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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 17:44
Il reste quelques places pour cette dernière journée de formation cette année. N'hésitez pas à nous rejoindre.
Lieu : Centre de recherche et d'intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa)
33, rue Huart Chapel à Charleroi
Inscription par téléphone au 0475/36.50.19. Prix pour la journée : 50 euros à verser sur le compte n° 360-0409591-63.
Des comptes rendus des interventions précédentes sont disponibles sur le blog http://cripsa.over-blog.com. Nous vous invitons à vous inscrire à la newsletter du blog pour être averti des nouveaux articles publiés à chaque fois.



Atelier 3 : La psychose ordinaire, un nouveau concept. Définition, pertinence et clinique.


Le samedi 19 avril 2008 avec Katty Langelez et Guy de Villers (9H30-16H)

Katty Langelez :Le ravissement plutôt que le déclenchement

Geert Hoornaert étant retenu ce samedi, Katty Langelez interviendra et développera le thème du ravissement.
A partir d'une intervention d'Eric Laurent au cours de Jacques-Alain Miller en juin 2000, dont vous pouvez trouver le compte rendu dans un texte intitulé « un sophisme de l'amour courtois », le ravissement de Lol V. Stein, très beau roman de Marguerite Duras, a servi à dégager des avancées conceptuelles quant à la psychose ordinaire et aux suppléances qui permettent de tenir réel, symbolique et imaginaire quand le mot manque pour les nouer. C'est sur cette forme particulière d'être-à-trois mise en valeur chez Lol V. Stein, bricolage fantasmatique après le ravissement, que sera mis l'accent ainsi que sur la fonction qu'écrire a eue pour Marguerite Duras.

Guy de Villers : Branchement, débranchement, rebranchement

La psychose ordinaire se découvre au détour de ces figures du rapport  l'Autre. Nous nous en approcherons à partir de trois vignettes cliniques qui présente la manière dont certains sujets se soutiennent ou non dans l'existence alors qu'elle ne tient à rien.
Ces cas de psychose ordinaire ont été présentés par le professeur Jean-Claude Maleval en janvier 2003. Je vous invite à lire l'exposé des cas avant de nous retrouver le 19 avril 2008. Vous pouvez trouver le cours complet à l'adresse internet : w3.erc.univ-tlse2.fr/pdf/element_psychose_ordinaire.pdf

Extrait de :
ELEMENTS POUR UNE APPREHENSIONCLINIQUEDE LA PSYCHOSE ORDINAIRE
PROFESSEUR JEAN-CLAUDE MALEVAL (RENNES) : séminaire des 18 et 19 janvier 2003.

Le branchement sur un proche.
Ce qui retient l'attention dès les premiers entretiens chez Arielle est son élégance. Cette jeune femme apporte un soin extrême à son image. Elle n'a jamais présenté de symptôme psychotique manifeste. Selon son entourage elle exerce son métier et ses fonctions de mère de famille de manière satisfaisante. Pour les autres elle parait adaptée et heureuse, mais pour elle rien n'a de sens. "Chaque moment est bien, dit-elle, pourtant l'ensemble de la journée ne l'est pas: le un plus un plus un ne se fait pas". Elle ne dispose pas de la fonction phallique pour assurer le bouclage de la signification. Aussi est-elle contrainte de se tourner vers les autres pour s'orienter dans l'existence. Le soin pris à son image ne s'enracine guère en une volonté de séduire: il s'agit plutôt pour elle de masquer ce qu'elle nomme "le tas de boyaux". Parfois, confie-t-elle, pour me rassembler, je me regarde dans une glace, j'y vois ce que les autres voient". Cette formule indique que son regard sur elle-même se règle d'après l'opinion des autres, ce qui lui suggère le plus souvent d'adopter une attitude conformiste. "Je tiens par l'image, note-t-elle, si bien qu'il m'arrive de me demander ce que j'aurais fait si j'avais été aveugle, adaptée, et si elle ne présente pas le fonctionnement "comme si",elle le doit pour une grande part à la présence de son mari. Ce qu'elle l'exprime en une formule lapidaire: "je ne tiens à rien et pourtant je suis très dépendante de mon mari. C'est paradoxal". Elle précise: "je ne supporte pas qu'on attaque mon mari: c'est comme scier la branche sur laquelle je suis assise. Je m'alimente à ses pensées".
Pourtant Arielle affirme par ailleurs n'avoir découvert la souffrance qu'après son mariage. Lors de son enfance et de son adolescence,elle écartait aisément les problèmes, elle mettait les gens dans sa poche, elle s'arrangeait pour que l'avenir soit le bonheur. "Je m'appuyais sur mon nom", observe-t-elle, en effet son patronyme de naissance évoque une idée de jeunesse et de gaieté. Nommons-là "Jouvence". "J'étais gaie, insouciante, chouchoutée par mes professeurs, on plaisantait souvent de manière agréable sur mon nom, j'étais une sorte d'eau de jouvence. Dès toute petite je puisais
là une détermination à être heureuse". La propension à la substantivation du patronyme, souvent notée chez des sujets destructure psychotique, avait été mise par Arielle de manière originale au service de repères imaginaires stabilisants. "Or,poursuit-elle, après mon mariage, quand j'ai perdu le nom de mon père, et surtout l'omniprésence de ma mère, je suis tombée malade"1.
Il faut noter qu'elle trouvait aussi du côté de sa mère  un soutien d'importance. "Je n'ai pas de désir, constate-t-elle en une phrase remarquable, mais c'est le contraire de celui de ma mère". Elle précise que dans son enfance, sous son air insouciant et gai,elle s'est toujours efforcée de faire le contraire de sa mère. "C'était quelqu'un de plaintif, toujours en train de faire son ménage, tandis que j'étais joyeuse et bordélique". Il semble que le signifiant patronymique, pris à la lettre, ait permis à Arielle de ne pas être prise en une relation trop mortifère à sa mère, en lui ouvrant la possibilité de s'orienter en s'opposant à celle-ci. Ce texte conjugue un « cas extraordinaire » et un moment capital, décisif mais pas ultime dans l'investigation lacanienne des psychoses. Cette conceptualisation a une importance historique capitale, nous pourrions dire classique, mais a également ses limites que la clinique boroméenne essaie de cerner et de dépasser par une connexion bien plus étroite entre signifiant et jouissance. C'est au regard du classicisme de cette conceptualisation (nous allons y revenir de suite) que certain cas ni extraordinaires au sens du « monument de la pensée », ni rares au sens de la fréquence peuvent apparaître comme ne répondant pas au modèle et être donc « extra-ordinaire ».
Or la thèse de base de la clinique boroméenne est que « l'opposition canonique entre P° et Phi°, se complète de leur non-opposition dans une thèse générale et non plus restreinte » précise J-A Miller.
Quelque chose surclasse l'opposition trouble du langage-trouble du corps.
Il n'y a plus d'un côté l'Imaginaire et les pratiques de Jouissance et de l'autre le Symbolique1.

Dans la « Question préliminaire... », ce qui fait que le monde est et reste en ordre, qui fait que nos pensées ont lieu dans notre tête et pas ailleurs, c'est le NDP comme signifiant de l'Autre c'est à dire l'A de l'A .
Quand l'A de l'A n'existe pas, alors le concept de forclusion cède la place à celui de hors-discours. Le hors-discours résorbe l'opposition entre trouble du langage et trouble du signifiant et problématise l'idée de traiter la Jouissance par le signifiant, ce qui concerne particulièrement nos constructions lors des séminaires d'élucidation des pratiques psychothérapeutiques. Il y a des troubles dans lesquels ce n'est pas la forme signifiante qui est atteinte mais la signification : le mot comme la phrase ne sont pas touchés mais tout l'énoncé est marqué d'une intention ineffable, trace d'un « jouir du langage ».

A la fin de la conversation d'Arcachon J-A Miller résumait l'usage que nous faisons de la métaphore comme structure de la clinique de la substitution et invitait à la compléter par celle de la connexion2 dont la métonymie est la structure. Mon mari s'est occupé de moi, il m'a ramassée comme une loque, il  a pris la place de ma mère. Maintenant j'ai besoin de sa présence pressante et même parfois contraignante". Toutefois, aujourd'hui encore, quand ce soutien défaille, Arielle se découvre dominée par"un attrait pour le rien", alors, précise-t-elle, "j'aspire à me poser là comme un végétal et à me satisfaire de mon inertie; je n'aspire plus à rien d'autre qu'à rien". Elle n'est pas alors envahie par une jouissance Autre: elle s'éprouve séparée de son être de jouissance : comme une marionnette, dit-elle, dont on aurait coupé les ficelles.
Tout indique que ces moments-là sont surmontés grâce à la stabilité de la relation conjugale qui fait obstacle à une dérive des identifications imaginaires. L'amour et le désir du mari permettent à Arielle de maintenir un voile phallique porté sur son être et contribuent à soutenir sa capacité à se faire représenter au champ de l'Autre. De surcroit les idéaux du mari orientent le champ de la signification et instaurent des bornes à la jouissance du sujet.

Rien qui appartienne là en propre à la position féminine. Lucien le démontre. Il a une cinquantaine d'années, il est bien adapté socialement, malgré la persistance de quelques voix apparues quinze ans auparavant lors d'un grave épisode mélancolique. Toutefois il reste fondamentalement incertain de tout. Parfois ses voix lui apportent de l'aide, en lui donnant des conseils, qu'il suit volontiers; parfois cependant elles le déprécient et l'injurient, de sorte qu'il ne peut leur accorder une totale confiance. Dans son entourage, seule sa femme connait l'existence de ces voix, et il aura fallu plus d'un an pour qu'il m'en fasse part. Sa vie professionnelle le stabilise tant qu'il accepte de se régler sur des figures d'autorité.
Mis à part un certain évitement des relations sociales, rien dans son comportement ne laisse supposer qu'il s'agit d'un sujet présentant encore quelques troubles. Parfois cependant des questions l'assaillent. "Heureusement qu'il y a ma femme, note-t-il, elle a toujours la bonne réponse, elle me rassure. Parfois quand elle me parle, j'oublie tous mes soucis. Sans elle, je ne sais pas où je serais".Il n'a jamais fait état de quelque sentiment amoureux présent ou passé à l'égard de son épouse; mais il est très conscient que son équilibre est conditionné par la présence de celle-ci à ses côtés. Cependant, même au sein d'une relation conjugale apparemment stable, les conditions d'un branchement stabilisant ne sont pas toujours réalisées.

L'époux de Jacqueline se prête moins à la soutenir que celui d'Arielle. "Il faudrait que mon mari m'aide, me dit-elle, il a beaucoup de puissance sur moi. J'ai besoin de quelqu'un pour me retrouver, ses paroles ont beaucoup de poids. Mais il me stresse. Il ne m'aime pas". Elle constate que depuis plus de dix ans il constitue son principal soutien dans l'existence tout en se révoltant contre cette situation. "Je suis trop dépendante de lui: il ne me respecte pas". Bien loin de conférer à son image une valeur agalmatique, il semble plutôt viser son être. "Il me trouve nulle, dit-elle, il me traite comme sa chose". Dès lors sa vie lui parait"incertaine et ennuyeuse". Elle se présente souvent comme une obsessionnelle, cependant l'incapacité à choisir dont elle se plaint n'est pas celle du névrosé incapable de se décider entre plusieurs objets également attrayants, pour elle aucun des possibles ne la retient vraiment. Ses rares projets sont à l'évidence irréalistes. Ses récriminations contre son mari ne sont guère suivies d'effets. Elle donne plus une impression d'inconsistance que celle d'un miroitement comme si. Sa "nullité" lui est trop présente.
Quelques années après l'avoir perdue de vue, j'ai appris qu'elle s'était jetée du haut d'une tour.
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