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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 01:01

Décembre 2011

 

La perversion et son corrélat l’angoisse

Katty Langelez

 

La fonction de la perversion est de se maintenir dans l’imaginaire et d’utiliser l’image comme barrage contre l’horreur de la castration. La perversion vise aussi à complémenter l’autre d’une jouissance repérable sous les espèces de l’angoisse et de ses déclinaisons, embarras et émoi.

 

Avec cet éclairage, des cas d’allure psychotique peuvent trouver une élucidation nouvelle mais aussi des pratiques journalistiques douteuses, comme dans l’affaire du soi-disant documentaire « Le Mur de la psychanalyse ». Et après tout, notre société de l’Image n’a-t-elle pas une base, une assise cohérente avec la structure de la perversion, tout comme elle est aussi une société où l’Autre n’existe pas et où fleurissent les sujets en errance, déjetés, une société de la psychose ordinaire. Si les parents d’enfants autistes sont des sujets en souffrance regroupés pour un certain nombre contre un ennemi, la psychanalyse, par contre, la manoeuvre du film est d’un autre ordre. Il y a dans cette entreprise une volonté de nuire mais aussi de tromper, de ridiculiser et de mettre les psychanalystes dans l’embarras face à la manipulation de leurs propos. Telle la jeune homosexuelle de Freud, la réalisatrice du film a été déçue, non pas par son père mais par la psychanalyse qu’elle a étudiée plusieurs années. Elle voulait en faire son métier, a-t-elle avoué dans les médias. On ne sait comment mais on peut supposer qu’il y a eu un point de déception telle qu’elle s’est retournée contre son objet d’amour et qu’elle s’est mise au service de l’opposition la plus virulente à la psychanalyse. Peu importe la subjectivité de la réalisatrice mais sa manoeuvre, son piège et son montage sont une entreprise malhonnête et perverse qui vise la destruction de ce qu’elle a précédemment aimé passionnément.

 

I. Le cas de la jeune homosexuelle, in Névrose, psychose et perversion.

 

  1. Dans le Séminaire IV, trois chapitres lui sont consacrés. JAM les reprend sous la subdivision intitulée «Les voies perverses du désir». Jacques Lacan rappelle que son texte de 1923, L’organisation génitale infantile, Freud pose comme principe le primat du phallus. C’est-à-dire qu’il n’y a qu’un signifiant pour déterminer le sexe, c’est le phallus et la répartition se fait entre ceux qui l’ont et celles qui ne l’ont pas. Il n’y a pas de signifiant pour dire La Femme, ce que Lacan énoncera ensuite sous la forme provocante «La femme n’existe pas.» En somme, le signifiant qui viendrait désigner la femme est forclos pour tous les êtres parlants. Il n’y a que le phallus par rapport auquel se déterminer. A partir de ce primat phallique, Freud en 1931 écrit sur la sexualité féminine et développe ce que tous les auteurs s’accorderont pour accepter plus tard : la petite fille au moment où elle rentre dans l’oedipe se met à désirer un enfant du Père comme substitut du phallus manquant.

 

Dans le cas de la jeune homosexuelle, la déception due à la non-obtention de l’objet du désir se traduit par un renversement complet de la position. Le sujet s’identifie dès lors à cet objet, l’enfant, ce qui est une régression au narcissisme. Et elle se met bas, elle accouche d’elle-même en se précipitant pour se jeter du petit pont. Elle fait un acte symbolique, le nierderkommen qui en allemand signifie notamment accoucher. Dans le Séminaire X, Lacan reprendra l’analyse de la tentative de suicide de la jeune fille et placera la lecture du sens du mot niederkommen au second plan pour appuyer un autre sens, celui du laisser tomber avec la structure du passage à l’acte en lien avec l’objet a. Dans le Séminaire IV, Lacan la considère identifiée à l’objet enfant qu’elle met bas. Dans le Séminaire X, c’est à l’objet exclus, rejeté que le sujet est réduit dans le laisser tomber. 

 

La présence de l’enfant réel que la Mère a reçu du Père ramène la jeune fille sur le plan de la frustration. Elle s’installe donc dans une relation amoureuse exaltée au service d’une Dame. Bien sûr ce qui est désiré au-delà de la femme aimée, c’est le phallus.

 

Comment s’est installée la perversion chez la jeune homosexuelle ? Notons tout d’abord que cette orientation subjective s’est faite à l’adolescence. Jusque là on pouvait observer la construction d’une formule oedipenne classique. 

 

1) La Mère imaginaire                              Enfant réel

 

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Pénis imaginaire                                           Père Symbolique

 

 

Vers 13-14 ans, la jeune fille chérit un objet qui est un enfant. Elle est ainsi dans la position de mère imaginaire et en même temps son image (son moi) reçoit de cette relation à l’enfant un pénis imaginaire.

 

La Mère accouche d’un petit garçon et cela amène la jeune fille à un retournement de position.

 

2) Enfant                                                 Dame réelle 

 images

Père imaginaire                                        Pénis symbolique (ϕ)

 

Le Père qui était symbolique passe en position d’objet d’identification imaginaire : elle fait comme le père auprès d’une Dame, substitut de la Mère. En a-a´, à la place du bébé, il y a la Dame. En A, le pénis symbolique, autrement dit le phallus, c’est-à-dire ce qui est visé au-delà de la Dame.

 

Ce qui était articulé au niveau de grand A commence à s’articuler de façon imaginaire à la façon de la perversion. Cela aboutira finalement à une perversion où la fille d’identifie imaginairement au Père (contrairement à l’hystérique dont l’identification au Père est symbolique, à des traits signifiants) et prend son rôle. Il est très important de comprendre que le moule de la perversion, c’est la valorisation de l’image. La dimension imaginaire est toujours prévalante quand il s’agit d’une perversion.

 

  1. Dans le troisième temps, il y a projection de la formule inconsciente du temps 1 dans une relation perverse, une relation imaginaire à la Dame.

 

 

 

Enfant                                                    Dame réelle 

 images

Père imaginaire                                   Pénis symbolique (ϕ)

 

 

La perversion s’exprime toujours entre les lignes, par contrastes et allusions. C’est une façon de parler de tout autre chose, tout en impliquant une contrepartie qui est précisément ce qu’on veut faire entendre à l’autre. C’est ce qu’on retrouve dans la métonymie qui consiste à faire entendre quelque chose en parlant de tout à fait autre chose. Jacques Lacan fait ici une distinction structurale avec d’un côté pour l’hystérie la métaphore et de l’autre pour la perversion, la métonymie. La fonction de la perversion du sujet est métonymique puisqu’il s’agit de regarder à côté pour ne pas voir la castration.

 

III. Dans le Séminaire X, Jacques Lacan consacre deux chapitres à la relecture du cas de la jeune homosexuelle dans la partie intitulée «Révision du statut de l’objet». L’objet n’est plus le petit autre mais quelque chose qui est à la fois extérieur et intérieur au sujet. Cfr. la structure du cross-cap. pastedGraphic.pdf

 

Il rappelle l’acte suicidaire où la jeune fille s’est laissée tomber du petit pont. Il fait remarquer que l’accouchement n’est pas le seul sens du mot nierderkommen mais qu’il y est aussi question de laisser-tomber. Le niederkommen est en rapport avec ce que le sujet est comme objet a. En se balançant par le pont, ou par la fenêtre pour les sujets mélancoliques, le sujet fait retour à cette exclusion fondamentale où il se sent. 

 

La jeune homosexuelle s’est employée à faire de sa castration ce que le chevalier fait avec sa Dame, soit lui offrir le sacrifice de ses prérogatives viriles. Ce qui faisait d’elle le support de ce qui manque au champ de l’Autre, ϕ. ‘Puisque j’ai été déçue par toi mon père et que je ne peux pas être ta femme, c’est Elle qui sera ma Dame et je serai celui qui soutient le ϕ qui me manque en tant que femme. Toute cette scène vient au regard du Père lors de la rencontre sur le pont. Elle perd toute sa valeur par la désapprobation ressentie dans le regard du père. Ce qui provoque chez la jeune fille un suprême embarras. Puis vient l’émotion face à la scène que lui fait son amie. Et là elle passe à l’acte avec les deux conditions nécessaires pour cela :

  1. L’identification du sujet à l’objet a à quoi il se réduit.
  2. La confrontation du désir et de la loi. Confrontation avec le désir du Père et la loi du Père (dans son regard). Elle se sent du coup identifiée à l’objet a, et donc rejetée, déjetée hors de la scène. Seul le laisser tomber peut alors réaliser l’objet.

Le paradoxe de cette analyse fait remarquer Jacques Lacan est que Freud lui-même passe à l’acte en laissant tomber la jeune patiente.

 

Le moment du passage à l’acte est celui du plus grand embarras du sujet avec l’addition de l’émotion (comme pour la gifle de Dora ou dans le cas des fugues). Chez la jeune homosexuelle, la tentative de suicide est passage à l’acte mais toute l’aventure amoureuse est un acting-out. L’acting-out est quelque chose qui se montre dans la conduite du sujet que lui seul ne voit pas.

 

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