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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 18:31

Vous trouverez ci-dessous le produit d'une réunion de lecture au cripsa du livre de Philippe Lacadée, « Robert Walser, le promeneur ironique ». Il s'agit d'un éclairage apporté par Marie-Jeanne Brichard, qui relève une référence de Jacques Lacan.

Sans vouloir pour autant jouer mon petit Plutarque, je trouve intéressant un parallèle à établir entre le personnage de Walser, lu par Philippe Lacadée (1) et celui du Gribouille de Georges Sand(2), évoqué par Lacan dans le séminaire V, à propos d’André Gide.. « …l’enfant battu, une servante qui laisse tomber quelque chose dans un grand patatras de destruction de ce qu’elle tient entre les mains, ou encore  l’identification (de Gide) à ce personnage de Gribouille dans un conte d’Andersen, qui s’en va au fil de l’eau et finit par arriver à un lointain rivage transformé en rameau. Ce sont des formes parmi les moins humainement constituées de la douleur d’exister. »(3)

Lacan attribue à Andersen le personnage de Gribouille mais c’est à Georges Sand que fait référence Gide, dans « Si le grain ne meurt ».(4) Le Gribouille de Sand a ceci de particulier qu’il est simplet par décision. Sand insiste sur sa capacité à trouver des solutions aux problèmes rencontrés : il refuse d’avoir de l’esprit parce que c’est pour lui synonyme de devenir capable  comme son entourage de tuer et piller.(5)  Sa demande est demande d’amour, non d’esprit.

« Ce que je sais, c’est que je serai plus tard un ravissant zéro tout rond » dit le jeune garçon au début de « L’institut Benjamenta ».(6) Pour Walser, dit Lacadée,(7) la mort s’équivaut à la nature dans laquelle il ne cessera toute sa vie de vouloir se fondre au point de venir  y mourir comme le poète des « Enfants Tanner » dans le silence de la neige. À propos du personnage de l’ »Etang », Lacadée dit : « le décor de ce qui est et sera la vie de Walser est planté : se réduire à, néant, dissoudre son étant comme une tache dans l’étang. Comment exister si on a la certitude que votre mère ne vous aime pas, telle est la question qui peut se déduire de la lecture de l' « Etang. »(8)

Se dissoudre, que ce soit dans la neige ou dans l’eau, deux images de la séduction de n'être pas, de se réduire à un rien comme réponse à la douleur d’exister
1. Philippe Lacadée,  Robert Walser le promeneur ironique, Edition Cécile Defaut, 2010.
2. Georges Sand, Histoire du véritable Gribouille, Folio Junior, Ière édition 1850.
3. Jacques Lacan,  Le Séminaire livre V , Seuil,  p. 258.
4. André Gide, Si le grain ne meurt , Folio 875, p. 60.
5. Georges Sand, op cit.,  p. 60 et 61.
6. Robert Walser,  L’institut Benjamenta, L’imaginaire, Gallimard,  p. 33.
7. P. Lacadée, op cit., p. 38.
8. P. Lacadée, op cit., p. 3.

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