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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 22:09

Cripsa, le 18 novembre 2010


A cette journée centrée sur la cure avec les enfants psychotiques, Yves Vanderveken, notre invité du jour a répondu en nous rappelant  l’accent mis par Lacan dans son dernier enseignement sur une clinique continuiste ou généraliste, même si le binaire de la structure névrose – psychose reste à prendre en compte. C’est parce que tout être humain est un être parlant qu’il est dans un même type de rapport à la jouissance, c'est-à-dire au corps vivant. Le fait que l’être humain parle entraîne des distorsions par rapport au corps vivant, le « désinstinctualise ». Lacan invente le concept de l’Autre qu’il distingue du semblable, de l’autre de la réalité et désigne ainsi un lieu, le lieu des signifiants, une instance qui rend compte dans la clinique de l’altérité radicale qui s’instaure dans cette expérience où quelqu’un  parle à quelqu’un d’autre. On est sur la scène du discours, scène toujours tierce, la scène de l’Autre de la parole. L’Autre  qui est aussi bien une invention du sujet.

 

Un deuxième point sera  développé par Yves Vanderveken : le lieu de l’Autre dès le stade du miroir rend compte de comment le langage vient mordre sur le corps vivant, vient l’unifier via l’image de ce corps dans le miroir et via le symbolique. Cette opération structurale vaut pout tous: L’Autre peut s’incarner là mais c’est du lieu de la parole qui dit » tu es cela » et qui s’incarne donc dans des signifiants. C’est avec ces signifiants que le sujet a à faire dans le particulier de cette expérience. Et si il y a à modifier quelque chose au sens analytique, ce n’est pas de changer les signifiants de l’Autre, de réparer quelque chose, mais c’est sur les réponses du sujet qu’on opère. Si on incarne l’Autre, c’est à l’Autre du sujet qu’on a à faire et où il y a à prendre en compte la structure, c'est-à-dire l’extraction ou non de l’objet. C’est parce que ce fait de structure se rejoue que peut se refaire le nouage symbolique du névrosé et de son rapport à la castration, à l’objet perdu, tandis que pour le sujet psychotique il s’agira de permettre un traitement de l’Autre pour qui il est l’objet.

 

Avec cette référence, que s’agit- il d’entendre par « ré- invention de l’Autre » ?

On n’est nullement sur le plan de la réalité, mais sur le plan du discours, sur le plan où on peut mettre en jeu des articulations, là où le sujet sur fond de choses déterminées peut être responsable, jouer sa partie .Il s’agit  donc d’une déconstruction de l’Autre fictionnel que le sujet s’est construit, pour construire un autre Autre.

Pour ce faire, les termes de réinvention et de réarticulation rendent compte de ce à quoi un sujet participe dans l’expérience analytique.

 

La notion de l’Autre connaît chez Lacan des déplacements :le nouant au vivant il va le situer aux deux étages du graphe du désir, celui où l’Autre apparait comme structure du langage, l’Autre comme champ du signifiant et celui qui s’articule à l’étage de la pulsion et de la jouissance, les deux étant noués, et cela déplace les accents dans la clinique.

Ce qui est mis en avant par ce déplacement c’est un point de non savoir qui porte sur la jouissance, on peut dire sur le vivant : il y a un «  je ne sais pas fondamental », un trou dans l’Autre sur la jouissance du vivant, et c’est pour tous. Il y a un réel dont on ne peut pas rendre compte et tout être parlant a à construire quelque chose pour donner du sens à ce trou. « Tous délirants pour border ce trou de savoir qui porte sur la jouissance, et le sujet psychotique d’autant plus parce qu’il n’est pas au prêt-à-porter des idéaux des signifiants maîtres. Le névrosé a son fantasme, son petit scénario sur la jouissance, son « je suis ça » singulier où le vivant et le signifiant se nouent et qui peut se traverser et se défaire.

Mais dans le dernier enseignement, cette conception est encore une fois dépassée : le trou qui concerne le réel d’une jouissance qui échappe au signifiant passe au symptôme comme mode de vie parce que la jouissance infecte toute parole et donc la visée de la cure va toucher à cette question de la ré- invention : la visée sera l’histoire de ce qui fait le singulier du mode de vie de chacun et où on peut amener des modifications, des arrangements, de accommodations. C’est le règne de la mesure propre à chaque sujet.

 

Ces déploiements conceptuels ont été éclairés par deux situations cliniques.

 

Yves Vanderveken témoigne du travail d’un jeune sujet -10ans-devenu très agité après sa rencontre avec la question de la sexualité. Cela l’a plongé dans l’illimité, l’infini de la signification autour de ces questions. Sa construction permettra que le trou dans la signification se réduise à «  qu’est ce que ça veut dire » et qui concerne souvent les mots qui nouent corps et signifiant. Le sujet s’en trouva apaisé.

 

Bogdan Kusnierek, intervenant au Courtil et au Cripsa parlera d’une jeune femme pour qui le rapport corps- jouissance ne trouve pas à se nouer et qui s’en trouve à incarner l’objet regardé par l’Autre la déconnectant à plusieurs reprises de son corps et de ses pensées, comme de la jouissance qu’elle rencontre. De venir parler et d’orienter la rencontre sur un regard discriminant sur les signifiants, les siens mis en jeu, va lui permettre de traiter l’Autre : cette fois l’évaluation est de son côté et ses symptômes s’en trouvent allégés. Elle va se trouver une nomination par quoi elle peut dévier le regard de l’Autre et trouver à épingler un excès de jouissance : un nouage au signifiant avec lequel elle peut trouver un peu plus d’aisance dans son lien social.

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