que Lol a aimé Richardson « d’un amour trop grand », « comme la vie même ».

2. Le bal

C’est à partir du bal de T. Beach que Jacques Hold essaye de comprendre l’histoire de Lol V. Stein, à partir de ce moment précis du bal où une femme, Anne Marie Stretter, franchit la porte du casino. Michael Richardson est d’emblée captivée par cette femme, il tombe éperdument et instantanément amoureux d’elle. Lol voit ce bouleversement, il en est transformé. Cependant elle ne semble pas souffrir. Elle est elle-même captée par l’image de cette femme qui a fait effraction, frappée d’immobilité. À cet instant précis l’amour de Lol pour son fiancé tombe. La folle passion cesse de la même façon qu’elle a commencée, instantanément. MR invite Lol à danser pour la dernière fois de leur vie puis il se dirige vers AMS avec laquelle il dansera toute la nuit sous le regard de Lol restée suspendue à cette vision dans cet instant qui prend pour elle valeur d’éternité. « Lol resta toujours là où l’événement l’avait trouvé lorsqu’AMS était entrée, derrière les plantes vertes du bar. » Il n’y eut aucune parole. Le bal c’est cette « éviction », cet « anéantissement » de Lol au moment où le corps long et anguleux d’AMS, qui se laisse deviner sous l’élégante robe noire qui le recouvre, fait effraction. Elle ne souffre pas de l’amour perdu, elle est ravie, « elle a oublié que c’était elle qu’on n’aimait plus. Elle était en faveur et avec cet amour naissant ». Quand l’aube arrive et que le couple veut quitter le bal, Lol se met à crier et veut les retenir. Au moment où ils franchissent la porte et qu’elle ne les voit plus, elle s’évanouit.

3. Le mariage

Lol a perdu la raison mais au bout de quelques mois, peu à peu, le calme revient. Une nuit elle sort et rencontre Jean Bedford. Il la demande en mariage et Lol accepte. « Elle s’est mariée sans choix » dit Duras. « Elle n’a plus jamais préféré quelqu’un après ça. Elle s’est marié parce qu’on a bien voulu d’elle. » Ils quittent Saint Thala où avait toujours vécu Lol pour s’installer à U Bridge. Là pendant dix ans, dans une grande maison bourgeoise, Lol vivra sans bouger, sagement, une vie réglée au métronome. Elle a trois enfants. Son mari la laisse tranquille. Lol ne quitte pas la maison qu’elle passe son temps à ordonner d’une façon la plus neutre possible jusqu’au jour où une opportunité de travail se présente à son mari, ils reviennent vivre à S. Thala.

4. Effraction d’une répétition

La vie se poursuit pour Lol comme à U Bridge autour de cet ordre immuable et impersonnel de la maison jusqu’au soir où un couple s’arrête devant les grilles de la maison. Elle ne reconnaît pas encore Tatiana Karl, son amie de collège, qui était restée près d’elle durant toute la nuit du bal. Et c’est justement à la nuit du bal que cette scène vient faire écho. L’homme qui est son amant embrasse furtivement Tatiana et Lol surprend ce baiser coupable. Peu après cet événement elle « qui n’a jamais bougé dans la vie se met à bouger », elle se met à sortir et marche au hasard des rues, de plus en plus souvent, tous les jours, tout le temps. Pendant ses marches elle pense, elle est assiégée de pensées indistinctes. Bientôt cependant elle en distingue une, qui insiste, qui se fait de plus en plus précise, et bientôt qui prend forme : « Le bal reprend un peu de vie… » p.46

5. L’Hôtel des bois

Un jour, au cours d’une de ses marches, elle reconnaît JH qui sort d’un cinéma. Elle est frappée par son regard sur les femmes et reconnaît en lui le premier regard de MR, celui qu’elle a connu avant le bal. Elle se met à le suivre, elle le suit jusqu’à l’endroit de son rendez-vous avec Tatiana Karl. Au moment où cette dernière apparaît, à sa démarche, à sa chevelure, elle la reconnaît tout à fait, retrouve l’image, se souvient de son nom. Elle les suit comme malgré elle jusqu’à cet hôtel qu’elle connaît pour y être allée elle-même dans sa jeunesse avec MR, elle contourne le bâtiment et se laisse glisser dans le champ de seigle qui s’étend derrière. Tâche invisible dans le champ elle reste là, étendue face à la fenêtre devant laquelle passent et repassent Jacques Hold et Tatiana Karl, elle s’endort. Quand la lumière s’éteint elle quitte le champ et rentre chez elle à son tour.

6. Instrumentalisation de Jacques Hold

Elle trouve l’adresse de Tatiana Karl. Un jour où Jacques Hold est là ainsi que le mari de Tatiana, elle ose sonner à la porte. Elle porte une robe achetée pour l’occasion. Elle reste chez Tatiana longtemps, assez longtemps pour convaincre Tatiana qu’elle veut la revoir et les invite tous les trois à venir chez elle quelques jours plus tard. Ce soir là, elle va conduire Jacques Hold à voir et à entendre sa conversation avec Tatiana à l’insu de celle-ci, faisant par cette opération surgir « le regard comme objet ». Depuis sa première rencontre avec Lol, J. Hold est intrigué, captivé par cette femme insaisissable et pris du désir de la comprendre. À la fin de la soirée, il répond à la demande non formulée de Lol, reste après le départ des autres et obtient d’elle un rendez-vous, en échange duquel elle-même obtient de connaître le moment de son prochain rendez-vous avec Tatiana.

7. Déclenchement

Les rencontres se poursuivent où la même scène toujours a lieu où se défait et se refait un nœud indique Lacan, le nœud qui enserre l’être de Lol., et qui ne se soutient que d’être trois. J. Hold rencontre Lol, Lol assiste aux rencontres de Hold avec Tatiana, et ils se rencontrent tous les trois. Mais plus Lol s’insinue dans le couple et plus le lien qui lui est si nécessaire se défait entre Hold et Tatiana. C’est à vouloir comprendre Lol, c’est à la faire parler qu’il la rend folle indique Lacan. Il l’accompagnera à T. Beach revoir la salle de bal du casino et cette nuit là ils la passeront tous les deux à l’hôtel, sans Tatiana. Cette nuit là, Lol devient folle à nouveau, cette nuit là elle ne sait plus ni le lieu ni le temps, elle ne sait plus qui elle est de Lol ou de Tatiana. Cette nuit là où « elle ne s’identifie plus », où son être qu’elle avait dans le moment d’avant trouvé à loger dans l’être-à-trois reformé avec le couple lui échappe à nouveau, cette nuit là se réalise ce que Duras appelle « la dépersonne ».

Conclusion

Ce que dit Tatiana de Lol laisse penser qu’il y a dès le départ chez Lol un trouble du sentiment de la vie, une absence à elle-même, qu’« elle ne se trouve pas là où est son corps » indique Miller. C’est le regard dont l’enveloppe M. Richardson lors de leur rencontre qui l’habille et c’est de cette image d’elle-même renvoyée par l’Autre, de ce désir de l’Autre pour elle, qu’elle trouve à se soutenir, ce regard venant constituer un nouage imaginaire de son être avec son corps. Le fil c’est donc la robe et le regard qui suit le mouvement par lequel cette robe lui est ôtée pour en revêtir l’autre femme. En effet l’autre femme lui ravit le regard qui l’habillait et ce qui lui est dérobé à ce moment-là c’est son être, qui chez elle n’était pas sous la robe mais constitué par la robe elle-même. Et ce que Lol dès ce moment et inlassablement cherche à voir, c’est que pour l’Autre il y a dessous, puisque chez elle justement dessous il n’y a rien. Il y a donc chez Lol quelque chose qui parle à l’hystérique dans ce rapport étrange à son corps et au soutien qu’elle trouve dans l’image de l’autre femme, cependant c’est le vide que recouvre cette image qui ne tient pas toute seule ensemble, qui manque de tout support autre qu’imaginaire pour se soutenir, qui est l’indice ici de la psychose. Lol manque d’un mot, d’un signifiant qui viendrait nommer son être. Faute de cet appui symbolique, Lol reste seule séparée du reste du reste monde, cherchant pourtant désespérément par le montage compliqué qu’elle échafaude avec Tatiana et J. Hold à s’avancer toujours plus vers « cette rive lointaine où ils habitent, les autres ».

Je terminerai par cette citation de Duras dans La Vie Matérielle : « Ce que je n’ai pas dit c’est que toutes les femmes de mes livres, quelque soit leur âge, découlent de Lol V. Stein. C’est à dire, d’un certain oubli d’elles-mêmes. Elles ont toutes les yeux clairs. Elles sont toutes imprudentes, imprévoyantes. Toutes, elles font le malheur de leur vie. Elles sont très effrayées, elles ont peur des rues, des places, elles n’attendent pas que le bonheur vienne à elles. Toutes les femmes de cette procession de femmes des films et des livres se ressemblent, depuis La Femme du Gange jusqu’à ce dernier état de Lol V. Stein, dans ce script que j’ai perdu. (…) Lol V. Stein. Folle. Arrêtée à ce bal de S. Thala. Elle reste là. C’est le bal qui grandit. Il fait des cercles concentriques autour d’elle, de plus en plus larges. Maintenant ce bal, les bruits de ce bal sont arrivés à New York. Maintenant Lol V. Stein est en tête des personnages de mes livres. C’est curieux quand même. C’est elle qui « se vend » le mieux. Ma petite folle. »

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commentaires

corine 02/07/2017 16:03

Je me nomme corine âgée de 32 ans j'habite dans le 59139 wattignies .
J'étais en relation avec mon homme il y a de cela 4 ans et tout allait bien entre nous deux puis à cause d'une autre femme il s'est séparé de moi depuis plus de 5 mois . J'avais pris par tout les moyens pour essayer de le récupéré mais hélas ! je n'ai fais que gaspiller mes sous.Mais par la grâce de dieu l'une de mes amies avait eut ce genre de problème et dont elle a eut satisfaction par le biais d'un ... nommé ishaou au premier abord lorsqu'elle m'avait parlé de ce puissant je croyais que c’était encore rien que des gaspillages et pour cela j'avais des doutes et ne savais m'engager ou pas.

Mais au fur des jours vu ma situation elle insiste a ce que j'aille faire au moins la connaissance de ce puissant en question et c'est comme cela que je suis heureuse aujourd'hui en vous parlant.c'est à dire mon homme en question était revenu en une durée de 7jours tout en s'excusant et jusqu'à aujourd'hui et me suggéré a ce qu'on se marie le plus tot possible.je ne me plein même pas et nous nous aimons plus d'avantage. La bonne nouvelle est que actuellement je suis même enceinte de 2 mois. Sincèrement je n'arrive pas a y Croire a mes yeux qu'il existe encore des personnes aussi terrible , sérieux et honnête dans ce monde, et il me la ramené, c'est un miracle. Je ne sais pas de quelle magie il est doté mais tout s'est fait en moins d'une semaines. Vous pouvez le contacter sur:

son adresse émail : maitreishaou@hotmail.com ou appelé le directement sur whatsapp numéro téléphone 00229 97 03 76 69

son site internet: www.grand-maitre-ishaou-13.webself.net

melanie 06/01/2017 00:31

Bonjour !
Je m’appelle melanie, je veux partager avec vous mon histoire. Il y a de cela 2mois environ, c'était le calvaire entre mon mari et moi . Les disputes entre mon mari et moi se répétaient jusqu'au jour ou il quitta la maison. Suite à cela jai parlé avec une amie qui m'a donné les adresses du puissant pratiquant de la margis le maitre amankpé à qui je devais m'expliquer. Comme j'aime encore mon mari j'ai contacté ce puissant pratiquant qui m'a promis de me le faire revenir pour toujours. J'ai passé à quelques rituels et bizarrement dans les sept jours à suivre mon époux est revenu en me suppliant de lui pardonner pour tout ce qu'il a pu me faire et bien sur on s'est réconcilié. Ce fut un véritable miracle dans ma vie. on na passer la fête ensemble s'etais bien
Alors pour tous vos problèmes (ruptures amoureuses ou de divorce, maladies, chance, stérilité, problème de blocage, d'attirance de clientèle, problème de chômage, portefeuille magique etc...) je vous conseille de faire comme moi.
Je vous assure que vous trouverez la satisfaction avec le maitre amankpé; voici son mail: maitreamankpe@gmail.com

ou appelé le directement sur whatsapp numéro téléphone 00229 94 93 64 59

lopez 10/10/2015 13:43

Bonsoir chèrs frères et soeurs
Je m'apelle CELINE LOPEZ
Je fais ses témoignages pour témoigner la compétence d'un vieux vraiment formidale.
Je vous assure que j'ai eu à contacter plusieurs marabouts qui sont rien que des faux , des menteurs, des escros je ne sais plus quoi les qualifiés mais suite aux plusieurs recherches je suis tomber sur ce vieux qui m'a vraiment redonner le bonheur , le bonheur que je recherche depuis tant d'années il est vraiment formidable je souffrais d'une rupture avec mon mari il m'a quitté cela à fait 1 an 1 mois et mème au boulot j'ai perdu le travail mon père était gravement malade mais dans un interval de 3 jours je vous rassure que j'ai eu des miracles dans ma vie grace à ce vieux aujourd'hui je vis bien avec mon mari , mon père est guérit, on m'a rapellé au boulot et j'ai mème reffuser mais actuellement je suis dans un autre service qui est mieux que l'autre vraiment je ne sais pas comment remercié ce vieux il m'a travailler sans me prendre un euro j'ai d'abord eu la satisfaction avant de le récompenser vraiment il est très bon ce vieux . Alors vous qui souffrez de n'importe que problème , vous qui avez n'importe des soucis ne vous faites plus de souci contacté directement ce vieux voici son adresse mail retourbonheur@yahoo.fr ou vous pouvez l'apellez directement sur son numéro portable 00229 98 25 61 15

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