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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 18:31

Vous trouverez ci-dessous le produit d'une réunion de lecture au cripsa du livre de Philippe Lacadée, « Robert Walser, le promeneur ironique ». Il s'agit d'un éclairage apporté par Marie-Jeanne Brichard, qui relève une référence de Jacques Lacan.

Sans vouloir pour autant jouer mon petit Plutarque, je trouve intéressant un parallèle à établir entre le personnage de Walser, lu par Philippe Lacadée (1) et celui du Gribouille de Georges Sand(2), évoqué par Lacan dans le séminaire V, à propos d’André Gide.. « …l’enfant battu, une servante qui laisse tomber quelque chose dans un grand patatras de destruction de ce qu’elle tient entre les mains, ou encore  l’identification (de Gide) à ce personnage de Gribouille dans un conte d’Andersen, qui s’en va au fil de l’eau et finit par arriver à un lointain rivage transformé en rameau. Ce sont des formes parmi les moins humainement constituées de la douleur d’exister. »(3)

Lacan attribue à Andersen le personnage de Gribouille mais c’est à Georges Sand que fait référence Gide, dans « Si le grain ne meurt ».(4) Le Gribouille de Sand a ceci de particulier qu’il est simplet par décision. Sand insiste sur sa capacité à trouver des solutions aux problèmes rencontrés : il refuse d’avoir de l’esprit parce que c’est pour lui synonyme de devenir capable  comme son entourage de tuer et piller.(5)  Sa demande est demande d’amour, non d’esprit.

« Ce que je sais, c’est que je serai plus tard un ravissant zéro tout rond » dit le jeune garçon au début de « L’institut Benjamenta ».(6) Pour Walser, dit Lacadée,(7) la mort s’équivaut à la nature dans laquelle il ne cessera toute sa vie de vouloir se fondre au point de venir  y mourir comme le poète des « Enfants Tanner » dans le silence de la neige. À propos du personnage de l’ »Etang », Lacadée dit : « le décor de ce qui est et sera la vie de Walser est planté : se réduire à, néant, dissoudre son étant comme une tache dans l’étang. Comment exister si on a la certitude que votre mère ne vous aime pas, telle est la question qui peut se déduire de la lecture de l' « Etang. »(8)

Se dissoudre, que ce soit dans la neige ou dans l’eau, deux images de la séduction de n'être pas, de se réduire à un rien comme réponse à la douleur d’exister
1. Philippe Lacadée,  Robert Walser le promeneur ironique, Edition Cécile Defaut, 2010.
2. Georges Sand, Histoire du véritable Gribouille, Folio Junior, Ière édition 1850.
3. Jacques Lacan,  Le Séminaire livre V , Seuil,  p. 258.
4. André Gide, Si le grain ne meurt , Folio 875, p. 60.
5. Georges Sand, op cit.,  p. 60 et 61.
6. Robert Walser,  L’institut Benjamenta, L’imaginaire, Gallimard,  p. 33.
7. P. Lacadée, op cit., p. 38.
8. P. Lacadée, op cit., p. 3.

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 21:32


Bonjour et Bonne rentrée académique !


Vous trouverez ci-joint  le programme des formations organisées par CRIPSA pour l'année académique qui commence. Vous verrez qu'au menu vous pourrez y retrouver des préoccupations qui sont les nôtres depuis longtemps : la clinique psychanalytique des enfants et les nécessités de travail que les liens très concrets avec les parents provoquent. Ce que la clinique adulte n'exige pas. Notre intérêt pour la littérature et les enseignements qu'elle peut apporter à la psychanalyse se poursuivra en invitant pour des conférences qui auront lieu des samedis et dans un cadre plus large des collègues psychanalystes qui ont écrit dernièrement des travaux de grande qualité sur des écrivains. Et aussi nous consacrerons tout un atelier à la pratique en institution, qui a concerné ou concerne encore tous les membres du CRIPSA. Nous mettrons en valeur un livre exceptionnel, qui est un guide pour l'orientation du travail clinique en institution, « L'autre pratique clinique » d'Alfredo Zenoni. Ce livre reprend et développe le travail et la réflexion d'un psychanalyste en institution au fil de plusieurs décennies. Il nous servira de base pour étayer notre deuxième atelier de l'année.

Toutes ces formations sont organisées dans l'esprit toujours soutenu par CRIPSA c'est-à-dire d'éviter la langue de bois sans pour autant se passer des concepts et de la rigueur de nos repères. De permettre à chacun de s'exprimer à partir du point où il en est sans porter de jugement et d'accueillir toutes les expériences et les questions avec bienveillance. De travailler avec passion, intensément  mais dans la bonne humeur et la convivialité.

Nous vous invitons donc à nous rejoindre et nous nous ferons un plaisir de vous rencontrer, ou de vous retrouver.



Pour l'équipe de CRIPSA,
Katty Langelez

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 10:11

« De notre position de sujet, nous sommes toujours responsables. »,

LACAN, Écrits, Seuil, 1966, p. 858.

 

 

 Prochaine séance : lundi 20 juin de 20h15 à 22h15

 

 Responsabilité et travail avec les justiciables

 

Nous avons entendu le 9 mai dernier Claudine Sophie nous parler de l’espace de liberté qu’elle a creusé dans le champ de la justice à partir de la psychanalyse. L’exposé du cas de Ruiz restera sans doute vivant dans les mémoires des participants. Il démonte à lui seul nombre de préjugés courants sur la « monstruosité » et est exemplaire d’une transmission de travail d’un intervenant à l’autre. Que soit ici remerciée Chantal Berg du Service de Santé mentale du CPAS de Charleroi qui a assuré le relais du travail de Claudine, avec une grande finesse et qui a accepté de venir en témoigner ce jour-là.

 

 Pour notre dernière rencontre de cette année, nous aurons le plaisir d’accueillir Joëlle Dubocquet et Isabelle Prévot. Toutes deux sont intervenantes à ENADEN et rencontrent régulièrement des personnes incarcérées à la prison de Saint-Gilles ou Forest.

 

 Voici l’argument qu’elles se proposent de développer :

 

« À partir du travail de consultation effectué dans un centre spécialisé dans les assuétudes, nous exposerons le travail clinique avec les détenus au travers de deux situations de personnes incarcérées. Par l’exposé de ces deux cas, nous tenterons de mettre en relief la dimension du temps et du transfert, ainsi que les modifications subjectives qui peuvent en découler.

 

Nous parlerons également de ce travail qui a lieu dans le cadre particulier de la prison avec ce paradoxe : libre de leur parole, mais pas libre de leurs mouvements. Quels types de travail effectuons- nous et quelles en sont les limites ? Nous distinguerons aussi trois termes : la responsabilité pénale, la responsabilité subjective et la responsabilisation du détenu comme nouvelle finalité du système pénal. »

 

 

 

CRIPSA, rue Huart Chapel, 33 (6e étage), 6000 Charleroi

 

Renseignements : Pascale Simonet, 0473 733 185 ou pascalesimonet@skynet.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CRIPSA, rue Huart Chapel, 33 (6e étage), 6000 Charleroi

 

 

 

Renseignements : Pascale Simonet, 0473 733 185 ou pascalesimonet@skynet.be

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 18:50

CRIPSA – 2011-2012

 

Atelier 1 : Variétés de la séparation

Responsables : Monique Vlassembrouck et Maïté Masquelier

 

La notion de séparation traverse souvent notre clinique mais ce signifiant n’est défini que par les signifiants qui le suivent. Ce qui implique toute une série de questions autour de la séparation :

Faut-il recevoir enfants et parents séparément en consultation ? Faut-il séparer l’enfant de sa famille ? L’enfant est-il l’objet non séparé de la mère ? L’enfant consent-il à se séparer d’un point de jouissance ? L’enfant est-il séparé de l’objet ? Bref, il y a toute une déclinaison possible pour parler de la séparation dont on voit en même temps toute la portée dans notre orientation de travail où il s'agit de la séparation d’un certain réel, et où l’on vise plutôt un consentement du sujet à céder sur un point de jouissance. Nous proposons d’éclairer, à partir de trois moments de l’enseignement de Lacan, comment la question de la séparation peut être abordée.

 

Le lundi 24 octobre 2011 :

9h30-12h: M. Masquelier et M. Vlassembrouck, extrait du Séminaire IV, La relation d'objet

13h30-16h : Monique Verhelle, Clinique de la séparation

Le jeudi 10 novembre 2011:

9h30-12h : Bernard Seynhaeve extrait du Séminaire X, L'Angoisse

13h30-16h : discussion clinique avec les participants

Le vendredi 25 novembre 2011 :

9h30-12h : Monique Kusnierek, Aliénation, séparation dans le Séminaire XI

13h30-16h: discussion clinique avec les participants

 

Atelier 2 : L'institution, champ d'une Autre pratique clinique

Responsables : Pascale Simonet et Katty Langelez

 

En 2009 paraissait le deuxième livre d'Alfredo Zenoni, L'autre pratique clinique, qui rassemble les textes majeurs que l'auteur a écrit sur la clinique psychanalytique en institution. Nous avons choisi de les mettre à l'honneur et à l'épreuve en consacrant notre deuxième atelier à la lecture et au commentaire de cet ouvrage. Ce sera notre base, notre appui théorique et la clinique développée pendant ces trois journées en sera le produit. Les textes de ce volume témoignent, comme le souligne Alexandre Stevens dans la post-face, que les psychanalystes orientés par Jacques Lacan ne reculent ni devant la psychose ni devant la modernité.

 

Le lundi 30 janvier : 9h30-12h : Clinique du passage à l'acte, Alfredo Zenoni

13h30-16h : Présentation clinique par Pascale et/ou Katty

 

Le jeudi 9 février : 9h30-12h : La pratique en institution et l'interresponsabilité, Thierry Van de Wijngaert

13h30-16h : Discussion clinique avec les participants

 

Le vendredi 17 février : 9h30-12h : Répétition ou fixité de La chose, Jean-Louis Aucremanne

13h30-16h : discussion clinique avec les participants

 

 

Atelier 3 : L'écriture, un Bien-dire sur le Réel

« Le poème dépasse le poète »

Responsables : Marie-Jeanne Brichard et Katty Langelez

 

Jacques Lacan a toujours manifesté un grand respect pour les écrivains, de Marguerite Duras à James Joyce en passant par Gide ou Mallarmé. Pour lui, ils ont à enseigner aux psychanalystes . On est loin d’une certaine pratique d’analyse des écrivains à travers leurs œuvres, qu’il qualifie de goujaterie.« Se rappeler avec Freud qu’en sa matière, l’artiste toujours le précède et qu’il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie. »(1) Dans cet esprit, lors de ce 3ème atelier, nous nous proposons de questionner comment des écrivains se sont appuyés sur l’écriture pour faire barrage à un réel mortifère , et ce avec plus ou moins d’efficacité. L’écriture : sublimation, symptôme, béquille ou sinthome ?

 

Le samedi 3 mars 2012 de 14h à 16h, Philippe Lacadée nous parlera de Robert Walser, auquel il a consacré son dernier livre.(2)

 

Le samedi 12 mai 2012 de 14h à 18h, Ginette Michaux et d'autres collègues évoqueront Virginia Woolf à l’occasion de la parution du livre collectif édité à l’initiative de Stella Harrison.(3)

 

Les deux matinées, nous lirons ensemble, dans un atelier restreint (inscription préalable nécessaire) le texte de Jacques Lacan : « Hommage fait à Marguerite Duras du ravissement de Lol V Stein » en nous aidant de l’éclairage de nos invités.

 

(1) Jacques Lacan, Autres écrits, p.191

(2)Philippe Lacadée, Robert Walser Le promeneur ironique, éditions Cécile Defaut 2010.

(3)Ouvrage collectif, dirigé par Stella Harrison, Virginia Woolf, l’écriture, refuge contre la folie, Edition Michèle, mars 2011.

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 16:56

par Katty Langelez

 

Je vais commenceri par situer l'évolution du concept de réel dans l'enseignement de Jacques Lacan en m'appuyant sur un texte de Jacques-Alain Miller « Les paradigmes de la jouissance » paru dans la revue de La Cause freudienne n°43 . Et je serai aussi amenée à introduire des éléments nouveaux que lui-même développe actuellement dans son cours hebdomadaire dans lequel il traite de la question qui occupe Lacan à la fin de son enseignement «  qu'est-ce qui à la fin est réel dans nos représentations ? »

 

Le premier mouvement de Jacques Lacan contre la situation de l'Ecole de psychanalyse dont il faisait partie dans les années 50, c'est-à-dire l'IPA, a consisté à redonner la première place au Symbolique là où les psychanalystes de son époque se fourvoyaient dans des débats englués par l'imaginaire avec les thèmes privilégiés de l'agressivité, du contre-transfert, des émotions, du moi fort adapté à la réalité, etc. Jacques Lacan restitue toute sa valeur au Symbolique en reprenant la lecture des textes de Freud avec les nouveaux outils que sont les concepts de la linguistique : le signifiant/le signifié/la signification et le sens, la métaphore et la métonymie, etc. Lacan défend la thèse un peu passée inaperçue dans le corpus freudien mais bel et bien présente - surtout dans L'interprétation des rêves et dans Le mot d'esprit et ses rapports à l'inconscient - selon laquelle l'inconscient est structuré comme un langage.

 

La mise en ordre ainsi effectuée, l'Imaginaire prend une place seconde, certes importante puisqu'il permet la structuration du sujet dans le miroir et la constitution de son Moi. C'est donc une manœuvre de Lacan pour opérer un dégonflage de l'inflation de l'imaginaire. Dans cet ordre-là, on a donc en premier le Symbolique, en second l'imaginaire et en troisième position, le Réel. C'est un ordre à aussi comprendre comme un classement : du plus important au moins important. A cette époque de l'enseignement de Jacques Lacan, le mot réel est équivalent, synonyme de la réalité. Ce troisième terme dans l'ordre n'a pas joui d'une grande élaboration, ni publicité. Il est le résultat du mariage entre le Symbolique et l'Imaginaire pour constituer la réalité c'est-à-dire une vue sur le monde extérieur.

 

S,I,(R) --> Réel = Réalité

 

Dans son premier cours de cette année, Jacques-Alain Miller avance cette proposition qu'à l'époque pour Lacan, le Réel c'est le Symbolique. C'est le Symbolique parce que ce qu'il appelait le Réel à cette date était exclu de l'analyse. Ce qu'il isolait comme le réel au sens où nous l'entendons aujourd'hui, c' était dans le sujet le noyau de Symbolique à l'occasion incarné par la phrase.

 

Ce que Lacan a trouvé dans le structuralisme, c'est une réponse à la question du réel qui lui a paru opératoire dans la psychanalyse pour passer de la parlotte au réel et qui l'a conduit à poser que ce qui est réel et ce qui est cause dans le champ freudien, c'est la structure du langage.

 

En quelque sorte le Réel est exclu, entièrement résorbé par la structure symbolique. Le Symbolique est un des noms du Réel, c'est le Réel comme wirklich (vérité), le réel comme cause. Quand à l'Imaginaire, il s'attache à montrer que c'est un moindre être, l'Imaginaire est de l'ordre de la représentation, de la Bild (l'image, la photo en allemand). Même quand des images paraissent gouverner, elles ne tiennent leur puissance sur le sujet que de leur place symbolique. A cette époque, Lacan classait la jouissance du côté de l'Imaginaire. Cela n'entrait pas dans le Réel. La Jouissance était un effet imaginaire du corps en tant qu'image.

 

Dans un deuxième temps, Lacan a élaboré une théorie du fantasme c'est-à-dire d'un cadre qui organise la réalité à partir d'une association du Symbolique et de l'Imaginaire. Il ne s'agit bien sûr pas ici de l'acception courante du terme fantasme sexuel uniquement mais du fantasme dans sa dimension de « fantaisie », de petite histoire que le sujet se raconte pour donner sens au réel. Lacan écrit le fantasme :

 

$ <> a

 

C'est une écriture qui rend compte du fait qu'il s'agit là de l'organisation des rapports du sujet à l'autre. C'est ce qui pour le sujet fait écran au Réel mais c'est en même temps la fenêtre sur le Réel. En ce sens, le fantasme est une fonction du Réel, une fonction subjectivée, singularisée, du Réel. Il est le Réel pour chacun, ce qui laisse à l'horizon la possibilité que franchie cette fenêtre singularisante, le sujet ait accès au Réel pour tous.

 

Le fantasme, ce sont les lunettes avec lesquelles le sujet regarde le monde, son point de vue, son interprétation. C'est une boite à interpréter le monde. Freud en avait repérer quelque chose dans son texte « un enfant est battu ». Énonciation d'un fantasme du sujet qui associe à la fois la crainte d'être battu par le père, le plaisir de voir un autre enfant battu par le père et puis le désir, inconscient bien sûr, d'être soi-même battu par le père. A partir de là, on comprend que la vie de certains sujets soient organisées autour de la dénonciation, ou du combat contre les violences parentales par exemple, ou de leur réparation dans le soin donné aux enfants et qu'en même temps ils prennent une position personnelle dans l'existence qui prête à se faire taper sur les doigts, au propre comme au figuré. On peut se référer au travail de Bernard Seynhaeve et d'autres Analystes de l'Ecole qui ont témoigné de l'organisation signifiante et imaginaire d'une vie par un fantasme qui au terme d'une analyse peut se remettre en question, se traverser pour s'organiser autrement.

 

Avec l'élaboration du fantasme, Lacan en arrive à distinguer radicalement réalité et réel.

 

$<>a => Réel # Réalité

 

La réalité est donnée par le cadre du fantasme et le Réel est ce qui reste au-delà de ce cadre. Donc il n'y a pas une réalité mais des réalités et même chacune a la sienne. Comme les fantasmes sont assez typés, il y en a un certain nombre finalement assez restreint et on peut trouver à parler avec des gens qui ont un point de vue assez similaire au vôtre. A partir de là on peut donc croire qu'on se comprend. On voit ainsi s'accentuer la dimension du malentendu et la difficulté de la communication entre les individus. A partir du moment où le Réel est ce qui est hors de ce cadre symbolique et imaginaire, comment l'aborder puisqu'on ne peut rien en dire ? Il reste inaperçu, a-perceptible et indicible.

 

Le troisième temps chez Lacan à partir de la septième année de son Séminaire, c'est celui de l'assimilation du Réel et de la Jouissance. La Jouissance est interdite. Elle est d'une part régulée par le désir dont la structure est toujours d'insatisfaction et d'autre part par le fantasme dont je viens de vous parler. Donc ce qui en reste, ce qui n'est pas saturé par le désir et le fantasme, est rejeté dans le Réel comme impossible. Il n'y a donc d'accès au Réel et à la Jouissance que par forçage ou transgression de la Loi.

 

R(impossible) ≡ J


Quatrième temps qui prend forme dans le Séminaire XI, c'est le temps des objets a. Lacan essaye d'attraper ce reste de Jouissance qui l'embarrasse dans sa clinique par une nouvelle formalisation qui va au-delà de la théorie freudienne. Il fait basculer son objet a de l'ordre imaginaire (c'était le petit autre) à une écriture symbolique d'un bout de réel. Ce petit a est alors de l'ordre de ce qui est traumatique, inassimilable et pourtant présent dans le fantasme. Le fantasme conjugue alors le Symbolique et le Réel.

 

Les efforts de Lacan pour construire une théorie sont nourris par le souci de sa pratique clinique. S'il continue à élaborer et à modifier ses concepts, c'est pour tenter de rendre compte de ce réel auquel il a affaire dans les cures. Et ce qui résiste au traitement psychanalytique, c'est bien sûr la Jouissance. Donc Lacan articule la Jouissance aux objets extraits du corps : l'objet oral (avec le sein), l'objet anal (avec les fécès), l'objet génital (avec le phallus), il rajoute ensuite l'objet regard et l'objet voix. Il y mettra pendant un temps aussi l'objet rien puis l'enlèvera de la liste ainsi que le phallus qu'il extraira aussi de la liste des objets a pour lui donner un statut tout à fait particulier. Effectivement dans la clinique, on constate, et plus particulièrement dans la clinique des psychoses, que l'objet oral, l'objet anal, le regard et la voix, sont les lieux privilégiés de la Jouissance et de son dérèglement. Ces objets a sont censés être perdus pour les sujets névrosés et ils font retour dans le fantasme. Le a de l'écriture du fantasme $<>a prend un autre valeur ici, n'est plus le petit autre mais l'objet a, morceau de Réel. Cette nouvelle formalisation de Jacques Lacan traduit son effort pour faire rentrer la Jouissance et le Réel dans une écriture, une symbolisation. Petit a est un élément de Jouissance mais d'une écriture signifiante. La Jouissance n'est donc plus impossible, elle est normalisée par une nouvelle écriture.

 

Réalité = $ <> a (Réel)

 

Dans cette perspective, la fin de l'analyse se joue sur les modalités du rien, comme assomption du manque. C'est ici le Réel comme inassimilable avec des restes symptomatiques. C'est le réel comme trognon après que l'on ait grignoté toute la pomme imaginaire. Mais ce trognon est là un peu comme un boomerang, il vous revient dans la figure.

 

Le renversement suivant, cinquième temps, se produit dans les Séminaires XVI et XVII. C'est sans aucun doute au sein de l'enseignement de Jacques Lacan une révolution copernicienne. A partir de là, tout va être chamboulé, mis sans dessus-dessous par ce à quoi Lacan se résigne face à la clinique : le Symbolique ne fait pas que tuer la Chose, il est aussi porteur du poison de la Jouissance. Ce n'est pas innocent d'avoir appelé ce Séminaire, L'envers de la psychanalyse. Il prend effectivement les choses à l'envers. L'accent est mis sur le signifiant comme marque de Jouissance et en même temps, il introduit une perte de Jouissance et il produit alors un supplément de Jouissance : l'objet a qui devient plus-de-jouir. Dans cette nouvelle conception, en même temps que la Jouissance est interdite, elle peut être dite entre les lignes. Il y a une équivalence entre le sujet et la jouissance. Et donc ce qui se véhicule dans la chaîne signifiante, c'est la Jouissance. Finie donc la belle illusion qu'en remettant du cadre on va tout régler, qu'en parlant de ce qui ne va pas on va éradiquer le mal. Dans ce temps de l'élaboration de Lacan, le poison de la Jouissance est introduit dans le Symbolique mais le système tient encore. Le Symbolique transporte la Jouissance mais opère quand même une perte, un moins qui est ensuite obturé par les objets a, objets plus-de-jouir dont la liste s'étend alors à tous les objets de l'industrie, de la culture, à tous les objets de consommation.

 

S~J (Réel)

 

Le 6ème et dernier temps de l'enseignement de Jacques Lacan, que l'on appelle aussi le tout dernier Lacan, pousse les termes du temps précédent à leur aboutissement. Ce qui provoque un ouragan sur tous les autres concepts construits par Lacan jusque là. Il n'y a plus que des débris qui ne tiennent plus ensemble et Lacan tente de reconstituer un nouvel appareil conceptuel. Du fait de l'introduction de la Jouissance dans le Symbolique, le concept du langage, celui de la parole comme communicative, le Nom-du-Père, le symbole phallique, tout ça ne tient plus. A la place de l'Autre du langage vient lalangue en un seul mot pour rendre compte de ce qu'est le langage dans l'inconscient, comment il est parasité, habité par la Jouissance. Exemple : Le 'reusement de Michel Leiris ou tetable pour dire petite table. Vous en connaissez tous de ces petits restes qu'on vous a relatés à votre propos ou à propos d'enfants que vous connaissez. Ils sont parfois complètement hors sens comme le « pacon » de mon fils à l'âge de 1 an et demi qui désignait tous les véhicules moteurs ou le « crème hygratante » d'un autre enfant qui introduisait dans l'hydratante le chatouillis que cette crème provoquait avec comme corrélaire l'envie de se gratter. On peut également trouver dans les dialectes comme le wallon beaucoup de traces de lalangue dans la mesure où ce ne sont pas des langues régies de la même manière par une grammaire et une orthographe. (Cfr, Mon monnonke derrière la ligne six frites par Paul Biron)

 

Le cours de Jacques-Alain Miller, « La fuite du sens », paru pour sa plus grande partie dans Les Feuillets du Courtil n°12, La Cause Freudienne n°34, Letterina Archives n°4 et Quarto n°60, permet d'appréhender ce grand chamboulement et le décalage de tous les concepts précedents. La jouissance est partout dans la structure qui ne la régule plus, elle est infiltrée de tous les côtés et elle mène la danse. Une lalangue n'est rien de plus que l'intégrale des équivoques que l'histoire du sujet y a laissé persister. Il y a au niveau de lalangue une autre finalité que celle de la communication. C'est une finalité de jouissance au point de qualifier la communication de semblant. L'apparole, c'est un nouveau concept de la parole qu'appelle la transformation du concept du langage en concept de lalangue. L'apparole est le nom propre de la parole comme appareil de jouissance.

 

 

Réel = Lalangue

 

 

 

Je vais maintenant prendre deux formes de poésie très différentes pour illustrer la place de lalangue en tant qu'émergence de l'inconscient réel.

 

 

 

Extrait paru dans Libres de poésie aux Editions Dérives:

 

Les mots qui sont sur les cahiers

Font ce qu'ils veulent

Les mots qui ont fait du mal

Sont prisonniers

Les gens s'entendent pas toujours avec les mots

Y'a des mots qui s'en foutent

Et ça les gens n'aiment pas

Les mots peuvent crier sur les gens

Enfin ils peuvent pas

Mais ils le font quand même

Ou des fois les mots

Se bouchent les oreilles

Ils ont des grandes oreilles

Et ils savent pas courir vite

Les gens les rattrapent

Mais les mots ont une pièce

Pour se cacher

Dans une maison en bois

Il y a des mots flèches

Des mots bancs

Et des mots chèques

Il y en a qui sont phrases

Et y'en a qui sont seuls

Ils préfèrent

Mais les gens et les mots

Vivent ensemble

Même quand ils se cachent .

 

Il s'agit ici du produit d'un atelier d'écriture qui a été tenu par une intervenante voici quelques années et qui a obtenu moyennant subsides la publication de ces quelques livres originaux. Les personnes qui ont participé à cet atelier d'écriture sont toutes dites « handicapées mentales » mais le plus souvent derrière le handicap, c'est la structure de la schizophrénie qui apparaît. La ponctuation, le phrasé et l'orthographe sont bien sûr organisés par l 'intervenante et donc ne reflètent pas dans l'écriture même, contrairement à la lecture du livre de Paul Biron, les équivoques, les malentendus, le sens qui file. Si cela nous apparaît poétique, ce ne l'est pas pour le sujet qui lui fait l'effort de raconter une histoire à partir d'une image, d'un dessin. Le sujet dit ici au plus juste sa difficulté avec le langage et avec les mots remplis de vivant, les mots qui ne peuvent s'apprivoiser, les mots qui n'en font qu'à leur tête. Le sujet témoigne du réel auquel il a affaire et qui lui fait tellement de difficultés et pourtant c'est, pour nous lecteurs, poétique. Le sujet en effet parle de telle manière que nous pouvons croire qu'il s'agit de métaphores et qu'il attrape ainsi une « vérité » que nous supposons, apercevons mais à laquelle nous n'avons plus accès. C'est cela qui nous fascine et nous parle en tant que sujet de l'inconscient réel, non pas structuré comme un langage mais comme une lalangue. Dans « Clinique Ironique » (in Cause Freudienne n°23), Jacques-Alain Miller souligne la valeur de fiction des mots, de la parole. Seul le sujet schizophrène d'être justement hors discours baigne dans le réel.

 

D'un autre côté, nous avons la poésie de Wislawa Szymborska, auteur polonaise qui a reçu le prix Nobel de Littérature en 1996. Par des procédés poétiques complexes, c'est-à-dire d'une très grande simplicité, elle fait apparaitre un réel refoulé que la plupart préfèrerait voir resté refoulé. Un de ses poèmes, intitulé Encore (Jeszcze), par la mise en jeu du rythme et de la matérialité sonore m'est apparu comme un cernage tout à fait particulier d'un réel qui bien sûr échappera toujours mais qu'elle parvient à faire apparaitre à son lecteur.

 

Encore

 

Dans des wagons de plomb

des prénoms parcourent le pays,

mais où vont-ils comme ça,

en descendront-ils jamais

ne demandez pas, je ne dirai pas, je ne sais pas.

 

Le prénom Nathan tape du poing contre la paroi,

le prénom Izaak chante égaré,

le prénom Sara supplie pour avoir de l'eau pour

le prénom Aaron qui meurt de la soif.

 

Ne saute pas en marche, prénom David.

Tu es un prénom maudit,

qu'on ne donne à personne, qui n'a pas de maison,

assez lourd à porter dans ce pays.

 

Ton fils n'a qu'à porter un prénom slave,

parce qu'ici chaque cheveu on recense

parce qu'ici on partage le bon grain de l'ivraie

en fonction du prénom et de la taille des paupières.

 

Ne saute pas en marche. Ton fils sera Lech.

Ne saute pas en marche. Il n'est pas encore temps.

Ne saute pas. La nuit se répand comme un rire

et imite le bruit des roues sur les rails.

 

Un nuage d'humains passait sur le pays,

d'un grand nuage, petite pluie, une larme,

petite pluie, une larme, temps sec.

Les rails conduisent dans le bois noir.

 

Tak to, tak – oui, c'est ainsi – cogne la roue. Un bois sans clairière.

Tak, to tak – oui, c'est ainsi – par le bois roule un transport d'appels.

Tak, to tak – oui, c'est ainsi – réveillée la nuit j'entends

tak to, tak, le fracas du silence dans le silence.

 

(Cette traduction est personnelle. Elle est en partie inspirée par la traduction française de Potr Kaminski que l'on trouvera dans le recueil intitulé Je ne sais quelles gens, Wislawa Szymborska, Poésie Fayard, 1997, pp. 22-23.)

 

La poésie est-elle un discours qui, comme les autres, traite le réel en le recouvrant ? Ne peut-elle pas , à l'occasion de ce poème par exemple, plutôt que de le recouvrir, le soulever et donner envie de se taire...comme lorsque vous marchez dans les sous-bois de Birkenau et que vos pieds s'enfoncent dans les cendres des disparus d'Auschwitz. Deux procédés semblent ici à l'oeuvre pour dévoiler l'horreur sans la nommer : l'un est d'utiliser les prénoms dans toute leur grandeur anonyme. L'autre est une onomatopée dont la valeur de signification rejoint la position de ceux qui laissent passer les convois. Deux procédés d'une sobriété étonnante qui en disent bien plus long que tout autre discours.

 

Le premier paragraphe de ce poème introduit au coeur du problème : des prénoms voyagent dans des wagons de plomb, on ne connait pas leur destination, on ne sait pas s'ils en descendront. Tout le décor est dressé sans pourtant rien en nommer : ni la guerre, ni les Juifs, ni Auschwitz. Mais pourtant le lecteur sait d'emblée de quoi il est question. C'est toute la valeur absurde et surréaliste de la situation qui se trouve ainsi mise en avant. Mais les velléités que manifesterait le lecteur à s'interroger sont tout de suite arrêtées. Il n'y a pas de questions à poser et c'est un impératif « nie pytajcie », ne demandez pas. Et c'est alors que l'auteur répond à la première personne du singulier : je ne dirai pas, je ne sais pas. Elle prend là à son compte, en tant que je, une position face aux wagons qui passent? De mettre le non-dire avant l'ignorance indique bien qu'il s'agissait de ne pas vouloir savoir ce qui se savait très bien. Il réside ici un étrange paradoxe où l'on peut admirer le courage de l'auteur d'assumer sa position de lâcheté.

 

A ce premier paragraphe, le dernier répond très fort. L'auteur reprend à la première personne du singulier qu'elle aurait entre-temps délaissée pour dire que la nuit elle ne dort pas mais qu'elle entend le fracas du silence dans le silence. Et le silence quoiqu'on en pense peut hurler à l'occasion. Même quand on ne veut rien savoir, rien dire, les bruits se mettent à parler comme ceux produits par les roues d'un train sur les rails. Et c'est une onomatopée qui vient répondre aux questions que l'on aurait voulu faire taire « tak, to tak ». Oui c'est ainsi. Personne ne répond, seul le bruit des roues contre les rails fait réponse dans le silence. Cette onomatopée a son histoire dans la littérature polonaise, elle a la force d'une signification qui émerge dans le non-sens et l'absurdité, celle d'un assentiment silencieux. C'est aussi la position fataliste qui apparait très souvent dans le bavardage de la vie quotidienne polonaise : « oui, c'est ainsi (il faut se résigner) ». Ce n'était après tout que des prénoms qui voyageaient. Des pré-noms, même pas des noms. L'utilisation des prénoms, ou plus exactement du procédé qui consiste à réduire des être humains à des prénoms donne un effet d'anonymat du plus intime d'un sujet. Le prénom Nathan n'a pas de nom, il est irréalisé, inexistant, réduit à l'ombre d'un mot.

 

A l'envers de l'écriture « poétique » du schizophrène qui témoigne du réel dans lequel il baigne, Wislawa Szymborska débusque le réel refoulé, le soulève, lui donne son ampleur, son horreur et tout en l'assumant pour elle-même le renvoie comme une claque à tous ceux qui ont regardé les trains passer sans bouger. Elle renvoie les sujets à leur noyau de jouissance inclus dans l'onomatopée : ne rien dire, c'est consentir. Ne rien dire, c'est acquiescer au mal radical, au désir de mort, au meurtre.

 

L'analyse de ce poème est déjà parue en partie dans un texte paru dans Quarto n°66, A propos de Wislawa Szymborska par Katty Langelez.

 

Concernant l'émergence de l'inconscient réel dans la lalangue, on peut se rapporter également aux témoignages des Analystes de l'Ecole, sur la fin de l'analyse, spécialement à celui de Bernard Seynhaeve dans un texte intitulé « Ce qui s'écrit à la fin d'une analyse » paru dans Tresses n°33 (revue de l'ACF-Aquitania) et celui de Jacqueline Dhéret, intitulé « Miettes sonores » et paru dans la Cause freudienne n°58. Tous deux rendent compte d'une forme d'écriture réelle très particulière, chez Bernard Seynhaeve le corps faisant la plume qui ne peut cesser d'écrire l'impossible rapport sexuel et chez Jacqueline Dhéret dans un petit bruit du souffle du corps qui renvoie à un mot de la lalangue condensant une jouissance innommable.

 

 

 

 

iTranscription retravaillée de deux interventions faites dans le cadre des Ateliers de formation du CRIPSA 2010-2011

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 16:56

CRIPSA- Atelier 1– 26 novembre 2010

 

Monique de Villers a choisi de nous tracer un parcours de l’enseignement de Lacan où le concept de l’Autre sous ses différentes figures se métamorphose.

Le graphe du désir

Elle nous a donc invités à un voyage à partir du graphe, insistant sur quelques points clés.

L’Autre est resté jusqu’au Séminaire Encore1, le champ du trésor des signifiants. Ce concept, Lacan le puise dans la linguistique.

L’enfant est baigné dans un bain de langage dès la naissance. L’Autre préexiste au sujet. Le premier Autre pour l’enfant, à savoir sa mère est prise dans le système symbolique. Ce système comporte d’une part, la chaîne des signifiants et la chaîne des signifiés. Le signifiant tout seul, S, ne signifie rien en soi. C’est dans l’articulation à d’autres signifiants que celui-ci peut prendre sens. Le S1 en appelle toujours à un S2. C’est ainsi qu’on parle de la chaîne du langage. Ce qui détermine ce sens, c’est l’intention du sujet. Entre la chaîne des signifiants (les sons articulés) et la chaîne des signifiés (la signification), il n’y a pas de rapport immédiat. Un capitonnage est donc nécessaire. Certains points de capiton sont indispensables, comme le Nom-du-Père, pour que le discours soit compréhensible. Le sens ne peut se faire que lorsque la phrase est terminé et opère donc de manière rétroactive.

La rencontre du sujet avec cet Autre, en tant que trésor des signifiants, le divise: le sujet de l’énoncé se sépare du sujet de l’énonciation. Le je de l’énonciation disparait sous le je de l’énoncé. Il y a un écart entre le sens et la jouissance. Ce $, le sujet divisé, ne peut être épinglé par un seul signifiant. Aucun signifiant ne définit le sujet. Une part de lui reste toujours irreprésentable. La psychose fait, toutefois, exception à ce régime, ce qui implique que le sujet soit alors pétrifié sous le signifiant. Tout l’enseignement de Lacan, son recours à la logique, à la topologie lui sert pour attraper ce qui disparait, pour cerner ce reste de jouissance.

Le sexuel n’est pas assimilable au symbolique, ce que Lacan ramasse dans sa célèbre formule: “il n’y a pas de rapport sexuel”. L’analyse lacanienne parie que tout sujet, quel que soit son âge, est capable de mettre en place des solutions pour se débrouiller avec la rencontre “troumatisante” de la sexualité. Le symptôme est une solution pour recouvrir ce trou. La phobie de Hans, par exemple, est une autre manière de se débrouiller avec ça. En cela les cures d’enfants de se différencient pas de celles des adultes.

 

Dans « La fin de l’analyse pour les enfants »2, Éric Laurent scande deux moments dans l’enseignement de Lacan, qui déterminent la position de l’enfant.

  • L’enfant comme identifié au phallus

  • L’enfant comme objet a de la mère

Dans sa première théorie, Lacan reprend la théorie freudienne. Dans la seconde, il explorera au-delà de lui, en abordant la jouissance réelle.

1e théorie : L’enfant identifié au phallus

Bien qu’on en fasse peu mention, Freud a travaillé avec assiduité comme pédiatre durant dix ans (1886-1896) à l’institut Kassowitz à Vienne, dans l’un des premiers dispensaires accueillant des enfants pauvres. Il avait donc déjà une pratique importante des pathologies infantiles, lors de sa rencontre avec Hans.

Dans La Vie sexuelle3, Freud expose ses vues sur l’enfance  dans plusieurs articles:

  • L’organisation génitale infantile, 1923

  • La disparition du complexe d’Œdipe, 1923

  • Quelques conséquences psychiques de la différence anatomiques entre les sexes, 1925

Le phallus

Dans l’organisation génitale infantile, seul un organe prévaut pour les deux sexes : le phallus. Face à l’absence de pénis de la petite fille, le petit garçon se montre tout d’abord peu intéressé (ne voit rien, atténue sa perception, dénie, ou espère qu’il se développera plus tard). La petite fille, par contre, « D’emblée elle a jugé, et décidé. Elle a vu cela, sait qu’elle ne l’a pas et veut l’avoir. »4

Cela peut avoir pour elle plusieurs conséquences :

  • Une négation de la castration, ce que Freud appelle « complexe de masculinité ».

  • Une blessure narcissique et un sentiment d’infériorité avec revendication phallique.

  • Une jalousie, éventuellement aigüe.

  • Un éloignement de sa mère qu’elle tient pour responsable de ce manque

  • Une dernière conséquence, que Freud considère comme le développement normal, est l’évolution de la fille en femme. « La libido glisse maintenant le long de (…) l’équation symbolique : pénis=enfant jusque dans une nouvelle position. Elle renonce au désir du pénis pour le remplacer par le désir d’enfant et, dans ce dessein, elle prend le père comme objet d’amour. (…) La petite fille tourne en femme. »5

Ceci met en évidence la conception de la femme selon Freud. Celle-ci ne se différencie pas de la mère : elle est « toute mère ». Ce qui ne sera jamais le cas chez Lacan pour qui la femme, contrairement à la mère, n’est pas toute phallique : il y a une jouissance féminine qui est Autre.

Il découle du développement de Freud, que la fille entre dans le complexe d’Œdipe par la castration alors que le garçon en sort à cause de la menace de castration. Il renonce à ses amours infantiles pour garder son organe et s’identifie à son père, en tant qu’idéal du moi.

La dialectique de la frustration

Dans le Séminaire IV, La relation d’objet, Lacan développe la dialectique de la frustration.6Il insiste sur la distinction fondamentale à faire entre le Réel (ici la réalité – il ne s’agit pas du Réel de la jouissance), le Symbolique et l’Imaginaire.

 

 

AGENT

MANQUE D’OBJET

OBJET

Père réel

Castration

imaginaire

Mère symbolique

Frustration

réelle

Père imaginaire

Privation

symbolique

 

Dans la frustration, se produit un dommage imaginaire d’un objet réel (le sein), causé par une mère symbolique. La mère est dite symbolique parce que très précocement, elle est perçue par l’enfant comme battement d’une présence/absence, quasiment machinisée : il crie, elle vient, le nourrit, puis s’absente. Mais la réalité est complexe et introduit nécessairement un écart entre la satisfaction et la frustration. L’interstice où elle ne répond pas la rend réelle : elle devient une puissance réelle, car l’enfant perçoit très tôt son pouvoir de dire non. L’objet de satisfaction va alors changer de nature pour être transformé en don. Potentiellement donné ou refusé, il prend alors valeur symbolique et devient signe de l’amour. Lacan note qu’à ce moment, c’est la mère qui est toute puissante, et non l’enfant.7

Reprenant cette question, Lacan, comme Freud, isole dans le monde des objets, le phallus, dont la fonction est paradoxalement décisive pour les femmes. Il est défini comme imaginaire. Il ne s’agit pas du pénis de la réalité, mais de sa forme, de son image érigée.

« Si la femme trouve dans l’enfant une satisfaction, c’est très précisément, pour autant qu’elle trouve en lui quelque chose qui calme en elle, plus ou moins bien, son besoin de phallus, qui le sature. »8

L’enfant et la mère sont pris dans un certain rapport dialectique. L’enfant et la mère vivent une relation qui les satisfait tous deux. Il peut se croire aimer pour lui-même en réalisant sur lui l’image phallique. Mais lorsqu’apparaît sa mère désirante au-delà de lui, il expérimente ainsi qu’il ne lui suffit pas et en éprouve une grande détresse: « Que désire-t-elle ? » Le désir de sa mère s’origine de ce manque que l’enfant perçoit comme insatiable. Ne sachant plus ce qu’il est pour elle, il va alors s’accrocher à un objet et construire un fantasme pour se défendre de ce désir glouton. D’où l’importance du Nom-du-Père qui donne une signification phallique au désir énigmatique de la mère. Lacan développera ce concept dans le Séminaire suivant.

Une phobie

Une phobie décrite par une élève d’Anna Freud illustre clairement cette problématique. Une petite fille de 2,5 ans s’est aperçue que les garçons ont un fait-pipi. En position de rivalité, elle fait tout comme les petits garçons et ne semble pas perturbée par cette question. L’enfant est alors séparée de sa mère à cause de la guerre, mais aussi parce qu’elle a perdu son mari. L’enfant reste très aimée par sa mère qui vient la voir régulièrement et tout se passe bien. Une nuit pourtant, elle est saisie de frayeur par le cauchemar d’un chien qui veut la mordre. Une phobie s’installe.

Lacan note que la petite défaille non quand elle découvre son propre manque, mais quand elle découvre la castration maternelle. La mère toute phallique, en l’absence du père, est tombée malade et se déplace à l’aide d’une canne. La mère apparaît dès lors manquante, malade et fatiguée et c’est alors qu‘apparaît la phobie du chien. Cet animal fonctionne comme agent responsable de la castration maternelle.

Le cauchemar est une rencontre réelle, traumatique. Le besoin de répéter cet événement dans les mots s’impose à l’enfant pour traverser ce qui lui arrive, pour voiler ce réel avec des semblants. L’historiette inventée à propos du chien est nécessaire. Grâce au fantasme, qui est une manière d’en passer par le signifiant, elle peut recouvrir le réel traumatique.

La thérapeute dit à l’enfant : « Toutes les petites filles sont comme ça. », ce qui l’apaise un temps, mais ce qui la guérit vraiment, c’est la réintégration dans une famille avec un beau-père et un grand frère, porteurs du phallus. Elle devient pour ce dernier la girl-phallus. Une mauvaise rencontre sexuelle se produit, sans conséquence dans l’immédiat. Le traumatisme potentiel surgira éventuellement dans l’après-coup : quand elle découvrira que c’était de la sexualité.

Les trois temps de l’Œdipe

Dans le Séminaire V, La relation d’objet9, Lacan met l’accent sur l’intervention du père, comme Nom-du-Père. C’est l’Autre de l’Autre maternel.

Que la mère parle la soumet, évidemment, aux lois du langage. Mais sa parole peut être capricieuse, sujette à son bon ou mauvais vouloir. Le père, comme fonction tierce, intervient par sa parole et son autorité sur le désir de la mère.

Nous avons ainsi la formule de la métaphore paternelle : NP/DM barré – DM barré/x

Trois temps scandent l’Œdipe :

1er temps : le père n’apparaît que voilé. Il est présent pour la mère, mais son effet ne se fait pas sentir directement. Dès la naissance de l’enfant, en effet, la relation au père passe par la mère. L’enfant, lui, est dans une relation imaginaire où il sature le manque phallique de sa mère. L’enfant s’identifie en miroir à ce qui est l’objet du désir de la mère, c’est-à-dire, le phallus.

2e temps : Le père intervient réellement et prive la mère de son objet. C’est un non à la mère : cet objet ne t’appartient pas. C’est aussi un non à l’enfant : ta mère est ma femme. Pour que cette intervention ait un effet, il faut que la mère accepte la parole et l’autorité du père, tout d’abord, et que le père ne se montre pas trop soumis à sa femme, d’autre part, en étant trop amoureux, par exemple, ou trop effacé.

3e temps : Le père doit faire la preuve qu’il possède le phallus et qu’il peut ainsi donner à la mère ce qu’elle désire. C’est la puissance du père que l’enfant peut alors idéaliser et s’y identifier. Le père « potent » est à la base de l’Idéal du moi. En cela, comme le rappelait Éric Laurent, le père humanise la loi : ce n’est pas seulement un père qui dit non, mais un père qui dit oui. Et Lacan précise qu’« une immense latitude est laissée aux modes et aux moyens dans lesquels cela peut se réaliser ».10

L’objet a comme réel

Lacan pluralisera les Noms-du-Père dès la fin du Séminaire X, L’angoisse. C’est dans ce Séminaire qu’il conceptualisera l’objet a comme réel. Il conçoit cet objet à partir de l’inquiétante étrangeté que nous pouvons tous éprouver de façon passagère. Là où il ne devrait rien y avoir, surgit quelque chose d’étrange qui provoque l’angoisse. L’objet aréel doit rester voilé, invisible dans l’image rencontrée.

Lacan situe à l’origine de la vie, un sujet mythique appelé « le sujet de la jouissance ».11, situation mythique puisque, dès la naissance, l’enfant rencontre l’Autre symbolique. Cette rencontre va transformer le sujet, d’une part, et produire un reste de jouissance non assimilable au symbolique, d’autre part. Le sujet qui rentre dans l’Autre le décomplète, du fait même de ce reste. (l’Autre est barré) L’un et l’Autre sont écornés. Les deux produits de cette division constituent le fantasme.

$ <> a

 

 

L’angoisse se situe entre jouissance et désir

A

S

Jouissance

a

A barré

Angoisse

S barré

 

Désir

 

Pour que l’objet a devienne un objet cause du désir, il est nécessaire d’en passer par le temps de l’angoisse. A la fin du drame d’Œdipe-Roi, Œdipe s’arrache les yeux et les jette par terre. Le moment de chute où ses yeux ne sont plus qu’un amas d’ordure est le moment d’angoisse. Mais c’est alors que le regard se détache et qu’il peut devenir un objet agalmatique. C’est un passage nécessaire. C’est dans un temps second seulement, après la perte, que l’objet peut entrer dans le fantasme et devenir l’objet a cause du désir.

Le premier objet perdu, et le plus profond, est le placenta : faisant partie intégrante de l’enfant avant la naissance, ce bout de corps est coupé, perdu, du fait de naître. Le sein peut lui aussi devenir objet cause du désir à partir du moment où il est vide de lait, à partir du sevrage. Tout bout de corps qui présente la caractéristique d’être séparable, détachable est susceptible de devenir objet a.

 

2e théorie : L’enfant comme version de l’objet a.

Si, dans la 1e théorie, la question à résoudre pour l’enfant dans la perspective de la métaphore paternelle était « que désire la mère ? », dans la seconde, l’énigme à résoudre pour lui, en tant qu’objet de jouissance, est celle de la sexualité : « que veut une femme ? »

La « Note sur l’enfant »12et l’« Allocution sur les psychoses de l’enfant »13qui suit dans les Autres Écrits, marquent une bascule dans l’enseignement de Lacan sur l’enfant, désormais abordé par le biais du fantasme maternel.14 Cette note, écrite dans l’après coup de mai 1968, s’adresse à Jenny Aubry qui désire un éclairage sur sa pratique institutionnelle.

« La fonction de résidu que soutient (et du même coup maintient) la famille conjugale dans l’évolution des sociétés, met en valeur l’irréductible d’une transmission ».15La famille nucléaire, père, mère et enfant, persiste par delà des bouleversements politiques et de l’évolution de la société. Ce qu’il importe de transmettre, et qui se fait difficilement, c’est un désir qui ne soit pas anonyme. Il faut que quelque chose soit figurable pour l’enfant. C’est par rapport à ce désir que Lacan situe les rôles du père et de la mère. « De la mère : en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fût-il par la voie de ses propres manques. Du père : en tant que son nom est le vecteur d’une incarnation de la Loi dans le désir. »16

Exemple : Estelle est une enfant qui fait des syncopes à répétition. Sa mère a été masculinisée par son propre père. Elle supporte mal d’être enceinte d’une fille et ne sait comment l’appeler. Le couple se bagarre beaucoup. La mère est une femme battue et elle raconte de manière ambiguë à sa fille que son compagnon la battait quand elle était dans son ventre. Elle lui donne un prénom qui est une question, Estelle (Est-ce elle ?). Estelle, d’ailleurs, ne cesse de dessiner des serpents, en forme d’un S, qu’on peut lire « est-ce ». En réalité, elle écrit sa question : qui est-elle dans le désir de sa mère ? Elle continue de disparaître pour être ranimée par son père qui est kiné et qui se rend présent à cette occasion. Ses syncopes sont un appel à l’intervention du père.

En quoi consiste une incarnation de la Loi dans le désir ? Le rôle du père est de nouer le désir à la loi. Il interdit la mère, d’une part, mais couche avec, transgressant ainsi cet interdit. Il la sépare de l’enfant et l’oriente vers lui. Par ailleurs, il donne une promesse à l’enfant : « Tu deviendras un homme, une femme, plus tard »

« Le symptôme de l’enfant se trouve en place de répondre à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale. » Le symptôme est toujours un compromis qui montre quelque chose et fait, en même temps, office de voile. Car, il reste une part de la vérité qui ne peut et ne pourra jamais se dire : le noyau inatteignable de la jouissance.

« L’articulation se réduit de beaucoup quand le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. Ici c’est directement comme corrélatif d’un fantasme que l’enfant est intéressé. » S’il n’y a pas de médiation assurée par la fonction du père, « l’enfant est ouvert à toutes les prises fantasmatiques. Il devient « objet » de la mère, et n’a plus de fonction que de révéler la vérité de cet objet. » Ceci trouve son illustration dans le « syndrome de Münchausen par procuration »17, forme meurtrière d’attachement à l’enfant, où celui-ci est pris dans la volonté de jouissance de la mère qui peut le conduire jusqu’à la mort. Ou encore dans le Cas Aimée, développé dans la thèse de Doctorat de Lacan18, où celle-ci témoigne d’une hyper-possessivité à l’égard de son enfant alternant avec une indifférence totale.

L’enfant « sature, en se substituant à cet objet, le mode de manque où se spécifie le désir de la mère quelle qu’en soit la structure spéciale »19 Pour la mère névrosée, l’enfant dans son symptôme, vient témoigner de sa culpabilité. Pour la mère dont le désir est structuré de manière perverse, l’enfant va représenter le déni de la castration et servir de fétiche. Et pour la mère psychotique, il va incarner un primordial refus, un non à la loi (symbolique). Il restera son objet non séparé d’elle. Cette séparation se réalise parfois dans le réel. L’enfant devient alors un bout de corps sacrifié.

La cure des enfants vise une certaine coupure, une certaine séparation qui s’obtient par la construction d’une fiction qui permet à l’enfant de répondre à la question de la jouissance d’une femme. Il est essentiel de s’opposer à ce que ce soit le corps de l’enfant qui réalise l’objet ade la mère, refuser qu’il prenne la place de l’objet condensateur de la jouissance de la mère.

En d’autres termes, il s’agit, dans une cure, d’être attentif à « donner une version de l’objet a (…) mode sous lequel l’enfant, y compris l’enfant psychotique, parvient à donner une position, non de son inconscient, mais une position de la jouissance ».20

 

1 Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore [1972-1973], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1975.

2 Laurent É., « La fin de l’analyse chez les enfants » Feuillets du Courtil, 30, p. 7-27.

3 Freud S., La vie sexuelle, PUF, Paris, 1969.

4 Ibid., p. 127.

5 Ibid., p. 130.

6 Lacan J., Le Séminaire, livre iv, La relation d’objet [1956-1957], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1994, p. 59.

7 Ibid., p. 69.

8 Ibid., p. 70.

9 Lacan J., Le Séminaire, livre v, Les formations de l’inconscient [1957-1958], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1998, p. 179-196.

10 Ibid., p. 196.

11 Lacan J., Le Séminaire, livre x, L’angoisse [1962-1963], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2004, p. 203.

12 Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, pp. 373-374.

13 Lacan J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres Écrits, op cit., pp. 361-371.

14 Laurent É., « Une lecture de la « Note sur l’enfant » », Bulletin du Groupe Petite enfance, 18, octobre 2002, éd. Agalma.

15 Lacan J. Ibid., p. 373.

16 Ibid.

17 Zenoni A., L’autre pratique clinique, Erès, Toulouse, 2009, pp. 132 et sv.

18 Lacan J., De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité [1932], suivi de Premiers écrits sur la paranoïa, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1975, 411 p.

19 Lacan J., Ibid. p374

20 Laurent E., « La fin de l’analyse chez les enfants » Feuillets du Courtil, 30, p. 26.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 22:41

La lettre chez Lacan

Guy de Villers

 

Je considère que l’enjeu de notre réflexion de ce matin est de saisir quelque chose de l’opérativité de la psychanalyse, sachant d’une part qu’elle n’a d’autre medium que la parole et que son champ est celui du langage et que, d’autre part, le réel auquel elle a à faire est de l’ordre de la jouissance en excès par rapport à l’ordre symbolique. La thèse d’un traitement possible de la jouissance par le moyen de la parole est-elle tenable ?

Nous verrons que c’est par la convocation de la fonction de la lettre que Lacan résoudra cette aporie. Il faudra pour ce faire qu’il établisse une articulation fine entre lettre, parole et signifiant. Nous allons tenter de débrouiller cela.

La pensée de Lacan est d’une extraordinaire complexité, non seulement au plan de la compréhension de l’état de sa doctrine à un moment donné, mais aussi et plus encore en raison des remaniements dont elle témoigne au fil de son développement diachronique.

Je me propose donc d’étudier

quelques étapes majeures de l’avancée lacanienne au sujet de la lettre.

A commencer par le « Discours de Rome » (1953). L’enjeu est de saisir comment Lacan articule le signifiant et la libido dès lors que le symptôme est compris comme la lettre du message.

J’ai choisi un passage que je trouve magnifique, auquel j’ai donné le titre suivant : « La lettre du message » . Vous trouverez ce passage dans Autres écrits, pp. 139-140. 1

Nous tenons ici une première formulation lacanienne de la fonction de la lettre dans la cure analytique. Elle se définit en rapport avec la parole.

Le sujet a à signifier et, pour ce faire, s’empare de tout matériel signifiant disponible. Dans la cure, il s’agit de dénouer les nœuds du symptôme, de l’inhibition et de l’angoisse. Ce dénouage se fait en les rendant « à la fonction de parole qu’ils tiennent dans un discours dont la signification détermine leur emploi et leur sens. » Inscrire donc dans le discours le nœud symptômal, en tant que la signification de ce discours détermine son emploi et son sens. Donc, la cure ne fait pas passer à la conscience ce qui était inconscient, mais elle fait passer à la parole, une parole adressée à quelqu’un qui puisse l’entendre « là où elle ne pouvait même être (207) lue par personne ». Nous sommes donc passés du texte qui ne peut être lu à la parole qui peut être entendue. Ce texte ne peut être lu parce que le chiffre du message qu’il porte est perdu ou parce que son destinataire est mort. Ce passage à la parole, opéré dans la cure, est possible parce qu’il y a le texte, le texte du message. C’est cela qu’il est important à considérer, dit Lacan.

 

Voyons comment Lacan distingue et articule les deux registres, celui du texte et celui de la parole.

La parole, dit-il, est fondamentalement équivoque. Elle appelle l’interprétation. « Sa fonction est de celer autant que de découvrir ». À nous en tenir au plan de ce qu’elle fait voir, ce qu’elle découvre, force est de reconnaître que ce plan est celui du langage, toujours ambigu. Le message porté par la parole se donne à entendre sur « plusieurs portées », comme sur une partition musicale. D’où la polysémie de la parole : « la multiplicité des accès possibles au secret de la parole », comme s’exprime Lacan.

Le texte relève d’un autre registre, un texte à lire. Et que peut-on y lire ? Ce que la parole dit et ce qu’elle ne dit pas. Ce que la parole dit, nous savons que cela se laisse entendre dans des résonnances multiples. Ce qu’elle ne dit pas relève des symptômes qui sont liés à ce texte. Comment comprendre cette liaison ?

Lacan propose une métaphore pour indiquer de quel ordre est ce lien : le symptôme est au texte comme le rébus est à la phrase que ce rébus figure.

Et là, Lacan dénonce une confusion complète entre la surdétermination des symptômes qui figurent la phrase et la multiplicité des accès au secret de la parole, secret qui se loge dans le chiffrage de la phrase. Or, dit Lacan, la surdétermination du symptôme tient à la structure du signifiant (dualisme signifiant/signifié). Cette assertion ne nous étonne guère, dès lors qu’est affirmé le primat du symbolique. Mais que signifie-t-elle ? Cela ne veut pas dire, et Lacan est explicite là-dessus, qu’il y a une correspondance biunivoque entre tel phénomène de corps et telle signification psychique, du type : « Si je tousse, c’est parce que, psychiquement… » Il n’y a, en effet, pas de « parallélisme psycho-physiologique ». Par contre, il s’agit de traiter le symptôme comme un texte, témoignant de « la pénétration du réel par le symbolique ».

La métaphore du rébus nous permet de comprendre que Lacan traite le symptôme comme une écriture, une lettre, la lettre du message. C’est en ces termes, en tout cas, que Lacan rappelle que chez « Freud le rêve a la structure […] d’un rébus, c’est-à-dire d’une écriture ».2 Cette écriture se donne à lire, car elle est constituée d’« éléments signifiants, que l’on retrouve aussi bien dans les hiéroglyphes de l’ancienne Égypte que dans les caractères dont la Chine conserve l’usage. »3

Rêve et symptôme ont la même structure de langage et, dit Lacan, « c’est tellement la doctrine de Freud qu’il n’y a pas d’autre sens à donner à son terme de surdétermination ».4 Car, « pour qu’il y ait symptôme, il faut qu’il y ait au moins duplicité, au moins deux conflits en cause, un actuel et un ancien. » 5 Cette duplicité est celle du signifiant et du signifié : « le matériel lié au conflit ancien est conservé dans l’inconscient à titre de signifiant en puissance, de signifiant virtuel, pour être pris dans le signifié du conflit actuel et lui servir de langage, c’est-à-dire de symptôme. » 6

 

Cette lecture du symptôme en termes de structure signifiante (S/s) renvoie au texte freudien : « Dora »7[Lecture]

 

Liliane Fainsilber en a proposé unereprésentation graphique intéressante. http://liliane.fainsilber.free.fr/freud_dora/premier%20r%EAve/cercles-representation.htm

Freud parle de stratification : « Schichtung ».

Stratification, surdétermination, « échafaudage », dit encore Lacan, telles sont les opérations, tel est l’édifice construit par le sujet de l’inconscient, édifice que nous appelons « symptôme analytique ». Cette métaphore de l’échafaudage apparaît encore dans Le Séminaire, Livre 11, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, séance du 13 mai 1964.

Voici le texte.

« Plaçons-nous aux deux extrêmes de l'expérience analytique. Le refoulé primordial est un signifiant et ce qui s’édifie par-dessus pour constituer le symptôme, nous pouvons toujours le considérer comme échafaudage de signifiants. Refoulé et symptôme sont homogènes, et réductibles à des fonctions de signifiants. Leur structure, quoi qu’elle s’édifie par succession, comme tout édifice, est tout de même, au terme, au produit fini, inscriptible en termes synchroniques. »8

Le symptôme est un échafaudage de signifiants. Mais entendons bien ce que cette définition comporte. Elle implique la sexualité comme ce qui habite chacune de ces figures. Lacan, lors de cette séance du 13 mai 1964, parle de « présence », de Dasein de la sexualité. Les sujets « n’ont affaire qu’à ce qui, de la sexualité, passe dans les réseaux signifiants »9 Il ne faut donc pas prendre le terme de signifiant dans sa valeur linguistique. Le signifiant dont il s’agit est une « Darstellung », disait Freud, une figure, une présentation. Ce terme dit quelque chose de plus matériel, de plus immédiat que celui de « Vorstellung », de « représentation ». Il renvoie à ce que Freud avait identifié dans les processus de transformation du rêve : la prise en compte de la figurabilité : Rücksicht auf Darstelbarkeit.10 Dans l’extrait du « Cas Dora » que nous avons longuement cité, la traduction française ne laisse pas percevoir cet emploi. Mais le texte freudien allemand dit bien que « la signification dernière du symptôme de la toux de Dora est sans doute bien la “présentation” des rapports sexuels avec le père, avec (par le moyen de) l’identification à Mme K. » (Je traduis.)

Nous pouvons maintenant boucler ce détour et revenir à cette articulation du signifiant et du signifié pour y saisir la place et la fonction du symptôme. Dans son Séminaire sur Les psychoses, Lacan disait donc que : « Le matériel lié au conflit ancien est conservé dans l’inconscient à titre de signifiant en puissance, de signifiant virtuel, pour être pris dans le signifié du conflit actuel et lui servir de langage, c’est-à-dire de symptôme. »11 On voit se superposer les rapports S/s. Un signifiant virtuel, constitué du matériel d’un conflit ancien refoulé dans le temps 1 devient un signifiant actuel dans le temps 2 pour un conflit actuel. C’est ce signifiant actualisé qui est le symptôme, langage non articulé, mais qui assure la figurabilité (Darstelbarkeit) du conflit actuel. En ce sens, le symptôme sert de langage au conflit actuel.

Revenons maintenant à notre point de départ. Le symptôme est un signifiant qui présente le conflit actuel surdéterminé par le signifiant refoulé du conflit ancien. En ce sens, le symptôme est une lettre, la lettre du message. Il y faut du psychanalyste pour qu’elle soit lue, déchiffrée, et ainsi rendue à la parole, comme la lecture d’un rébus restaure l’accès au message.

 

*

La question de la lettre est reprise par Lacan dans son « séminaire sur la lettre volée » (26-04-1955), dont le texte a été écrit par Lacan au milieu de l’année 1956.

En jouant sur l’équivoque, la lettre a dans ce texte le sens d’épître : « l’épistole », disait A. Stevens dans son article « Clinique de la lettre ». 12 publié dans Quarto, n° 92.

Mais, dès ce moment (1955-56), Lacan met en avant le fait que le message que recèle cette missive est passé au bleu puisque seule compte la lettre comme ce qui manque à sa place, à la place où la police la cherche. « […]qu’on ne peut dire à la lettre que ceci manque à sa place, que de ce qui peut en changer, c’est-à-dire du symbolique. »13  Le symbolique, ici, c’est le signifiant. Lacan est explicite sur ce point. « C’est que le signifiant est unité d’être unique, n’étant de par sa nature symbole que d’une absence. Et c’est ainsi qu’on ne peut dire de la lettre volée qu’il faille qu’à l’instar des autres objets, elle soit ou ne soit pas quelque part, mais bien qu’à leur différence, elle sera et ne sera pas là où elle est, où qu’elle aille. »14

Retenons surtout ce repérage essentiel : celui de la localisation de la lettre.

On connaît l’intrigue du conte de Poe. Une lettre compromettante pour la Reine est cachée chez son ministre, si bien cachée qu’ayant cherché partout, la police ne la trouve nulle part.

« […] la lettre a en effet avec le lieu, des rapports pour lesquels aucun mot français n’a toute la portée du qualificatif anglais : odd. […]Disons que ces rapports sont singuliers, car ce sont ceux-là même qu’avec le lieu entretient le signifiant. »15

Ainsi, d’emblée lettre et signifiant partage ce caractère localisé, ce qui veut dire d’abord, non divisible en parties. Elle n’est pas quantifiable. Il n’y a pas plus ou moins de lettre. Il n’y a pas un peu de lettre , ou trop de lettre, comme il y aurait trop de sel.

« Mais pour la lettre, qu’on la prenne au sens de l’élément typographique, de l’épître ou de ce qui fait le lettré, on dira que ce qu’on dit est à entendre à la lettre, qu’il vous attend chez le vaguemestre une lettre, voire que vous avez des lettres, – jamais qu’il n’y ait nulle part de la lettre, à quelque titre qu’elle vous concerne, fût-ce à désigner du courrier en retard.

C’est que le signifiant est unité d’être unique, n’étant de par sa nature symbole que d’une absence. »16

Nous pouvons en déduire que Lacan durcit ainsi la distinction entre le registre purement localisé du signifiant et la valeur sémantique du message dont la lettre est porteuse. Car, comme le dit Lacan, « la lettre fait péripétie » dans le conte sans le message. En d’autres termes, dès le séminaire sur la lettre volée, la lettre est identifiée au signifiant. C’est en cela que le conte d’Edgar Allan Poe est exemplaire, de figurer la lettre en tant qu’elle « manque à sa place » parce qu’elle peut en changer, de place ; y être et ne pas y être, où qu’elle aille.17

Dans « L’instance de la lettre »18, exposé en 1957, la lettre est comprise comme ce qui s’oppose au sens. Il y a deux versants au signifiant : Il y a le versant « effet de signifié » et il y a le versant pris « à la lettre », c’est-à-dire comme insistance du symbolique qui se répète. Prendre le signifiant à la lettre, ce n’est pas en considérer le tracé. Lacan évoque l’écriture hiéroglyphique pour nous faire comprendre que ce n’est pas le dessin du vautour qui nous autorise à imaginer le sens de ce tracé comme signifiant une « espèce ornithologique ». Le tracé du vautour est à prendre comme signifiant à la lettre, c’est-à-dire un aleph, première lettre de l’alphabet.

C’est en ce sens qu’on peut dire avec JAM que, dans ce texte, Lacan « ramène la lettre au signifiant ».19

*

Nous terminerons ce parcours de la théorisation de la lettre chez Lacan en montrant comment le texte « Lituraterre » marque un tournant décisif dans la pensée de Lacan quant au statut de la lettre. En effet, Lacan y établit une distinction nette entre la fonction du signifiant et la fonction de la lettre.

D’abord, un mot du titre retenu par Lacan. Lacan invente le mot lituraterre pour « lancer quelque chose » aux auditeurs de son séminaire comme au lectorat d’une revue qui l’a sollicité sur les rapports entre Littérature et psychanalyse. Il s’agit d’un contrepet construit sur l’inversion de deux syllabes : /tu/ et /ter/. Le contrepet s’énonce ; le renversement de l’ordre des syllabes s’entend. Ce « jeu du mot »20, Lacan en prenait le départ de l’équivoque signifiante fomentée par James Joyce  entre «Letter» (la lettre) et «Litter» (le déchet). Joyce en fait plusieurs fois usage dans son ouvrage majeur : Finnegans Wake. Ainsi, à la page 93.

« And so it all ended. Artha kama dharma moksa. Ask Kavya for the kay. And so everybody heard their plaint en all listened to their plause. The Letter ! The litter ! And the soother the bitther ! Of eyebrow pencilled, by lipstipple penned. Borrowing a word and begging the question and stealing tinder and slipping like soap. »21

La traduction française dit assez l’impossible de l’écriture joycienne.

« Et c’est comme çà que tout fut fini. Demande la clef du problème à Kay. Ainsi tout le monde entendit leur plainte et tous écoutèrent leurs applaudissements. La lettre ! L’élithre ! Le plus tôt sera le mieux ! Barbouillé sur le front, écrite au rouge à lèvre. Empruntant un mot par ci, quémandant une question par là et toujours dérobant le vrai pour le faux, glissante comme le savon. »

Pour nous faire entendre cette équivoque joycienne, Lacan nous renvoie à Saint Thomas d’Aquin et la célèbre formule par laquelle il qualifia son œuvre, essentiellement sa Summa theologiae : « sicut palea ». J.-A. Miller définit ainsi le « sicut palea » : « ces deux mots latins veulent dire « comme du fumier » et auraient été la réponse de saint Thomas d’Aquin à la fin de sa vie quand on lui demandait ce qu’était pour lui son œuvre, sa Somme théologique. »22

Toutefois, on peut remonter à la tradition hébraïque et plus précisément au Livre d’Esaïe [740-450 a.c.n.], chapitre 29, pour retrouver la métaphore de l’Aquinate.

« 29 /1/ Vae Ariel, Ariel, civitas, quam circumdedit David! Addite annum ad annum, sollemnitates evolvantur; /2/ et circumvallabo Ariel, et erit maeror et maestitia, et erit mihi quasi Ariel. /3/ Et circumdabo te quasi sphaeram et iaciam contra te aggerem et munimenta ponam in obsidionem tuam. /4/ Humiliaberis, de terra loqueris, et de pulvere vix audietur eloquium tuum, et erit quasi pythonis de terra vox tua, et de humo eloquium tuum mussitabit. /5/ Et erit sicut pulvis tenuis multitudo superborum tuorum, et sicut palea volans multitudo fortium23

Je ne donne ici que la traduction française du cinquième verset, dans la version de Samuel Cahen. « Toutefois, la multitude de tes ennemis sera comme une fine poudre, comme la paille qui s’envole la multitude des oppresseurs ; soudainement, dans l’instant. »24 Une autre traduction française, plus précise, me semble-t-il, dit ceci. « La multitude de tes ennemis sera comme une poudre fine, la foule des tyrans comme la bale qui s’envole… »25

« Paille », dont on fait le fumier ; « Bale » : « Enveloppe des graines de céréales », selon la définition du Petit Robert de la langue française. Alors, pourquoi le traducteur de Finnegans Wake nous propose-t-il « élythre » pour « Litter » ? Un mot qui n’est pas au dictionnaire, un mot qui s’entend comme « élytre », qui veut dire, selon le même Petit Robert de la langue française : «Aile antérieure dure et cornée des coléoptères qui ne sert pas au vol mais recouvre et protège l'aile postérieure à la façon d'un étui. Les élytres du hanneton. » Ici à nouveau, se dessine l’image de l’enveloppe qui recouvre, qui la graine, qui les ailes ; une enveloppe dont on se débarrasse, qu’on rejette, mais qui abrite ce que l’on veut protéger et conserver : ce qui est précieux. J.-A. Miller y voit « les deux valeurs possibles de l’objet a, la valeur splendide avec l’agalma, mot grec, et sa valeur de déchet avec palea, mot latin. »26 Nous y reviendrons.

Il est une occurrence plus ancienne de l’équivoque « Letter-Litter » chez Joyce. On la trouve dans un ouvrage édité par Samuel Beckett à la demande de Joyce. J. Joyce, connaissait S. Beckett depuis qu’il lui avait été présenté en 1928. Il l’invite à publier une étude de l'influence de Dante, de Bruno et de Vico sur Work in Progress, ce dernier titre désignant l’ouvrage de Joyce en préparation et qui ne sera publié que dix ans plus tard sous le titre de Finnegans Wake.27 Cette étude sera publiée en 1929 dans l’ouvrage collectif Our Exagmination Round His Factification For Incamination Of Work In Progress. Ce dernier ouvrage nous intéresse, car il comprend deux lettres de protestation contre les fragments déjà publiés de ce Work in Progress. L’une d’elles au moins est de Joyce lui-même. Elle atteste de cette pratique d’autodénigrement que J.-A. Miller reconnaissait dans les propos de Thomas d’Aquin à la fin de sa vie, comme d’ailleurs dans le Tout Dernier Enseignement (TDE) de Lacan.28 Cette lettre, adressée à un certain Dear Mister Germ’s Choice, se conclut en ces termes : « Please froggive my t’Emeritus and any inconvince that may have been caused by this litter. Yours veri tass, Vladimir Dixon. C’est donc sous le pseudonyme de Vl. Dixon que Joyce adresse aux éditeurs de Our Exagmination Round… cette lettre-déchet, « litter of Protest » ; une lettre d’injures que l’auteur de Work in Progress s’adresse à lui-même.

 

Pour saisir l’enjeu du Work in Progress de Lacan au moment où il écrit son « Litturaterre », nous nous appuyons sur la préface que Jacques-Alain Miller a donnée au recueil de travaux réunis par Jacques Aubert autour des conférences de Jacques Lacan sur « Joyce le symptôme, I et II » et des leçons du Séminaire Le symptôme, séances du 18 novembre 1975 et du 20 janvier 1976.29 Car J.-A. Miller entend nous dire dans cette préface « ce que Lacan, lui, a voulu faire avec Joyce. »30 Ce que Lacan fait valoir avec ce jeu de mots, « A letter, a litter », c’est « qu’il n’y a pas que du signifiant dans une lettre. Une lettre est un message, c’est aussi un objet. »31 Le signifiant, en tant que mot désignant un signe dont on reconnaît l’effet de signifié, le sémantème, n’est pas le tout du signe. Une lettre n’est pas la matière phonique du signifiant, car lorsque le son se dissipe, la lettre, même lue, demeure. « La lettre », ici, c’est cet objet que l’on peut déchirer, ou archiver. « Passera-t-elle à la poubelle ? »32 Comme telle, elle se sépare de sa fonction signifiante. A cet égard, on peut rapprocher, comme le suggère J.-A. Miller, la lettre volée d’E. A. Poe d’avec les lettres brûlées d’André Gide.

Il faut donc compléter la clinique de la fonction de la parole d’une clinique de l’instance de la lettre. Car tout n’est pas interprétable, ce que nous savons depuis Freud, ne fut-ce qu’au titre de réaction thérapeutique négative. Le symptôme psychanalysable n’acquiert sa valeur sémantique que par l’artifice de la cure. J.-A. Miller relève que, dès 1957, Lacan avait distingué le procès de parole du procès d’écriture, réservant au symptôme son inscription dans ce dernier. « C’est ainsi que si le symptôme peut être lu, c’est parce qu’il est déjà lui-même inscrit dans un procès d’écriture. En tant que formation particulière de l’inconscient, il n’est pas une signification, mais sa relation à une structure signifiante qui le détermine. »33

C’est cependant dans Télévision que Lacan articule à nouveau frais le sens et la jouissance, en parlant de sens joui (ou « jouis-sens »)34. C’est ici le pas nécessaire à l’élaboration nouvelle sur la fonction de l’écrit que constitue son Joyce-le-Symptôme. En 1975, Lacan interroge radicalement ce qui fait le fondement de la psychanalyse. C’est ainsi qu’il est conduit à définir le symptôme comme hors-discours. «Le symptôme n’est pas définissable autrement que par la façon dont chacun jouit en tant que l’inconscient le détermine.»35 Dans ce dernier moment de son enseignement, Lacan ne soutient plus que l’inconscient est le discours de l’Autre. Et le symptôme «est jouissance pure d’une écriture.»36 La topologie borroméenne est la solution qu’invente Lacan pour mettre fin à la suprématie du symbolique sur l’imaginaire et le réel. Avec R.S.I., le symbolique rentre dans le rang. Il n’est qu’une des trois consistances et celles-ci s’équivalent. La référence à Joyce s’imposait, lui dont le maniement de la lettre se déploie à des fins de pure jouissance, «hors des effets de signifié».37 Joyce, identifié au symptôme comme pure jouissance, en devient inanalysable. Ce qui fait dire à Lacan que Joyce « n’y eut rien à gagner » à faire une analyse, a fortiori jungienne, c’est-à-dire tout entière portée par la quête du sens. Car Joyce va «droit au mieux de ce qu’on peut attendre de la psychanalyse à sa fin.»38

Pour aller plus avant dans notre approche de la série « lettre », « litter » et « littoral », rappelons quelques circonstances qui entourent l’écriture de « Lituraterre ». En 1971, Lacan entreprend son second voyage au Japon. Le premier voyage , en 1963, l’avait mis en contact avec la statuaire bouddhique et ce qu’il y décela de la « prise de l’objet regard ».39 En 1971, Lacan est au Japon pour travailler avec les éditeurs de la traduction japonaise des Écrits. A son retour, il survole les plaines de Sibérie ; il observe les nuées et les ravinements de la plaine sibérienne. Éric Laurent commente excellemment ce parcours aérien.40 Entre les nuages, Lacan « voit les fleuves, comme une sorte de trace d’où s’abolit l’imaginaire »41. Voilà comment il parle de ce qui lui fit lecture : ce qu’il voyait de la plaine sibérienne. «Tel invinciblement m’apparut —cette circonstance n’est pas rien— d’entre-les-nuages, le ruissellement, seule trace à apparaître, d’y opérer plus encore que d’en indiquer le relief en cette latitude, dans ce qui de la Sibérie fait plaine, plaine désolée d’aucune végétation que de reflets, lesquels poussent à l’ombre ce qui n’en miroite pas.»42

« Ce qu’il voyait de la plaine sibérienne » est donc écriture dont Lacan fit lecture. Ce mot « écriture » est lui aussi porteur d’équivoques. . Un premier sens du terme est celui que Colette Soler nomme le « scribouillage, le fait de scribouiller »43. L’écriture signifierait le tracé et le résultat d’un tracé : un graphisme (γραφειν, graphein : écrire). De quoi l’écrit est-il le tracé ? On pourrait penser que l’écriture est la trace du signifiant. Mais Lacan écarte ce préjugé. L’écriture « ne décalque pas » le signifiant.44 Certes, le signifiant se calligraphie, différemment selon les cultures et leurs écritures. Et la calligraphie, comme son nom l’indique, est un « graphein ». Mais la lettre n’est pas décalque, elle n’est pas non plus de l’ordre de l’impression. La lettre est souvent comprise métaphoriquement comme la trace d’une pression, comme le dépôt d’une marque. C’était l’idée de Freud dans son texte sur le Bloc Magique, sorte d’ardoise faite de deux feuillets qui, lorsqu’ils sont décollés l’un de l’autre, effacent la marque imprimée. En critiquant cette conception de la lettre comme trace première, Lacan critiquait la thèse de Derrida sur l’archi-trace (en 1966), trace d’avant le sens « que le sens tenterait ensuite de rattraper, n’arrivant jamais à résorber le hors-sens premier, qui fait sens. » 45

Si la lettre n’est pas la marque qui s’imprime, qu’est-elle ? L’écriture est à saisir comme pure trace, seule à opérer plutôt qu’à indiquer. Entendons que cette écriture n’indique pas au sens où elle relèverait du signe qui indexe le monde et dès lors le signifie. Cette écriture est pure trace qui opère dans le désert sibérien, là où il n’y a rien à indiquer. D’être pure trace est ce qui caractérise la calligraphie et plus précisément ce que Shitao appelle « l’Unique Trait de Pinceau »46, d’être le produit du mariage de la peinture et de la lettre au moyen de l’encre et du pinceau47. C’est ainsi que la calligraphie fait le pari de conjoindre l’universel du signifiant et la matérialité singulière qui atteint à l’être et sa jouissance. La signification la plus concrète de cette invention de Shitao est d’être l’acte élémentaire de toute peinture : « un simple trait de pinceau, c’est-à-dire un segment de ligne d’une venue, sans reprise, compris entre une attaque et une finale du pinceau. »48 Mais c’est aussi un concept dont le noyau dur est la notion d’Unique, à entendre dans le droit fil de la tradition taoïste où le « yi » signifie non seulement le « un seul » mais l’Un Absolu ». Cet Unique Trait de Pinceau, parce qu’il est Unique, a pour fonction d’opérer la distinction de Yin et de Yun, du ciel et de la terre, et ainsi d’accomplir l’engendrement de tous les phénomènes. Ainsi, l’acte du peintre est de création et non de description du monde. En ce sens, l’Unique Trait de Pinceau est lettre, ravinement, « qui fait terre du littoral »49 « Littoral » désigne ce qui fait bord, mais pas frontière, entre la lettre et l’effet de sens. Toutefois, « rien de plus distinct du vide creusé par l’écriture que le semblant.»50 Ce qui distingue l’écriture du semblant est que celle-là est toujours prête « à faire accueil à la jouissance »51. Cette différence essentielle passe à l’intérieur du sujet. Repérée de cette manière, elle permettra à Lacan de situer autrement la jouissance et le signifiant au lieu de leur articulation, dans le symptôme.

Sans doute comprenons-nous mieux la distance prise ici par Lacan par rapport à ce qu’il dénonce lui-même de son élaboration passée comme un « délire avec la linguistique »52. En ce sens, le dernier enseignement de Lacan peut se lire à son tour comme « Litter of protest », non sans prendre acte de l’effet créateur de la déconstruction opérée.

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ANNEXE : Jacques Lacan : « La lettre du message » : entre texte et parole

 

Dans J. Lacan : discours de Rome et réponses aux interventions

Actes du congrès de Rome ; « Discours de Jacques Lacan (26 sept. 1953) », pp. 206-207 dans La psychanalyse, publication de la Société française de psychanalyse, no 1, Travaux des années 1953-1955, Paris, PUF, 1956. Réédité par J.-A. Miller dans J. Lacan, Autres écrits, pp. 139-140.

 

« Les concepts de la psychanalyse se saisissent dans un champ de langage, et son domaine s’étend aussi loin qu’une fonction d’appareil, qu’un mirage de la conscience, qu’un segment du corps ou de son image, un phénomène social, une métamorphose des symboles eux-mêmes peuvent servir de matériel signifiant pour ce qu’a à signifier le sujet inconscient.

Tel est l’ordre essentiel où se situe la psychanalyse, et que nous appellerons désormais l’ordre symbolique. À partir de là, on posera que traiter ce qui est de cet ordre par la voie psychanalytique, exclut toute objectivation qu’on puisse proprement en faire. Non pas que la psychanalyse n’ait rendu possible plus d’une objectivation féconde, mais elle ne peut en même temps la soutenir comme donnée et la rendre à l’action psychanalytique : ceci pour la même raison qu’on ne peut à la fois, comme disent les Anglais, manger son gâteau et le garder. Considérez comme un objet un phénomène quelconque du champ psychanalytique et à l’instant ce champ s’évanouit avec la situation qui le fonde, dont vous ne pouvez espérer être maître que si vous renoncez à toute domination de ce qui peut en être saisi comme objet. Symptôme de conversion, inhibition, angoisse ne sont pas là pour vous offrir l’occasion d’entériner leurs nœuds, si séduisante que puisse être leur topologie ; c’est de les dénouer qu’il s’agit, et ceci veut dire les rendre à la fonction de parole qu’ils tiennent dans un discours dont la signification détermine leur emploi et leur sens.

On comprend donc pourquoi il est aussi faux d’attribuer à la prise de conscience le dénouement analytique, que vain de s’étonner qu’il arrive qu’elle n’en ait pas la vertu. Il ne s’agit pas de passer d’un étage inconscient, plongé dans l’obscur, à l’étage conscient, siège de la clarté, par je ne sais quel mystérieux ascenseur. C’est bien là l’objectivation, par laquelle le sujet tente ordinairement d’éluder sa responsabilité, et c’est là aussi où les pourfendeurs habituels de l’intellectualisation manifestent leur intelligence en l’y engageant plus encore.

Il s’agit en effet non pas de passage à la conscience, mais de passage à la parole, n’en déplaise à ceux qui s’obstinent à lui rester bouchés, et il faut que la parole soit entendue par quelqu’un là où elle ne pouvait même être (207) lue par personne : message dont le chiffre est perdu ou le destinataire mort.

La lettre du message est ici l’important. Il faut, pour le saisir s’arrêter un instant au caractère fondamentalement équivoque de la parole, en tant que sa fonction est de celer autant que de découvrir. Mais même à s’en tenir à ce qu’elle fait connaître, la nature du langage ne permet pas de l’isoler des résonances qui toujours indiquent de la lire sur plusieurs portées. C’est cette partition inhérente à l’ambiguïté du langage qui seule explique la multiplicité des accès possibles au secret de la parole. Il reste qu’il n’y a qu’un texte où se puisse lire à la fois et ce qu’elle dit et ce qu’elle ne dit pas, et que c’est à ce texte que sont liés les symptômes aussi intimement qu’un rébus à la phrase qu’il figure.

Depuis quelque temps la confusion est complète entre la multiplicité des accès au déchiffrement de cette phrase, et ce que Freud appelle la surdétermination des symptômes qui la figurent. Une bonne part d’une psychologie prétendument analytique a été construite sur cette confusion : la première propriété tient pourtant essentiellement à la plurivalence des intentions de la phrase eu égard à son contexte ; l’autre au dualisme du signifiant et du signifié en tant qu’il se répercute virtuellement de façon indéfinie dans l’usage du signifiant. La première seule ouvre la porte à ce que toute “relation de compréhension” ramène indissolublement des causes finales. Mais la surdétermination dont parle Freud ne vise nullement à restaurer celles-ci dans la légitimité scientifique. Elle ne noie pas le poisson du causalisme dans la fluidité d’un parallélisme psycho-physiologique qu’un certain nombre de têtes molles croient pouvoir conforter de sa leçon. Elle détache seulement du texte sans fissure de la causalité dans le réel, l’ordre institué par l’usage signifiant d’un certain nombre de ses éléments, en tant qu’il témoigne de la pénétration du réel par le symbolique, – l’exigence causaliste ne perdant pas ses droits à régir le réel pour apparaître ne représenter qu’une prise spéciale de cette action symbolisante. 

1 Dans Jacques Lacan : 1953-09-26 discours de Rome et réponses aux interventions

Actes du congrès de Rome ; « Discours de Jacques Lacan (26 sept. 1953) », pp. 206-207 dans La psychanalyse, publication de la Société française de psychanalyse, n° 1, Travaux des années 1953-1955, Paris, PUF, 1956.

2 Dans J. Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse, p. 112 dans La psychanalyse, op. cit.)

3 Id.

4 Lacan, Le Séminaire, Livre III, Les psychoses, Paris, Le Seuil, 1981, p. 136.

5 Id.

6 Id.

7 Cinq psychanalyses, p. 61.

8 p. 160 dans l’édition du texte établi par J-A Miller aux Ed. du Seuil, Paris, 1973.

9 Ibid., p. 161.

10 Cfr S. Freud : L’interprétation des rêves, Chap. VI – 3e partie : les procédés de figuration du rêve.

11 J. Lacan, Les psychoses, p. 136, séance du 1er février 1956.

12 Dans Quarto, n° 92.

13 Ibid., p. 25.

14 Ibid., p. 24.

15 J. Lacan, Ecrits, p. 23.

16 Ibid., p. 24.

17 J. Lacan, Ecrits, pp. 24-25

18 Jacques Lacan, L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », in : Ecrits, p.493 à 528.

19 J-A Miller, cours du 12-01-2006 – Pièces détachées.

20 Jacques LACAN, Lituraterre, [1971], Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 11. La leçon du 12 mai 1971 du Séminaire de Jacques Lacan, D’un discours qui ne serait pas du semblant, présente cet écrit de J. Lacan. J.-A. Miller l’a intitulée : « Leçon sur Lituraterre », Paris, Le Seuil, 2006, pp. 113 et svtes.

21 James JOYCE, Finnegans Wake, [1939], London, Minerva Edition, 1992, p. 93. Trad. fr. par Ph. Lavergne, Paris, Gallimard, 1982, pp. 150-151. Il y a un autre passage de Finnegans Wake où Joyce joue de cette équivoque entre « Letter » et « Litter » : Op. cit.,p. 615. Ici, la trad. fr. manque complètement le rendez-vous de l’équivoque, tant celle de Lavergne (Op. cit., p. 903) que « l’adaptation » d’André du Bouchet : Finnegans Wake, fragments adaptés par André du Bouchet, Paris Gallimard, 1962, pp. 49 et svtes.

 

22 Jacques-Alain MILLER, L’orientation lacanienne, cours du 16 mai 2007, ten line news (TLN) n° 330 - nouvelle série : dimanche 20 mai 2007 ; éditée sur UQBAR par Luis SOLANO.

23 Il s’agit du texte latin de la Nouvelle Vulgate : Sacrosancti Œcumenici Concilii VaticaniII, […] Cfr http://www.catho.org

24 La Bible, traduction par Samuel CAHEN, Paris, Les Belles Lettres, 1994, Isaïe, XXIX, verset 5., p. 578.

25 Esaïe, 29, 5 : Traduction œcuménique de la Bible, (TOB), Paris, Alliance biblique universelle, Le Cerf, 1988, p. 487.

26 Jacques-Alain MILLER, Id.

27 Samuel BECKETT, «Dante... Bruno. Vico.. Joyce» est publié simultanément dans la revue Transition, Nos 16-17, Juin 1929 et dans l’ouvrage collectif consacré au livre de Joyce en préparation, publié sous le titre « Our Exagmination round his factification for incamination of Work in Progress, Paris, Shakespeare and Company, 1929.

28 Cfr Jacques-Alain MILLER, Id.

29 Jacques AUBERT (sous la direction de), Joyce avec Lacan, Préface de J.-A. Miller, Paris, Navarin, 1987. Depuis lors, J.-A. Miller a publié « Joyce le Symptôme II », [1975-1979] sous le titre « Joyce le Symptôme » dans Jacques LACAN, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, pp. 565-570. « Joyce le Symptôme I » a paru en annexe dans Jacques LACAN, Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, [1975-1976], texte établi par J.-A. Miller, Paris, Le Seuil, 2005, sous le titre « Joyce le Symptôme » (16 juin 1975), pp. 161-169.

30 J.-A. MILLER, Préface à Joyce avec Lacan, Op. cit., p. 10.

31 Id.

32 Id.

33 Jacques Lacan, La psychanalyse et son enseignement, [1957], Ecrits, Paris, Le Seuil, 1966, pp. 444-445.

34 Jacques LACAN, Télévision, [1974], dans Autres écrits, Op. cit., p. 517.

35 Jacques LACAN, Le Séminaire, Livre XXII, RSI, 18 février 1975 (Ornicar?, n° 4, p. 106).

36 J.-A. MILLER, Préface à Joyce avec Lacan, Op. cit., p. 11.

37 Ibid., p. 12.

38 Jacques LACAN, Lituraterre, Autres écrits, Op. cit., p. 11.

39 Pierre SKRIABINE, L’encre et le pinceau, Quarto, no 50, , p. 65. Voir Jacques LACAN, Le Séminaire, Livre X, L’angoisse, [1963], Paris, Le Seuil, pp. 256 et svtes.

 

40 Eric LAURENT, La lettre volée et le vol sur la lettre, pp. 37 et svtes dans La Cause freudienne, revue de psychanalyse, N0 43, « Les paradigmes de la jouissance », Paris, Diffusion Navarin-Seuil, octobre 1999.

41 Ibid., p. 37.

42 Jacques Lacan, Lituraterre, Op. cit., p. 15. Voir aussi : Jacques Lacan, « Leçon sur Lituraterre », pp. 120-121 dans Le Séminaire, Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, [1971], Paris, Le Seuil, 2006.

43 C. Soler, Déchiffrer, interpréter, écrire, Filum, Bulletin psychanalytique de Dijon, N° 10, mai 1997, pp. 6-19.

44 J. Lacan, Lituraterre, Autres écrits, p. 17.

45 E. Laurent , La lettre volée et le vol sur la lettre, La Cause freudienne, n° 43, p. 34.

46 Cfr Pierre RYCKMANS, Les « propos sur la peinture » de Shitao, Traduction et commentaire pour servir de contribution à l’étude terminologique et esthétique des théories chinoises de la peinture, Bruxelles, Institut belge des hautes études chinoises, 1970. Voir aussi : SHIH-T’AO, Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère, Paris, Herman, 1984.

 

 

47 « Pinceau et encre » constitue le chapitre V des Propos sur la peinture de Shitao. Ainsi parle le moine Shitao : « L’encre, en imprégnant le pinceau, doit le doter d’aisance ; le pinceau, en utilisant l’encre, doit le douer d’esprit. » (p. 45 dans Pierre Ryckmans, Op. cit.) Il existe toutefois une hiérarchie entre pinceau et encre, donnant la prépondérance au pinceau, ce qui définit la peinture comme l’art du pinceau.

48 Pierre Ryckmans, Op. cit., p. 15.

49 Jacques LACAN, Litturaterre, Op. cit., p. 16.

50 Ibid., p. 19.

51 Id.

52 Jacques LACAN, Le moment de conclure. Cité par J.-A. Miller, L’orientation lacanienne, cours du 16 mai 2007, Op. cit.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 23:40

EVENEMENT : Ce jeudi 17 mars, Jo Attié nous fera l'honneur de sa présence à Charleroi pour la deuxième journée de l'Atelier Ecriture et Réel

 

Les Ateliers de formation du CRIPSA à Charleroi

Atelier 3 : Ecriture et Réel

Le mardi 1er mars 2011 : invité Guy de Villers, Ecriture, inconscient réel et lalangue

Le jeudi 17 mars 2011 : invité Jo Attié, Ecriture et réel

Jo Attié est psychanalyste à Paris, membre de l'Ecole de la cause freudienne, et auteur d'un livre intitulé « Mallarmé, le livre ». Il y témoigne d'un long et minutieux travail de recherche sur l'écriture de Mallarmé. Par ailleurs, il est lui-même intéressé par le travail de l'écriture dont il a témoigné dans un intervention aux Journées de l'Ecole intitulée « le premier psychanalyste poète »L'après-midi, les participants qui le souhaitent pourront présenter des cas ou des situations cliniques.

Le vendredi 25 mars 2011 : Katty Langelez, ce qui reste inscrit à l'insu du sujet.

Katty Langelez est psychanalyste à Charleroi et Bruxelles, membre de l'Ecole de la cause freudienne. Elle est responsable du CRIPSA et à l'initiative des formations sur la question de l'écriture et de sa place dans l'économie subjective des sujets.

L'après-midi, Marie-Jeanne Brichard organisera un atelier d'écriture auquel pourront s'essayer les participants.

De 9h 30 à 12h30 et de 14h à 16h. Au CRIPSA, 33, rue Huart Chapel à 6000 Charleroi. Tél 0475.36.50.19. Prix de l'inscription : 150 euros à verser sur le compte n° 360-0409591-63. Coordonnées à envoyer à cripsa@ch-freudien-be.orgNombre de places maximum : 20 participants.

 

 

 

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 23:29

LORS DE NOTRE TROISIEME ATELIER DE L'ANNEE  NOUS AURONS LE PLAISIR D'ACCUEILLIR UN INVITE EXCEPTIONNEL : Voici en exergue l'argument que propose Jo Attié pour sa conférence du jeudi 17 mars :
«D’où les deux manifestations du Langage, la Parole et l’Écriture… la Parole (en créant les analogies des choses par des analogies des sons), l’Écriture en marquant les gestes de l’Idée se manifestant par la parole.» (Mallarmé. O.C. Ed. La pléiade, tome 2, texte établi par Bertrand Marchal, Le mystère dans les lettres. p. 229).
«C’est de la parole, bien sûr, que se fraie la voie vers l’écrit», Lacan, Séminaire XVIII : D’un discours qui ne serait pas du semblant. p. 62.


Les Ateliers de formation du CRIPSA à Charleroi
Atelier 3 : Ecriture et Réel

Le mardi 1er mars 2011 : invité Guy de Villers, Ecriture, inconscient réel et lalangue

Guy de Villers est psychanalyste à Louvain-La-Neuve, membre de l'Ecole de la cause freudienne et professeur émérite de l'Université catholique de Louvain. Il est responsable d'un atelier de lecture à l'ACF-Belgique sur ce thème depuis deux années. Il pourra ainsi nous faire partager le produit de son expérience et de son travail de recherche sur la question de l'écriture et de ses liens à l'inconscient.

L'après-midi un atelier de lectures de textes sera animé par l'équipe du CRIPSA à l'initiative de Marie-Jeanne Brichard

Le jeudi 17 mars 2011 : invité Jo Attié, Ecriture et réel

Jo Attié est psychanalyste à Paris, membre de l'Ecole de la cause freudienne, et auteur d'un livre intitulé « Mallarmé, le livre ». Il y témoigne d'un long et minutieux travail de recherche sur l'écriture de Mallarmé. Par ailleurs, il est lui-même intéressé par le travail de l'écriture dont il a témoigné dans un intervention aux Journées de l'Ecole intitulée « le premier psychanalyste poète ».

L'après-midi, les participants qui le souhaitent pourront présenter des cas ou des situations cliniques.

Le vendredi 25 mars 2011 : Katty Langelez, ce qui reste inscrit à l'insu du sujet.

Katty Langelez est psychanalyste à Charleroi et Bruxelles, membre de l'Ecole de la cause freudienne. Elle est responsable du CRIPSA et à l'initiative des formations sur la question de l'écriture et de sa place dans l'économie subjective des sujets.

L'après-midi, Marie-Jeanne Brichard organisera un atelier d'écriture auquel pourront s'essayer les participants.

De 9h 30 à 12h30 et de 14h à 16h. Au CRIPSA, 33, rue Huart Chapel à 6000 Charleroi. Tél 0475.36.50.19. Prix de l'inscription : 150 euros à verser sur le compte n° 360-0409591-63. Coordonnées à envoyer à cripsa@ch-freudien-be.org Nombre de places maximum : 20 participants.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 23:49

Les Ateliers de formation du CRIPSA à Charleroi
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Le mardi 1er mars 2011 : invité Guy de Villers, Ecriture, inconscient réel et lalangue

Guy de Villers est psychanalyste à Louvain-La-Neuve, membre de l'Ecole de la cause freudienne et professeur émérite de l'Université catholique de Louvain. Il est responsable d'un atelier de lecture à l'ACF-Belgique sur ce thème depuis deux années. Il pourra ainsi nous faire partager le produit de son expérience et de son travail de recherche sur la question de l'écriture et de ses liens à l'inconscient.

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Le jeudi 17 mars 2011 : invité Jo Attié, Ecriture et réel

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Le vendredi 25 mars 2011 : Katty Langelez, ce qui reste inscrit à l'insu du sujet.

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