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12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 23:37
La deuxième séance de notre cartel a pris comme référence deux textes dans La conclusion de la cure - Variétés cliniques de la sortie d’analyse : "Résolution curative" et "La résolution curative dans le cas du petit Hans".

Ce sont deux rapports qui situent l’orientation de fin de cure dans l’enseignement de Lacan à partir de sa lecture du mythe en terme de structure.

Le premier texte situe le cheminent de Lacan par rapport à l’Œdipe : une formalisation où opère une structure non à trois termes mais un quaternaire avec le phallus puis l’objet a. C’est tout l’effort de Lacan depuis son séminaire en 1955 sur « La Lettre volée » en passant par « L’Instance de la Lettre » en 1957 et jusqu’au séminaire IV en 1956-1957  « La relation d’objet » : son appui pris non sur une théorie sémantique mais sur le modèle mathématique pour repérer une logique à l’œuvre.

Ainsi le mythe se présente comme nous désignant et nous enseignant sur ce qui est de plus réel et qui peut se déchiffrer (intervention de JAM à Barcelone 94). Il met en jeu un lieu de non-sens, lieu d’un impossible, que le modèle mathématique de l’algorithme permet de logifier, de traduire : écritures des permutations, de formules de fantasme, de substitutions, de réductions qui écrivent une logique à l’oeuvre, une manière pour le sujet de se débrouiller avec les questions que son être lui pose..

C’est cette structuration du mythe qui permet de nouer les créations signifiantes qui se déploient dans la cure à un impossible enjeu qui s’y déploie et que le sujet s’efforce de résoudre.

Cela situe le statut du symptôme analytique comme une réponse du sujet à l’énigme qu’il rencontre et la coextensivité ou l’équivalence du développement du symptôme et de sa résolution curative. A cette époque c’est le versant vérité et déchiffrage du symptôme qui est mise en avant mais aussi une définition du symptôme qui le situe non seulement comme structure signifiante mais comme siège d’une vérité et lié à quelque chose au-delà du réel, au-delà du principe de plaisir « ça parle là où ça souffre ».

Mais si Lacan propose l’algorithme comme procédé résolutif dans sa « proposition  du 9 octobre en 67 » et qui contient le programme qui suppose la vérification exhaustive de toutes les possibilités de l’impossible que le sujet articule, il y a un reste. Freud l’articule comme «sensibilité du complexe » et Lacan le désigne comme un produit restant : l’objet a.

Ce qui nous intéresse dans ce développement c’est ce que Lacan a élaboré la formule de la résolution curative autour de la lettre, support matériel ayant fonction de supporter le message et noyau de notre être : un c’est cela, qui n’a d’autre destin que d’être rebut.

La phobie exemplifie la fonction de signifiant comme marque, localisation, ancrage de quelque chose pour le sujet et en même temps comme défense devant la jouissance.

Ainsi « wegen dem pferd » dans le cas du petit Hans déploie ses multiples fonctions et révèle le moment où apparaît la phobie : sa constitution sur le mode métonimique avec fixation de désir et sa fonction de métaphore qui vient remplacer le père défaillant et qui agit comme cause, coupure du sujet en le fixant à une séries de significations cristalisées.

Ainsi Hans démontre la théorie du signifiant et de la lettre puisque il parvient par une logique signifiante à se débarrasser de sa phobie.

Le deuxième texte exemplifie la mise en équation faite par Lacan dans le séminaire La relation d’objet  à partir du cas du petit Hans. C’est cette logification  qui permet de situer les limites de la solution trouvée par Hans et donne des indications sur une orientation de cure non pas centré sur la résolution du symptôme mais sur les solutions du sujet par rapport à l’impossible qu’il rencontre.

Nous avons relevé quelques repères intéressants pour nous enseigner du cas quant à l’orientation de cure :

-La phobie de Hans comme suppléance au père carent : un premier traitement de Hans pour répondre à l’énigme de son être.

 Hans prélève le signifiant de sa phobie sur une phrase du père  « ne le touche pas du doigt, il te mordra ». Cela va s’articuler à l’onanisme de Hans, ce moment où le pénis réel fait vasciller le phallus imaginaire qui le mettait dans une relation spéculaire à la mère. Jusque là il était inclut dans une homogénéité au modèle maternel : tous ont le phallus, un universel comme tel qui n’était pas sans angoisse pour lui, mais une angoisse non paralysante puisqu’elle fait de Hans un explorateur du monde autour de lui, qu’il ordonne, organise à partir de cette prémisse. Une « welt anschauung » disait Freud et qui dit le lien de la sexualité, de l’énigme que le sujet y rencontre avec l’éveil de son intelligence.

-La progression de Hans à partir de ce signifiant phobique qui se décline, se déplace, permute, se substitue, et lui permet de localiser une jouissance réelle, de construire sa théorie sur la naissance, et de rencontrer la castration maternelle.

Ce qui devient possible, dit Lacan, est l’impossible satisfaction de sa mère. C’est par un travail de métaphore et de métonimie que le symbolique va se substituer à l’imaginaire.

-La mise en équation de deux fantasmes conclusifs de Hans conduit Lacan à un au-delà de Freud.

Freud conclut au triomphe de l’Œdipe pour Hans comme résolution curative à partir du fantasme de l’installateur  qui lui met un fait-pipi tout neuf et celui où il exprime le désir de se marier avec sa mère et d’avoir des enfants avec elle et où il fait du père le mari de la grand-mère. Pour Freud Hans triomphe de l’Œdipe : l’angoisse de castration est surmonté et le désir de mort du père construit en le rendant inoffensif.

Par contre, Lacan met l’accent sur la différence des fantasmes assez proches : celui du plombier et celui de l’installateur qui fait le passage de la morsure au dévissage et symbolise la castration maternelle : elle est décomplétée par le dévissage. Le fantasme de l’installateur fait tomber cette opération sur Hans : une castration mais qui ne tombe pas sur le pénis. Là où Freud dit « triomphe de l’oedipe » Lacan amène la formule finale de la solution trouvée par Hans et permet de situer ce que devient le père carent après la phobie : une fonction atypique du père : il demeure en fonction de la mère et Hans trouve une identification à l’idéal de la mère : obtenir des enfants, substituts phalliques.

La logification de Lacan montre la résolution curative en termes de réduction et de traitement du fantasme sous transfert mais aussi les impasses de Hans. S’il est guéri de sa phobie, il ne l’est pas de l’Autre sexe : oedipe inversé dit lacan.

 

Quelques réflexions surgies lors du cartel
 
-Par rapport à l’oedipe inversé où l’objet d’amour est le père pour Hans et le situe dans une position homosexuelle par rapport au père  et situe la mère comme agent de castration. Une fonction du père qui ne divise pas la mère : femme et mère. Pour cela il faut l’action du père, de son désir, de sa perversion.

-la phobie est plaque tournante entre psychose et névrose : pourquoi Hans n’est-il pas psychotique ? Hans aurait-il pu déclencher ? Est-ce le soutien de Freud au père qui l’oriente du côté névrose ? On voit que cela opère : avec la métaphore et la métonimie il y a mise en scène de la phobie qui traite les énigmes qu’il rencontre et donc il y a la souplesse du sujet Hans  par rapport au signifiant qui oriente ses réponses du côté névrose. Il y a aussi que le fait qu’il prélève le signifiant de sa phobie du côté père, d’emblée, et que cela opère avec lui comme tiers du côté de ce qui le lie à la mère. Il y a là un choix du sujet, d’emblée.

-par rapport à l’angoisse : deux versants : être l’objet de la mère, donc elle n’est pas castrée, la mère reste phallique. L’autre versant c’est l’angoisse face à la castration maternelle et en tant qu’on peut l’être aussi.

-la fin de résolution est différente pour Freud et Lacan.

Pour Freud : rétablir l’oedipe, une structure à trois termes et donc introduire le père.

Pour Lacan : quatre termes entrent en compte. La résolution c’est quand l’enfant n’est plus l’objet de la mère.

Dans la névrose l’objet est perdu : Hans s’en détache. On voit le passage où il accepte que la mère est castrée puisque l’objet est séparé- par la médiation de la naissance de la petite sœur.

-comment répondre au symptôme. L’histoire de Zénon concernant Achille et la tortue, Achille inhibé sur la ligne de départ avec la tortue : il veut la rattraper mais comment, car dès qu’il se met en mouvement il la dépasse ? Achille est donc inhibé par l’énoncé de départ. La psychanalyse lève cette inhibition en situant de l’ impossible dans l’énonciation départ , c’est un signifiant, et qui oblige Achille à faire un saut : celui de lâcher la tortue, son objet, pour pouvoir se mettre en mouvement. Contrairement à Zénon qui conclut à l’impossibilité du mouvement, la psychanalyse parie sur les déplacements..signifiants.  

Monique Vlassembrouck
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