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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 23:03
 

Un soin paternel : expression utilisée par Jacques Lacan dans R.S.I .L’association n’est pas fréquente. On trouve bien plus souvent le duo soin maternel.

Comment différencier ces deux binaires et préciser ce que désigne « soin paternel », lequel est partie de la fonction paternelle ? 

 Le « Robert », quand il fait découler le mot « soin » du verbe soigner conduit à l’idée de soins corporels, ce qu’on traduit par la fonction de « nursing ».Mais il donne comme sens premier à ce mot celui de « préoccupation qui inquiète, qui tourmente,effort qu’on se donne pour obtenir ou éviter quelque chose ; avoir, prendre soin, penser à , s’occuper de » :il s’agit alors de façon plus large d’une prise en charge, de l’exercice pointilleux d’une responsabilité.

Une ligne maîtresse du texte des Complexes familiaux de Lacan est l’opposition entre les conduites instinctives et tout ce qui est fruit de la culture : l’homme est un animal dénaturé. Cependant il considère que les soins maternels, du moins ceux des premiers temps de l’enfant sont proches d’ une conduite instinctive .« Si,en effet, la famille humaine permet d’observer, dans les toutes premières phases des fonctions maternelles, par exemple, quelques traits de comportement instinctif identifiable à ceux de la famille biologique, il suffit de réfléchir à ce que le sentiment de la paternité doit aux postulats spirituels qui ont marqué son développement pour comprendre qu’en ce domaine les instances culturelles dominent les naturelles ,au point qu’on ne peut tenir pour paradoxaux les cas où, comme dans l’adoption, elles s‘y substituent (p24 autres écrits) »

Une autre insistance est la distinction entre la personne et la fonction : Lacan parle déjà de la paternité et de la maternité comme de fonctions distinctes de l’être biologique qui  les supporte.

 « La fonction de résidu que soutient la famille conjugale dans l’évolution des sociétés, met en valeur l’irréductible d’une transmission ( ) impliquant la relation à un désir qui ne soit pas anonyme. C’est d’après une telle nécessité que se jugent les fonctions de la mère et du père. De la mère : en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fût-il par la voie de ses propres manques. Du père : en tant que son nom est le vecteur d’une incarnation de la loi dans le désir. »

 Le mot soin désignerait alors la mise en actes de la fonction : soins plus proches de l’instinct, se rapportant au bien-être du corps, mais de façon particularisée, en ce qui concerne la fonction maternelle, rôle davantage marqué par la culture pour la fonction paternelle.

Cette dernière connaît, 2 pics, d’une part,dans la petite enfance, d’autre part au temps de l’adolescence Et elle agit en deux vecteurs :l’interdit entre la mère et l’enfant, qui a pour résultat l’introduction de la loi dans le désir et, pas moins important, le « oui  »  au plaisir, à la vie.

 Dans son commentaire de l’ « Eveil du printemps », Mr Stevens a souligné combien l’invitation à vivre incarnée dans cette pièce par 2 figures, l’une féminine, l’autre masculine était représentative de la fonction paternelle.

Cette illustration vient bien éclairer la question posée : d’une part, la fonction en œuvre est indépendante de son support : la fonction paternelle est incarnée aussi bien par une femme et un homme. De même la fonction maternelle. Et il peut y avoir alternance.

 Mais il importe que soit toujours présente comme en chiasme l’autre fonction, laquelle vienne barrer ce qu’il y aurait de jouissance débridée dans le lien.

On voit alors que la question des familles décomposées, recomposées se simplifie : elles peuvent bien fonctionner, pour autant qu’il y ait toujours en tierce l’autre fonction. 
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