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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 15:23

Message de Yohann Deschrijver à Philippe Lacadée,

 

Cher Philippe,

Je suis surpris qu’il ne me soit pas plus facile, finalement, d’en écrire davantage sur les raisons de mon enthousiasme au sortir de votre conférence. Je ne dirai pas qu’il me faut me mettre au travail, mais au moins que les quelques fils que j’ai à tirer de ce que vous avez pu tisser samedi sont bien noués. 

D’abord, tout simplement, j’ai trouvé le sujet Walser passionnant. Le destin singulier de cet homme est extraordinaire et si j’ai aimé le découvrir dans votre livre, vous entendre le raconter dans ses détours singuliers était captivant. Il y eut aussi ce hasard amenant cette participante à doubler en allemand, comme en canon, ces mots de Walser que vous avez joliment fait résonner. Suivre votre exposé dans les murmures de la plume et du crayon de Walser, et ponctué par le point tracé par son corps dans la neige, était une promenade, non pas ironique, mais bel et bien stylisée et donc, oserais-je dire, me permettant de mieux saisir l’objet walserien. 

Aussi, suis-je très sensible à cette empreinte « littéraire » de la psychanalyse, esquissée samedi, et que j’apprécie d’ailleurs particulièrement dans vos deux derniers ouvrages. En ayant redémontré brillamment que la psychanalyse peut s’enseigner de et par la littérature, vous m’avez rappelé cet extrait exceptionnel de Süskind que vous connaissez peut-être déjà : « On sait bien que les poètes n’écrivent pas sur ce dont ils ont la connaissance, mais sur ce dont ils n’ont pas le fin mot ; et ce pour des raisons qu'ils ne connaissent pas davantage, mais qu'ils veulent à tout prix connaître très précisément. Cette imparfaite connaissance, ce sentiment de foncière étrangeté, voilà l’impulsion première qui leur fait prendre leur burin, leur plume ou leur lyre.(…) S'il en allait autrement, il n'y aurait pas de poèmes, de romans, de pièces de théâtre, etc., mais uniquement des communiqués ». 

Sur ce long chemin de la formation analytique que j’emprunte à peine, la retenue du jargon pour un discours au plus près de l’expérience singulière de Walser m’a été à la fois précieuse et enseignante. Je suis toujours émerveillé par cette force qu’a la psychanalyse de révéler l’essence même d’une vie. Dans ce sens, votre intervention était, selon moi, éminemment analytique. Si vous avez rappelé le texte de Miller sur la clinique ironique, vous avez, pour l’expérience que j’en ai, démontré combien elle est tout aussi poétique. Du malentendu à l’exil, de l’éveil à la promenade ironique, la vie, avec la psychanalyse, à s’envisager dans l’après-coup, gagne à coup sûr une ampleur poétique. Dans un monde de plus en plus désincarné et aseptisé, elle n’en ressort que plus indispensable encore. A ce titre, vos ponctuations, jamais méchantes, mais fines et factuelles, sur cette nouvelle forme de cabale lancée contre la psychanalyse dans le « traitement » de l’autisme, rendaient votre intervention d’autant plus moderne (au sens que lui donnait Rimbaud?) qu’elle en faisait cas dans un fondamental respect. 

De cette dernière remarque, je terminerai en vous disant, qu’enseignant, même pédagogue, participant aux travaux du CIEN de Bruxelles cependant, j’ai fait l’expérience en vous écoutant de l’importance de ce que resserre Pennac sous l’expression « présent d’incarnation ». Il faut que ça s’incarne, dit-il à peu près dans son Chagrin d’école. Ça s’est incarné samedi. Aussi étiez-vous debout. Futile me direz-vous, mais ça compte dès lors que ça a «conté» d’une histoire dont vous sembliez habité. Toutes les pédagogies ne pourront remplacer ce point de perspective que peut incarner celui qui veut être enseignant, ce « point d’où » que vous rappelez dans l’Éveil et l’Exil et dans le Malentendu. 

Voilà, trop rapidement sans doute, déplié un « pousse-à-la-psychanalyse-poétique » sur lequel vous avez mis le doigt.

Au plaisir de vous écouter à nouveau, oserais-je dire dans la conférence que j’organise ce 16 mai pour des (futurs) instituteurs sous le thème d’ « Amours d’enseignant »? C’est fait.

Je suis sûr que les neiges walseriennes n’auront que plus de sonorité sous les paysages corses où je vous souhaite de vous promener. Tout un poème. 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 21:15

Nous avons valsé avec Robert Walser

 

Hier, samedi 3 mars, Philippe Lacadée s’est fait pour nous à Charleroi le passeur de Robert Walser. Il nous a fait passer le désir d’en savoir plus sur cet auteur méconnu, inventeur d’une écriture et d’un style tout à fait particulier (les microgrammes). Walser, né en Suisse au 19ème siècle et 6ème enfant d’une fratrie de huit, a commencé par écrire des romans. Cette écriture-symptôme a sustenté son corps en l’appareillant à la plume jusqu’à sa première crise, celle qui l’a appelé la crise de la main. Ce qui le faisait tenir jusque là était le rapport à son double, son frère Carl, l’aquarelliste. Ce double imaginaire habille le vide que Walser appelle aussi un ravissant zéro tout rond qu’il aspire à incarner. Mais son frère lui apprend qu’il va se marier et Robert se retrouve sans image du corps. Il se disloque, a le sentiment que la plume s’autonomise, qu’elle écrit des choses de son propre vouloir, que son être se répand comme l’encre sur la feuille. Sa main est en panne, il ne peut plus écrire. Il sortira de cette crise en inventant le territoire du crayon, écriture-sinthomatique qui va lui permettre de tenir encore dans le monde un certain temps mais qui est déjà dans un champ hors du lien social. Il n’écrit plus qu’au crayon et en lettres très minuscules sur des supports improbables, comme des factures d’électricité par exemple. Il n’intitule plus ses écrits mais les numérote. Son dernier roman «Le brigand» a été reconstitué par des spécialistes à partir de plusieurs dizaines de microgrammes. Il vit seul, dans une position éminemment ironique, se faisant le commis de l’autre, la servante, ce qui le fait «gaminer». Vous entendez là bien sûr ce qui le fait jouir. Paradoxalement la position de servante qu’aime à occuper Walser n’est pas dut tout une position de soumission à l’Autre, bien au contraire c’est une position fondamentalement ironique et qui prend le pouvoir sur l’Autre. C’est une position de liberté, d’un sujet qui ne consent pas à perdre quelque chose de lalangue pour s’intégrer dans la langue universelle.  Walser s’entend lui-même, il entend tous les bruits autour de lui comme des choses qui lui parlent,  ainsi que ses propos il entend aussi les bruits. Il y a de l’écrit dans la parole et pour Robert Walser, c’est constamment dans sa vie que cela parle.

Finalement de plus en plus isolé, ne payant plus ses factures, répondant des choses les plus étranges à sa logeuse parce que ne répondant pas dans le champ du sens mais celui du bruit des mots, Walser sera interné dans un asile où il se sentira mieux, à l’abri du monde qui lui demande trop. Là il se mettra à la promenade dans la neige, c’est son corps même qui deviendra ainsi l’outil de l’écriture sur la feuille blanche. Il réalisera ainsi ce que lui-même avait annoncé des années plus tard, on le retrouve mort dans la neige, tache noire sur fond blanc.

 

Philippe Lacadée nous a offert grâce à son travail et son enthousiasme une après-midi riche d’enseignements sur ce qu’est la structure de la schizophrénie et ce que peut être pour un sujet le choix d’une position résolument autistique. Il nous a aussi fait découvrir les inventions de Robert Walser et son style incomparable. Robert Walser grâce à ses écrits nous parle de l’impossible qu’il rencontre avec l’Autre du langage. Là encore l’artiste précède le psychanalyste en témoignant d’un rapport tout à fait particulier à la langue bien avant que Jacques Lacan ne le théorise avec la lalangue.

 

Katty Langelez

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 14:53

«Avec son art de faire entendre à son lecteur ce que lui-même entend dans un mot, Walser illustre ce que Lacan appelle «les résonances de la parole». Son écriture rend audible ce que la parole ne dit pas, «l’intention ineffable», «la volonté propre du mot», et la façon dont cette parole résonne pour lui, au-delà de la simple sonorité du signifiant, avec ce qui porte la présence du sujet dans son dire. L’objet voix est la source de son écriture, celle qui prend corps dans ce roman du réel qui s’écrit au coeur de tous ses romans. Walser dit d’ailleurs que l’écriture fut sa voie pour nouer quelque chose de pulsionnel, le trop d’écho de la voix dans son corps.» in «Walser, le promeneur ironique» de Philippe Lacadée

 

Ce samedi 3 mars à 14h sur le site de l'hopital Sainte Thérèse à Montignies sur Sambre, Philippe Lacadée nous parlera de Robert Walser, écrivain-poète du siècle passé, qui a écrit pendant dix années et ensuite termina sa vie à l'hopital psychiatrique en se promenant chaque jour longuement, se fondant ainsi dans le silence de la nature. 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 00:21

Chers,
Un député français, UMP, Daniel Fasquelle a conçu le projet d'interdire aux psychanalystes de travailler avec les autistes qu'il pense ainsi défendre. Il le fait au nom du fait que la psychanalyse n'est pas scientifique et que seules des méthodes
soit disant validées scientifiquement sont en mesure de les aider. Parmi ces méthodes, l'ABA dont vous pouvez trouver de nombreuses vidéos promotionnelles sur YouTube, méthode que je résumerais par "WAouw tu es un champion!". Cette méthode n'est pas contestée uniquement par les psychanalystes mais aussi par de très nombreux professionnels de la santé ou par des parents d'enfants autistes. Elle est également critiquée très radicalement par certains autistes eux-mêmes, quand ils ont la possibilité
de se faire entendre (Michelle Dawson, par exemple, chercheuse canadienne).

Si vous ne partagez pas le projet de cette pédagogie autoritaire pseudo-scientifique enrobée dans la guimauve et le lobbying actuellement très actif pour en imposer le monopole, vous aideriez beaucoup de nombreuses équipes au travail depuis des années sur ces questions très difficiles en signant la pétition dont vous trouverez le texte à l'adresse qui suit et en la diffusant.
Vous trouverez également des articles vous donnant une idée du contexte de cette polémique.

D'avance merci de votre soutien et de la diffusion que vous donnerez à cet appel,
Katty Langelez
PÉTITION INTERNATIONALE POUR L’ABORD CLINIQUE DE L’AUTISME
 
à l’initiative de l’Institut psychanalytique de l’Enfant (Université populaire Jacques-Lacan)
 
SIGNER LA PÉTITION EN LIGNE <http://www.lacanquotidien.fr/blog/petition/>
 
 
>>Depuis le  16 février, jour de la mise en ligne de la pétition, 7200signatures ont été déjà recueillies<<
 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 23:51

Robert Walser, né en 1878 en Suisse, est le sixième fils d’une mère qui aura huit enfants et qui elle-même connaîtra des épisodes de folie et par ailleurs sans grande considération pour ses enfants. Walser écrira à propos d’un de ses personnages «Comment exister si votre mère ne vous aime pas ? Comment être sûr d’avoir une mère?»

 

A un moment de son existence, entre 1924 et 1932, il aura recours à l’écriture pour se poser dans l’existence en trouvant «la solution de sustenter ce corps par l’écriture». «De corps, je n’en avais pas, ou si peu écrit-il dans «Le rêve».

 

Pourquoi a-t-il du arrêter d’écrire à partir de 1933 ? Pourquoi cette écriture n’a-t-elle pas pu continuer à lui constituer un corps, une existence ? Est-ce le succès qui a fait obstacle à sa solution, lui qui aspirait à être «un ravissant zéro tout rond»? Est-ce la notoriété publique, résultat de sa publication, qui a déstabilisé l’entreprise ironique où la modestie pouvait aller jusqu’à tuer l’autre ?

 

C’est la première question que je pose à Philippe Lacadée en préparation à sa conférence du samedi 3 mars prochain à Charleroi.

 

Katty Langelez

 

CRIPSA - Affiche Lacadée

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 21:33

SIGNER LA PÉTITION EN LIGNE <http://www.lacanquotidien.fr/blog/petition/>

 

Après un faux documentaire truqué, franco-belge, sur l’autisme et la psychanalyse, dont le montage déforme les propos des interviewés pour leur faire dire l’inverse de ce qu’ils disent (Confirmé par le Jugement du 26 janvier 2012 du Tribunal de Grande Instance de Lille). Après une proposition de loi, en France, censée être déposée à la Chambre par le député UMP Daniel Fasquelle visant à interdire ( !) le traitement de l’autisme par la psychanalyse, contre laquelle la députée Edwige Antier, elle-même députée UMP et pédiatre, s’est d’emblée élevée dans une lettre ouverte (Lacan Quotidien n° 147). Après une campagne de presse virulente et diffamante, savamment orchestrée, allant dans le même sens, particulièrement en Flandres. Nous sommes restés dignes et discrets.

 

Le journal Libération (13/02/2012) révèle maintenant, en en publiant des extraits, que la Haute Autorité de Santé, en France, s’apprête à déposer un rapport des bonnes pratiques recommandant l’interdiction de la prise en charge de l’autisme par la psychanalyse et les méthodes psychodynamiques – aussitôt démenti par un communiqué faisant marche arrière de l’HAS qui semble s’emmêler devant l’émotion suscitée et dévoiler ainsi ses principes (lire ci-après le texte d’Eric Laurent, « La fin du règne de la HAS ? » paru dans Lacan Quotidien n°158,http://lacanquotidien.fr).

 

Trop c’est trop ! Ce n’est plus seulement la psychanalyse qui est visée mais toute approche clinique et multifactorielle de la question si complexe et douloureuse de l’autisme. Ce qui est touché et régulièrement visé va bien au-delà de notre champ, bien au-delà de la France, et demande une réaction et une mobilisation sans précédent. C’est le facteur de responsabilité de l’humain qui est remis en cause.

 

Nous soutenons et demandons à chacun de prendre connaissance, de signer et de diffuser le plus largement possible, partout et auprès de qui vous le voudrez (personnes, institutions, organismes, parents, etc.) la pétition internationale ci-jointe initiée par le tout nouvel Institut psychanalytique de l’Enfant (Université Populaire Jacques Lacan).

 

Dr Alexandre Stevens,

Coordinateur de la Section clinique de Bruxelles

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 17:48

CRIPSA-Vendredi 17 février

Jean-Louis Aucremanne - Répétition ou fixité de la chose

Notes prises par Katty Langelez non revues par l’auteur

 

 

Alfredo Zenoni fait une distinction entre deux sortes de répétition. Telle jeune femme en vient toujours à rencontrer des partenaires qui la violent, abusent d’elle, etc. Phénomène de répétition. L’intérêt de ce texte est d’introduire une lecture différentielle de la répétition. Ce n’est pas la même chose quand la Chose est perdue. La pulsion étant liée au langage, il s’agit de tenter de retrouver quelque chose qui a été rencontré dans le moment x. Le premier moment est toujours perdu. La condition du langage est là pour nous remémorer la jouissance, la satisfaction que nous appelons. La Chose est toujours perdue ce qui veut dire que le langage ne fait que représenter la jouissance.

 

Si la Chose est perdue est une condition générale, que pouvons-nous lire dans la clinique qui permet à un sujet de se détacher de l’objet, de passer à un régime de substitution qui vaut comme semblant ? Ou bien on est dans une formule où l’objet a est dans la poche. D’emblée avec Lacan on a un statut du sujet qui dépend de ce qui se passe dans l’Autre. 

 

S A

 

Dans la Question préliminaire, Lacan va particulièrement insister sur le NdP qui fonctionne ou P° càd quand la fonction paternelle ne fonctionne pas. Il y a aussi la Note sur l’enfant qui nous présente deux positions, l’articulation restant la même sur le fond. Dans La Note sur l’enfant, Lacan y rappelle que la famille conjugale est le lieu de transmission de la tradition. Soit le symptôme de l’enfant se trouve à répondre à la vérité du couple parental. C’est une réponse à la manière dont se présente cette conjoncture familiale. D’où une des grandes questions dans les constructions de cas : comment les réponses se sont ordonnées dans la conjoncture familiale. Par exemple : L’Homme aux rats dont le symptôme répond à l’histoire familiale, le choix du père entre femme riche et femme pauvre. Soit le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. Ici on a un terme unique : l’enfant réalise l’objet a dans le fantasme de l’Autre. L’enfant est donc appendu à toutes les prises fantasmatiques de la mère. Y-a-t-il un recours externe face à cette position maternelle ?

 

Le texte «répétition ou fixité de la Chose» va plutôt amener la question du père. «Quand l’enfant réalise l’objet», c’est le cas où des mères induisent des pathologies graves voire mortelles chez un enfant. La théorie elle-même du syndrôme de Munchausen, théorie délirante, parce que les psychiatres pensaient que les mères faisaient cela pour attirer l’attention. Cfr Burger, Le baron de Munchausen. C’est une référence de Lacan. C’était des histoires que se racontaient des étudiants allemands sur les aventures imaginaires d’un certain baron qui par exemple se serait tiré d’un marécage en se tirant lui-même par les cheveux. Mis en film par Terry Gillian, ex Monty Python.

 

«Je veux une maman», texte sur une fille qui veut une maman qui ne sait pas ce que c’est qu’une maman. Sa mère a été une mère du caprice, qui ne s’est pas occupée d’elle. C’est un appel qui happe dans la compréhension, on est happé à répondre. Lacan nous convoque à ce fait que le paranoïaque appelle à la compréhension d’autant plus que la signification est énigmatique. Donc cette jeune fille appelle une maman (S1). Ce qui caractérise la psychose, c’est le phénomène qui s’impose, le phénomène élémentaire : des voix, des passages à l’acte. Cette signification qui s’impose au sujet n’est pas dialectisable. Cela ne répond pas au mécanisme du S2 qui va mordre sur le S1. Le sujet appelle d’autant plus fort une maman qu’elle ne sait pas ce que c’est. Quand vous êtes dans la demande massive du «je veux une maman», et si cela ne vient pas, je me mutile. Mais c’est quoi une maman ? Cela peut être des jeunes comme elle, c’est même plutôt des autres comme elle. Cette fixité de la revendication, c’est le paranoîaque qui est fixé par l’Autre. Le sujet ne peut pas opérer une dénégation (Verneinug) par rapport à ce phénomène, c’est plutôt un appel à la compréhension dans le registre imaginaire. C’est là que nous risquons de mal comprendre. On risque de rater le fait qu’il y a un vide central. 

Par exemple un monsieur qui a fait 32 séjours en institution les 15 dernières années. Il se présente dans une stéréotypie extraordinaire. Déclenchement de la toxicomanie à 35 ans. Il vient toujours avec le même projet, même 15 ans plus tard : des belles voitures, des belles filles, de l’argent. C’est quelque chose qu’il a fait dans sa jeunesse et qui brille toujours dans ses yeux quand il en parle. Les mêmes signifiants sont toujours là à chaque fois qu’il vient se présenter : 1. je voudrais arrêter la drogue. Il est en effet couturé de tous les côtés, 2. projet : voiture, femmes et argent. Genre de cas où on se dit qu’il n’a pas le mode d’emploi. Cela ne s’inscrit pas. Il n’y pas d’entrée dans le désir, dans la chaîne. La dimension de la psychose nous confronte à une jouissance ou un appel au signifiant figé. 

 

A supposer même que la mère tourne le doigt vers le père, reste à voir à quel père on a affaire. Cela peut être un père qui se prend pour le père (cfr. le père de Schreber). Par exemple, le père qui promet au fils un appartement et une voiture s’il réussit son diplôme. Et le fils demande «et si je ne réussis pas»? «Alors rien»dit le père. Le fils a donc choisi le rien, càd sa liberté. D’où errance, défonce, etc. C’est un père qui reprochait aussi à son fils de ne pas avoir franchi l’Oedipe !

 

La clinique permet aussi de lire la politique, il n’y pas d’étrangeté complète entre le tyran domestique et le tyran d’un pays, au pur pouvoir capricieux. 

 

Dans le NDP, il y a beaucoup de résonances. Il n’y a pas que le père mort mais aussi le désir du père, et donc la transgression, la vie. Le père mort, c’est le radicalisme de la religion. La catégorie du NDP comporte le désir. Pour le père, l’élément décisif est qu’une femme soit considérée comme cause du désir. Au-delà du fait que l’on change de partenaire.

 

Par quel élément le désir fonctionne-t-il quand même ? Le petit fétiche peut être une réponse au non-rapport sexuel. C’est le voile lui-même sur le rapport qu’il n’y a pas . 

 

Les figures du père hors-perversion. Il y a un corollaire de cette position de dressage, c’est l’imposture du père. 

 

Le corollaire de la fixité de la chose, c’est le retour dans le réel. Avec la répétition, c’est le retour du refoulement. Côté fixité de la Chose, il y forclusion de la pulsion avec retour dans le réel. Qu’est-ce que forclusion de la pulsion? C’est en tant qu’elle entrerait dans un discours. Les fèces sont l’objet de l’attention de la mère. Cela va du ravage au cadeau.
La pulsion elle-même entrée dans un discours permet la civilisation. Par exemple, pour les clochards dans le livre de Patrick Declercq Les naufragés, pour qui la propreté est forclose. 

Par exemple la jeune fille à la maman, elle trouve que c’est soit trop envahissant ou trop peu. Et de toutes façons, elle se mutile. Elle reproche de trop parler ou de ne pas assez parler. C’est la folie du dubble bind.

Autant l’enfant pris dans le fantasme maternel doit soit être collé à la mère ou doit être éjecté brutalement. 

 

Il y a aussi un texte d’Alfredo Zenoni qui s’appelle «La mesure de la psychose» et qui est très intéressant à lire. 

L’imaginaire, comme voie de construction de la réalité, quand il n’y a pas derrière le symbolique est une appréhension fragile. On a là les personnalités dites narcissiques. Par contraste la schizophrénie donne la mesure de la psychose. C’est le sujet en position très libre à qui les lois, les règles, cela ne lui dit rien, cela lui est étranger. C’est aussi le côté morcelé avec une ironie adressée à l’Autre. Ce qu’il y a de terrible c’est l’auto-ironie. «Mais moi c’est impossible d’écrire parce que si je mets un mots, je dois ouvrir une parenthèse pour justifier pourquoi ce mot-là et puis dans la parenthèse je devrais ouvrir une autre parenthèse pour justifier le deuxième mot, etc.» : témoignage d’un patient schizophrène. 

 

L’Autre pratique clinique, c’est un manuel de psychiatrie sous l’angle de la structure clinique. Cela contient aussi les questions cruciales du comment faire. «Quand l’enfant réalise l’objet» est un texte qui reprend le lien mère-enfant quand l’enfant réalise l’objet sous l’angle destructeur. 

 

 

La question des responsabilités partagée est soulevée par une participante :

 

JL Aucremanne : la question est celle du partage. La responsabilité est celle de l’être humain dans ses actes. La responsabilité fait l’humain. Sortir le sujet de sa responsabilité comporte une déshumanisation. Travailler avec la parole est travailler avec la respons du sujet. Il faut créer une culture de l’institution où la responsabilité se partage parce que la pratique est partagée. Cette responsabilité est un rapport au réel que l’on prend au sérieux. Si quelqu’un est en institution, c’est parce qu’on n’a pas trouvé mieux pour le mettre à l’écart de ce qui le persécute ou qui le ravage. La responsabilité est un élément central d’une clinique de la parole. Le silence est par exemple aussi une réponse. Et même responsabilité dans le bien dire. Si vous êtes pris par l’insulte du sujet paranoïaque,  il faut s’en dégager avec tact, avec bien dire. Cela fait partie du champ de la responsabilité. Cela va très loin chez Lacan. Dernière partie de «Fonction et champ de la parole et du langage», c’est l’interprétation, ses résonances et le temps du sujet (dont le ton). Cfr la réson de Francis Ponge. Il faut que l’interprétation soit incarnée par un corps. 

 

Marie-Jeanne Brichard : Parle-t-il de rythme ?

 

JL Aucremanne : Le rythme est une question complexe en musique aussi. Le rythme est le souffle de la parole. Le rythme peut être un traitement de la jouissance incluse dans la parole. C’est très intéressant avec un paranoïaque le ton détaché, un certain dégagement des mimiques du corps. Comme quoi cette pratique implique notre corps. 

 

 

 

 

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 18:51

Le jeudi 9 février 2012

 

Atelier du cripsa : L’Autre pratique clinique

L’inter-responsabilité : Thierry Vandewijngaert

Notes prises par Katty Langelez et non revues par l’auteur

 

Responsabilité : capacité de prendre une décision sans en référer à une autorité; capacité à répondre de quelque chose.

inter : qui concerne plusieurs.

Paradoxe d’une responsabilité individuelle et collective. Est-ce une responsabilité partagée, cumulée ou démultipliée? A plusieurs... Est-ce être en présence de plusieurs ? Synonyme de la pluridisciplinarité ? A plusieurs intervenants...

C’est la question des réseaux qui se posent de plus en plus vivement. Cela fait dix ans que les pouvoirs publics poussent à penser à une manière de travailler en réseau. Il y a deux manières de le faire : clinique ou organisationnelle. L’enjeu pour la psychanalyse c’est de garantir des trous dans le réseau, qu’il existe un champ clinique indéterminé au sein de tout dispositif. 

C’est une question particulièrement prégnante quand un patient doit être hospitalisé et qu’il faut transmettre notre expérience aux autres intervenants. Comment travailler dans un esprit d’inter-responsabilité.

An 2009, à PIPOL à Barcelone, Eric Laurent a énoncé un repère stratégique essentiel : l’instrument privilégié des pouvoirs publics est le réseau, notre tâche est que chacun dans ces réseaux s’y sente seul. 

Il y a d’abord la nécessité d’une observation des faits cliniques par chacun. Ensuite, dans ses textes suivants, Alfredo Zenoni a insisté pour préciser la pratique institutionnelle. Dans le champ de la santé mentale, le modèle privilégié reste l’entretien individuel. 

Alfredo Zenoni intègre même le terme de débranchement dans le passage à l’acte. «Dans l’acte disparait le sujet comme sujet, un moment de réel se produit.»  Dans la perspective de la psychanalyse, on prend la mesure du surgissement du réel, on reste attentif aux détails. D’où le clivage entre notre position et les exigences des autorités de soins. Il y a un défi permanent à faire entendre le lien de causalité du sujet dans le champ de la santé mentale. 

 

Comment comprendre les phénomènes qu’on observe ? 

Je me suis construit une clé triple pour essayer de s’y retrouver. 

 

1er axe : Traitement de l’objet

Il faut que des psychanalystes s’impliquent dans l’organisation des institutions et pas seulement dans la pratique des entretiens individuels.

Cfr. «Rêves, idéaux et ... «, A. Zenoni.

Nos institutions, réseau de dispositif à usages multiples à utiliser selon la problématique de chaque sujet. Plutôt que de partir du classement des phénomènes, la clinique est l’affaire de tous. Dans l’institution, chacun est confronté à des événements cliniquement pertinents. Chacun peut être amené à poser un acte. 

 

On peut parfois avoir des entretiens à trois où les deux intervenants peuvent parler ensemble devant le patient de sa situation, ce qui permettra ensuite au patient d’intervenir dans la conversation sans se sentir visé. Il est important que le collectif existe et qu’il y ait une conversation clinique parce que ce qui se passe ne se passe pas toujours là où on l’attend. 

 

Ce type de projets pour l’institution est difficile à soutenir parce que les gens qui y ont du pouvoir y sont très sensibles. Il y a une efficacité qui découle d’une éthique et de concepts et cela est important à transmettre. 

 

A côté de ce qui est spectaculaire, il y aussi des pratiques corporelles très particulières. Soit plus de soins, soit un excès de soins. Ces pratiques ne sont pas toujours du passage à l’acte mais un traitement du corps. Une dame nettoie maniaquement son corps et son appartement chaque fois qu’elle a eu une relation sexuelle avec un homme. Elle essaie de se défaire d’une crasse bien antérieure mais qui reste réelle. Un monsieur ne peut se promener sans sa casquette pour se protéger du regard de l’autre. Un autre ne mange que du poisson pour éviter une intoxication qu’il craint de manière délirante et qui est liée à un événement traumatique antérieur. En 2011, Alfredo Zenoni a écrit «l’origine du réseau». Quand on parle du passage à l’acte, il implique l’Autre, l’objet et le langage.

 

Pascale Simonet : Comment les trous dans le réseau peuvent-ils être acceptables pour les autorités ?

 

Th VDW : C’est en amenant les situations concrètes et les problèmes cliniques que cela s’oppose à la gestion. C’est surtout parlant avec les cas des paranoïaques. Le comble serait de construire un réseau pensé pour des gens raisonnables et qui produirait l’exclusion des patients pour lesquels il est construit. 

Tout un chacun peut venir dire qu’il y a des cas où cela ne va pas et le trou se fait tout seul.

 

2ème axe : quelles modalités relationnelles doivent-être mises en place ? Pas quelle technique mais quelle sorte de relation ?

Le point d’arrimage, la possibilité d’une rencontre ne se spécifie pas d’un dispositif pré-établi. La rencontre est contingente, imprévisible. Le sujet est à l’origine du réseau. L’inter-responsabilité c’est aussi repérer comment un sujet constitue son réseau de partenaires, comment il circule et comment il l’utilise. In «La mesure de la psychose» p. 158. Il part d’une série d’observations. La cause qu’il évoque est que le langage n’est pas lesté d’une gravitation autour de la perte de l’objet. Absence d’un principe d’unification. C’est aussi le corps propre qui apparaît inanimé. 

 

Mr C. est un incroyant radical, sans motivation, envahi par des bruits. Sa solution préférée, c’est de fumer en caressant le chat dans le jardin de la maison familiale où personne ne lui demande rien. C’est bien sûr très ténu comme solution, le réseau est trop réduit. L’Autre maternel étant le seul lien en même temps insupportable. Il s’agit d’élargir le réseau

Mr D, traumatisme d’une défenestration encore très présent. Il s’est inventé une maladie neurologique unique, qui ne permet aucune remise en cause. Lors d’un rappel à l’ordre, cela s’est très mal passé. Le coordinateur est donc devenu un Autre méchant mais une intervenante a pu occuper la place d’un autre Autre, secrétaire du sujet. Pour les questions d’hygiène, il a fallu une série d’inventions «Quand on est qqun de très occupé, il est normal d’avoir recours à un prestataire de  ce genre de services.» Il y a nécessité à laisser un vide pour le sujet pour qu’il puisse y placer son témoignage. Il y a aussi à créer des ponts entre la langue propre du sujet et la langue commune, aide à la traduction. Le secrétaire se fait dépositaire du texte. 

 

  1. Dernière facette du partenaire : incarner un autre Autre.

 

Pascale Simonet : la position de partenaire du sujet ne peut être construite qu’à partir de ce que le sujet apporte. Ce support externe est-ce que cela pourrait être une localisation extérieure du sujet ? Dans la mesure où celui qui se fait partenaire du sujet endosse quelque chose de l’objet.

 

MJ Brichard : Quelle est la différence entre réunion de synthèse et conversation clinique ?

 

Th VDW : L’axe imaginaire est extrêmement instable dans la psychose. Le sujet peut se sentir ravalé à son être d’objet. On peut avoir le contraire, un sujet qui veut faire de nous son objet. L’érotomanie est toujours l’horizon. Entre ces deux points de déséquilibre et de ravalement, c’est ‘je suis ton alter ego’. Qu’est-ce que l’idéal du Moi? Nous avons une part de discours à l’intérieur de nous qui nous dit comment être au monde. Pour certains sujets, il n’y a rien qui en tient lieu. Le rapport alors se construit dans le transfert et la conversation. C’est une sorte d’idéal du moi extérieur. 

 

Une institution a besoin d’une réunion, c’est nécessaire. Mais souvent elle ne sert qu’à apporter les informations au psychiatre pour qu’il ajuste son traitement. Tandis que la réunion clinique l’intersection c’est le sujet, qui est basée sur un trou. Il n’y a pas de savoir préalable. 

 

Katty Langelez : Y-a-il des particularités de l’institution? Ne pas densifier les règles, il y a un cadre mais on n’accentue pas cela. 

 

Th. VDW : Il y a beaucoup de temps d’échanges entre les intervenants (au moins trois sur la semaine). On se pose beaucoup la question de savoir comment on fait avec les patients. On ne répond pas dans la précipitation, on réfléchit. On s’interroge sur ce que demandent les patients. 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 23:29

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 16:03

Miettes d’une conversation sur le passage à l’acte

par Marie-Jeanne Brichard

 

Qu’il s’agisse de l’acte ou du passage à l’acte, il y a séparation.

Distinguer acte de l’action, de l’agir. Garder le silence peut être un acte, comme de prendre la  parole.

On parlera, dans le contexte analytique, d’acte quand on pourra discerner un avant et un après: quelque chose est advenu qui provoque  chez le sujet d’irréversibles modifications, une altération d’ordre symbolique.

De quelle séparation dans le cas de l’acte ? le sujet, je crois comprendre, est laissé en plan. Pour agir,il faut laisser derrière soi pensées, doutes, tergiversations, et même la décision cause  apparente de l’acte. C’est comme un plongeon du haut de la girafe, en piscine. 

Séparation aussi de quelque chose de soi qui se perd de par l’acte en question.

Le symbolique peut accompagner jusqu’au bord du tremplin, au moment de sauter il s’efface.

Dans le passage à l’acte, la rupture est plus profonde.

Ce ne sont pas les balises du symbolique qui conduisent à l’instant d’agir, mais c’est une rupture au plus profond du sujet, une brutale sortie de l’ordre symbolique, ce qu’illustre bien ce fait que, après coup, l’auteur de l’acte ne peut rien en dire.

La question de l’objet, perdu ou non, extrait ou non c’est la pierre de Rosette  :  clé de lecture du phénomène.

Le passage à l’acte est séparation de l’angoisse, laquelle marque le trop de présence, le retour de cet innommable objet a.

Mr Zenoni parle d’hallucination agie, ce qui rapproche le passage à l’acte des phénomènes élémentaires, paradoxal si l’on considère que le passage à l’acte est transstructurel.

Distinction a été précisée encore : l’acte de l’analyste ne doit pas être inscrit dans cette catégorie d’actes : c’est une interprétation qui se révèle dans l’après coup avoir eu des conséquences pour l’analysant, en précisant que la conception lacanienne de l’interprétation offre des variations si vastes, si subtiles si...baroques, parfois, qu’on est loin d’être cantonnés à une parole qui se voudrait docte..

Ce qu’on peut éventuellement repérer avec quelqu’un, sujet à des passages à l’acte, ce sont les paramètres de déclenchement, ce qui donne une possibilité  d’établir avec le sujet  une stratégie qui lui permette  de se protéger   

Il m’a semblé intéressant de rapprocher de notre conversation l’article de Philippe Lacadée « Voile de violence », dans le dernier numéro (77) de la « Cause freudienne »


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