Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 22:44
Plus j'avance sur le concept de jouissance, du réel de jouissance, plus je suis comme obligé non seulement d'en passer par le concept freudien de pulsion, par l'examen des différents textes de Freud qui parlent de la pulsion :
- 1905 : Les Trois essais sur la théorie de la sexualité ;
- 1915 : « Pulsion et destin des pulsions » ;
- 1919 : « Une jeune fille se fait battre par son père » ;
- 1920 : « L'Au-delà du principe de plaisir », etc.

Quand on lit ces textes l'un à la suite de l'autre, on peut quasi en déduire que finalement l'objet de la pulsion est variable, qu'elle se définit davantage par une boucle, par un circuit. La flèche de ce circuit part d'un orifice du corps, contourne un objet, en passe par l'Autre, et revient sur le corps. Et le but, dit Freud, est de procurer une satisfaction, une vibration, un frissonnement, etc., dans le corps même.

Le texte de 1919 ajoute que le père sert de borne symbolique à cette pulsion, que c'est à lui qu'est imputée cette jouissance que le sujet refuse de reconnaître comme sienne.

Le texte de 1920, l'Au-delà du principe de plaisir, ajoute qu'il y a une satisfaction du sujet qui va au-delà du plaisir, qui va dans l'Unlust, le déplaisir, la douleur, la souffrance. Ce, au point que Freud en viendra à parler, dans son article de 1924, du masochisme en tant que « problème économique » : la pulsion ne serait pas au départ sadique ; elle serait primordialement masochiste. La jouissance du sujet est, en son fond, masochiste.

Mais pour cerner le réel de la jouissance, il me semble qu'il faille, au-delà de la construction freudienne du concept de pulsion, recourir à d'autres termes. Il faudra recourir aux termes freudiens de « traces de satisfaction », « d'appareil psychique » où s'inscrivent des traces d'expérience de satisfaction, aux termes lacaniens d'écriture, et de logique modale, càd un : « ça s'écrit » qui vient à la place de « ce n'était pas écrit », voire « ça ne cesse pas de ne pas s'écrire ».

Il s'écrit une rencontre de jouissance, là où n'est pas écrit le rapport sexuel. Et la logique modale est la description de la trajectoire d'écritures de jouissance qui répond à un « ça ne cesse pas de ne pas s'écrire ».

Au plus simple, c'est ceci : écrit /pas écrit.

Mais de façon plus développée, ces écritures de jouissance passent d'une catégorie de la logique modale à une autre :
I -> C -> N ->P.

Impossible (le non rapport sexuel : ça ne cesse pas de ne pas s'écrire), Contingent : rencontre d'une jouissance : ça cesse de ne pas s'écrire), Nécessaire (répétition pulsionnelle, symptomatique : ça ne cesse pas de s'écrire), Possible (ça cesse de s'écrire, cette jouissance répétitive).

Et donc, plus important que de construire le concept de jouissance à partir du concept de la pulsion, est de construire le concept de jouissance à partir de l'écriture.

Et là, les textes à lire, de Freud, sont :
- 1900, l'Interprétation des rêves,
- 1905, Trois essais sur la théorie de la sexualité,
- 1911, Formulations sur les deux principes de l'activité psychique ;
- 1920, l'Au-delà, etc.

Les textes de Lacan sont : ...Ou pire et Encore. Et l'écrit : « L'étourdit ».

Ces textes de Freud traitent de la jouissance à partir de l'écriture.

Reprenons rapidement la construction freudienne de l'appareil psychique. Il distingue le circuit court du principe de plaisir et le circuit long du principe de réalité. Il y aurait eu au départ une inscription de la satisfaction du besoin. Lorsque réémerge le besoin, l'appareil psychique, soumis au principe économique de moindre dépense, va d'abord investir les traces de cette précédente satisfaction, et halluciner cette satisfaction. Mais comme la satisfaction obtenue n'est pas celle attendue, l'appareil psychique change de régime, passe du processus primaire au processus secondaire, et au lieu de rester en circuit interne, va investir la réalité externe en fonction de ces traces de satisfaction, càd investir la réalité en fonction du fantasme de satisfaction. Le principe de réalité vise en fait le même but que le principe de plaisir, puisqu'il vise la satisfaction. Cependant ce circuit est beaucoup plus long, mais aussi « plus sûr » dit Freud.

La pulsion, à partir de ces inscriptions de la satisfaction, s'invente son Autre, tourne autour de l'objet perdu, se constuit son partenaire qui convient à ce circuit, et revient sur le corps.

Ce circuit pulsionnel, Freud l'articule à un objet perdu, d'une part, et, d'autre part, il l'articule à l'œdipe, au père. La thèse de Lacan, dès les années soixante, est de dire, que l'Œdipe ne tiendra plus longtemps l'affiche, et la thèse de Miller est de dire que le Père est une fiction juridique.

C'est ce que j'aimerais explorer, et examiner les conséquences de cette thèse, càd de l'abolition de ce que nous écrivons : NP, voire plus simplement : S1.

Et pour ce, je vais recourir à l'histoire de l'Occident, et plus précisément à l'Eglise catholique.


L'Eglise, à la fin du XVIIIème siècle, s'est trouvée subordonnée à l'Etat.

Toues les fonctions ecclésiastiques étaient subordonnées à une fin : vouer un culte à Dieu-le-Père, à son Fils qu'il a sacrifié pour racheter le péché des hommes, à l'Esprit saint qui s'est organisé sous la forme de l'Eglise catholique. Et au-delà de tout cela, il y a une mission du peuple chrétien, de l'Eglise chrétienne, à savoir : la sanctification du monde.

Or, progressivement, du fait des conflits religieux, du fait de l'avancée de la science, du fait de la désacralisation, de la déchristianisation, du « désenchantement du monde », cette fin a été touchée : cette fin de sanctification du monde et de soi n'a plus valu comme fin éminente.

« Dieu est mort », dira Nietzsche. C'est l'avènement du nihilisme, c'est la transvaluation de toutes les valeurs.

Dorénavant, l'Etat, détaché du divin, détaché de la finalité de sanctification du monde, permettra effectivement à chacun de croire ce qu'il veut (c'est la « liberté de conscience » reconnue dans la fameuse « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen » du 26 août 1789), mais ne reconnaît plus l'exclusivité au catholicisme : c'est la liberté des cultes, protégés par la Constitution de 1791.

Bref, je peux croire en une certaine conception du divin, mais l'Eglise catholique ne peut plus imposer à l'ensemble de la population sa propre conception du divin.

Bref, ce mouvement ascensionnel Ý du sujet vers l'Autre divin est respecté : c'est la liberté de conscience.
Mais cet autre mouvement, descensionnel, ß du culte catholique qui impose son ordre au peuple, lui, ne peut plus s'imposer : c'est la liberté des cultes.

Cette liberté des cultes, culte catholique, protestant, israélite, et plus tard musulman, a relativisé le rapport du sujet au divin. L'Etat moderne a réduit l'Eglise à un « ministère ». Et le droit de l'Eglise catholique, le droit canon, a été contraint de respecter le droit de l'Etat laïque, à savoir le droit constitutionnel. Et l'Etat, du fait qu'il n'est plus solidaire d'une seule religion, n'est plus un Etat confessionnel.

Etat > Eglise
Droit constitutionnel > droit canonique.

Cela veut dire que s'il y a un fidèle qui était entré dans les ordres en prononçant ses vœux évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance, et qui voulait quitter l'Eglise, eh bien, il le pouvait car il n'était plus soumis à la juridiction ecclésiastique, mais libre, soumis à la juridiction laïque, qui permettait à un religieux de se défaire de ses vœux « perpétuels ».

Cela veut dire aussi que si un fidèle, de religion chrétienne, aimait une femme, de religion protestante ou juive, il pouvait maintenant se marier avec elle, là où auparavant, du fait de l'interdit du dispar cultus, ce mariage était interdit.

Bref, le droit, au niveau politique, et le droit au niveau civil bouge, change. Et ce bougé, ce changement révèle quelque chose du lieu de l'Autre, de toute cette construction symbolique qui habitait le lieu de l'Autre.

Nous écrivons souvent ceci : I/A barré.  Grand I dit qu'il y a des idéaux qui donnent forme au manque dans l'Autre, qui habitent ce manque dans l'Autre, qui disent comment s'y prendre dans son rapport à l'Autre sexe, par exemple. Et par là, ces idéaux prétendent valoir comme garantie au manque dans l'Autre.

Ce que révèle ce bougé, c'est que la religion chrétienne, qui a été très puissante pendant des siècles, qui mettait en forme le rapport du sujet au grand Autre, au divin, qui donnait des identifications au sujet, et qui traitait aussi de la moralité, des mœurs, qui disait ce qui était licite, ce qui était indécent, et notamment taxait la relation sexuelle hors mariage de fornication, de stupre, etc., cette religion a été ébranlée ; et du coup, les idéaux qui sevraient de garantie au manque dans l'Autre ont été ébranlés.

La vertu chrétienne se mesurait au sacrifice de jouissance. Par exemple, la chasteté exigeait le sacrifice de la jouissance sexuelle. La pauvreté exigeait le sacrifice de la jouissance des biens. La vertu va dans le sens de la mortification de la jouissance du corps.

Le christianisme a aussi élaboré tout une organisation symbolique du temps et des lieux sacrés.

Temps sacrés. Ce sont notamment tous les sacrements : le baptême, la confirmation, le mariage, l'eucharistie, la confession, la pénitence, l'oraison, l'extrême onction, la sépulture. Ce sont autant de scansions sacrées de la vie d'un chrétien, en rapport avec la vie du Christ, sa naissance, son baptême, sa mort et sa résurrection, et son retour sur terre sous forme de l'Esprit saint, qui scandent différents temps d'une année chrétienne, etc.

Il y a des lieux sacrés aussi, l'Eglise, le cimetière, etc. Il y a des objets sacrés, tous ceux qui servent au culte, le crucifix, les plus précieux d'entre eux étant conservés dans la sacristie, etc.

Tout ça pour vous dire qu'il y a une immense élaboration symbolique qui organise la vie d'un chrétien, de sa naissance à sa mort. Cette élaboration chrétienne a organisé le rapport du sujet au grand Autre, au petit autre, à lui-même, à son corps, au corps de l'autre, etc.

Et quand vous lisez des livres de droit du XVIIIème siècle (et ne vous contentez pas des mastodontes tels que Montesquieu, Voltaire, Diderot et Rousseau, vous auriez une idée tout à fait fausse de ce que c'est que le XVIIIème) vous pouvez constater la prégnance de cette organisation symbolique. Ouvrez le Code pénal (ou Recueil des principales ordonnances, édits et déclarations sur les crimes et délits) du XVIIIème, et vous verrez qu'il commence par la condamnation du Blasphème, et du crime de lèse-majesté. L'injure faite à Dieu vous condamnait à une amende, voire au cachot. De même, ouvrez des traités de police générale, et vous verrez que les cabarets, les auberges ne pouvaient servir à boire pendant les services divins. (Ouvrez le Traité de la Police générale d'Edmé de la Poix de Freminville de 1775. Ou le Traité des matières criminelles de Guy du Rousseaud de la Combe de 1749).

Ecrivons cela ainsi :
    I
S/        A/
    (a)

Grand I organise les relations du sujet, S/, au lieu de l'Autre, A/, et à petit (a). Je lis cela sur fond des opérations d'aliénation et de séparation, qui sont les opérations de causation du sujet.

Or, depuis le XVIème, il y a eu guerre de religion, il y a eu l'avènement de la science, il y a eu les Lumières, qui ont contesté la façon dont la religion chrétienne avait élaboré symboliquement les réponses au manque dans l'Autre, au manque de garantie.

Bref, ce qui a été attaqué, c'est ce grand I comme répondant au manque dans l'Autre. Et par là, il a été rendu à l'état de semblant, de peu de consistance. Et du coup, cette élaboration chrétienne a été rejetée. Rejetée et remplacée. En effet, le discours chrétien a été rejeté et remplacé par un autre discours.

Les philosophes des Lumières ont considéré que tout ça c'était du semblant, que c'était une « chimère » (Condorcet), que c'était une « fiction » (Bentham).

L'élaboration religieuse n'a plus tenu le coup face à l'avancée de la science.

Fondamentalement, la science est une affaire d'écriture. La nature est écrite en langage mathématique, en petite lettre, dira Galilée. Et le fait que l'on puisse calculer le parcours d'une planète, ou le trajet d'un boulet de canon, a fasciné certains, au point qu'il y a eu comme un déplacement de transfert. Et l'amour s'est déplacé de Dieu vers la science, vers les prouesses de la science, vers la production des objets de la science - déplacement de transfert conditionné par le fait qu'on avait affaire à une écriture qui semblait ne pas être du semblant, qu'on pouvait en vérifier son effectivité dans la réalité (au point même de transformer ce qui semblait écrit depuis toujours dans la nature, la fission de l'atome ou le code génétique, le séquençage de l'ADN, etc.).

Bref, le grand I chrétien a été rejeté. Mais au profit de quoi ? L'élaboration chrétienne bordait le trou dans l'Autre, traitait la jouissance du corps, et donnait une identité au sujet. Comment cela va-t-il se rejouer maintenant que ce grand I a été éprouvé comme semblant ne tenant pas le coup devant le transfert à la science ?

L'Eglise n'avait pas qu'une mission de sanctification du monde mais aussi une mission d'enseignement. Pendant des siècles, c'est elle qui s'est occupée de l'instruction, du savoir à transmettre, principalement le grec et le latin, le catéchisme, allant parfois jusqu'à la Bible et les textes des pères de l'Eglise. C'est elle qui a constitué les premières bibliothèques. L'Eglise transmettait le savoir chrétien, les valeurs chrétiennes, l'éducation chrétienne, qui s'articulaient autour de grand I, de S/, de (a), et de A/.

Or cette fonction d'enseignement de l'Eglise va être rejetée comme étant caduque, comme ne répondant pas aux « nécessités de l'époque », comme ne satisfaisant pas aux « besoins de la société » (termes de Condorcet, de Guizot, de Vallet de Viriville, de Jules Simon, de Cournot, etc.).

Et ici se pose le problème l'instruction et de l'éducation dans son rapport à l'Autre divin, dans son rapport aux parents (« tu honoreras père et mère », n'est-ce pas), dans son rapport au corps du sujet, au corps de l'autre, etc., et qui était codifiée dans la morale chrétienne.

Cette instruction (qui met l'accent sur transmission de savoir) et cette éducation (qui met l'accent sur la conduite du sujet) vont être prises en charge par l'Etat laïque. Ce ne sont plus des membres du Clergé qui vont éduquer la jeunesse, mais des laïques, et le savoir à transmettre n'est plus la Bible ni les Pères de l'Eglise, savoir dont le sommet était la théologie. (Avant la Révolution, le savoir à transmettre était divisé en sept degrés : la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la sphère, l'éthique, la physique, et les mathématiques. Mais le dernier terme des études littéraires, c'est la théologie à laquelle tous les autres savoirs se subordonnent. Vallet de Viriville, dans sa magnifique Histoire de l'instruction publique en Europe, p.204, énonce les obstacles dans cette progression vers Dieu : l'arrogance, la timidité, la dissipation, la paresse, l'ignorance...)

Depuis la Révolution française, avec les Rapports sur l'instruction publique de Talleyrand (1791) et de Condorcet (1793), on assistera à un bouleversement des modes de transmission du savoir, puisqu'on distinguera des niveaux d'études : primaire, secondaire, universitaire, avec diplômes qui évaluent les compétences (baccalauréat, licence, doctorat). L'Etat (et non plus l'Eglise) nommera et subventionnera les enseignants. Et le savoir transmis sera fonction de ces niveaux d'études : lire, écrire, compter, grammaire, langue française, le grec, le latin, puis mathématique, géométrie, astronomie, puis sciences naturelles, savoirs qui se spécialiseront au fil des niveaux et qui seront aussi fonction d'une autre finalité que chrétienne. Il va de soi que lorsque Napoléon fondera l'Ecole polytechnique, ce savoir produit et enseigné sera largement utilisé à des fins ...militaires, etc. (Cf. le Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789, que Georges Cuvier remet à l'Empereur Napoléon en 1808.)

Pour comprendre ce qui s'est passé, reprenons les petites lettres de Lacan, et écrivons S2 à la place de S1.

Reprenons le terme algébrique de Lacan, S2, pour dire cette substitution qui aura lieu d'avec l'élaboration chrétienne du S1. Et voyons la conséquence que cela a sur la structure.

D'une part, nous avons une substitution, et, d'autre part, nous avons une inversion :
- Substitution entre S1 et S2.
- Inversion entre S1>(a), qui devient : (a)>S2.

C'est comme ça que l'on peut comprendre le discours du capitalisme chez Lacan, c'est comme cela que l'on peut comprendre la formule de Lacan sur le montée de l'objet au Zénith social.

Car, en effet, ce qui s'est passé à partir du XVIIIème et XIXème siècle, c'est ce que Lacan a appelé la montée de l'objet au Zénith social.

Comment cela a-t-il été possible ? C'est que le savoir, S2, est devenu effectivement un savoir, au point que l'on ne s'est plus contenté de contempler les planètes, le « firmament ». Les Grecs disaient que le réel est ce qui revient toujours à la même place. Pour eux, il n'y avait de science, pas seulement de ce qui est général, mais de ce qui revient toujours à la même place. Et ce qui revenait toujours à la même place, c'était les planètes, c'était le firmament, c'était le céleste. Et c'est là qu'ils posaient le divin. Il y avait une relation entre le divin, la perfection mathématique, et ce qui revient toujours à la même place.

Par contre, il ne pouvait pas y avoir une science du terrestre, parce ça bouge, parce que ça vit et ça meurt, ça se corrompt, ça dégénère, c'est en constant devenir, en constante transformation.

Qu'est-ce qui fait que nous sommes passés d'une astronomie ptoléméenne, égyptienne, grecque, d'une science céleste, à une physique du monde sensible, à une science du monde terrestre ? Pourquoi a-t-il fallu attendre tant de temps entre l'astronomie des Grecs et la science de Copernic, Galilée, Kepler, Newton du XVIIème siècle ? Qu'est-ce qui fait que la science moderne est née ici, en Europe, et non pas chez les Chinois ou chez les Arabes, qui pourtant en savaient un bout (poudre, boussole, algèbre, etc.) ? La thèse de Kojève, c'est de dire que si la science est née en Europe chrétienne, c'est que ça tient à un dogme métaphysique chrétien qui est : l'incarnation de Dieu sous la forme d'un homme, son Fils. Ce qui était céleste est devenu terrestre. Et donc, en étudiant scientifiquement la terre en tant qu'incarnation du divin, on pouvait s'approcher de la connaissance de Dieu, connaître Dieu, s'approcher de Dieu. Bon nombre de scientifiques étaient des croyants. La thèse de Koyré, c'est de dire qu'il a fallu se détacher de l'idée de perfection, de la forme parfaite qu'était le cercle, et d'accepter l'ellipse, que ce ne soit plus la terre qui soit le centre du monde, mais un luminaire très puissant, le soleil, etc. Bref, une mathématisation du monde sensible imparfait, dégénérescent, en constant devenir, était possible.

En outre, une décision a été prise à ce moment-là de maîtriser le monde, comme dit Descartes en 1637 (« Se rendre maître et possesseur de la Nature »), et surtout de transformer le monde terrestre, comme dira Marx.

Eh bien, ce transfert de l'élaboration chrétienne vers l'écriture de la science a progressivement corrodé l'élaboration chrétienne, et l'a abolie. Sollers, dans ses Mémoires, pense que s'il ne restera qu'une seule religion, ce sera celle-là, la religion catholique, apostolique et romaine. Peut-être. Il va de soi qu'elle est la moins mal préparée, puisque cette science est née en son sein.

Mais cette abolition de grand I, cette abolition de la fiction chrétienne qui traitait le manque dans l'Autre, qui refoulait la jouissance du sujet, qui donnait une identité à ces sujets, les formait, les éduquait, ce grand I a été rejeté, et est venu à sa place le S2 du savoir, le S2 du discours de la science, du discours du capitalisme. Ce qui s'est mis à la place, c'est le savoir effectif de la science, détaché des références métaphysiques, et se voulant purement opératoire.

Mais quelle morale se déduit de S2 ? La science n'énonce aucun précepte moral.

Quand « Dieu est mort », quand advient le nihilisme, advient en même temps le cynisme, càd une jouissance « à soi », « pour soi » sans référence aux idéaux de l'Autre. Pourquoi sans référence aux idéaux de l'Autre ? - parce que ceux-ci ont été abolis dans le même mouvement où S2 s'est substitué à S1, la science à la religion.

Notre modernité peut se définir par une nouvelle écriture entre ces termes, entre ces nouveaux termes, qui se passent du grand I d'ancien régime.

Si le sujet se soutenait d'une invention qui passait par l'invention (chrétienne) du Nom-du-père (N'oublions pas : « Au Nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit »), càd d'une organisation signifiante qui traitait à la fois le manque dans l'Autre, la jouissance du sujet et son identité, il se trouve que le discours du capitalisme, du fait qu'il destitue cet Un organisateur, impose ceci [ S2-> (a) ] qui ne permet plus une stabilisation. Le discours du capitalisme dit qu'il faut produire plus, et consommer plus.

Le discours de la science sectionne le lien d'écriture entre

    I
S/        A/
    (a)

Cette abolition du S1, nous pouvons en voir les effets :
-    au niveau théologique, c'est la fin de l'exclusivité de la religion catholique : l'Eglise sera subordonnée à l'Etat ;
- au niveau politique, c'est la fin de la Monarchie absolue au profit du gouvernement parlementaire, lui-même subordonné aux rapports d'administration,
-    au niveau du droit civil, c'est la fin de toute relation dissymétrique : abolition de la puissance paternelle, puissance maritale, de la distinction entre enfant légitime et bâtard, etc.,
- et c'est surtout l'avènement de la puissance des techniciens, des experts, des rapports de commission d'administration qui sont vraiment ceux qui dictent aux politiques élus la décision politique, càd technique, à prendre.

Et propose une autre écriture :
    (a)
S/        A/
    S2


Je pense qu'un sujet ne peut vivre sans points d'appui qu'il trouve dans le symbolique. Ca le stabilise. Ca met en forme le manque dans l'Autre. Ca traite sa jouissance.

Or, le discours du capitalisme, qui est le discours contemporain, rejette tout S1 comme point d'appui.

Il y a comme une antinomie entre le sujet qui invente un point d'appui qui lie son manque, la manque dans l'Autre et sa jouissance, et ce que lui dicte le discours contemporain, qui lui intime de rejeter tout ça, et de jouir.

Le sujet a besoin d'un point d'appui, d'un S1. Et par là, il est d'ancien régime. Mais il vit dans le discours du capitalisme.

C'est cette déhiscence, entre cet appui d'ancien régime et le discours du capitalisme, qui fait son malaise.

Jean-Claude Encalado
Partager cet article
Repost0
22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 17:44
Il reste quelques places pour cette dernière journée de formation cette année. N'hésitez pas à nous rejoindre.
Lieu : Centre de recherche et d'intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa)
33, rue Huart Chapel à Charleroi
Inscription par téléphone au 0475/36.50.19. Prix pour la journée : 50 euros à verser sur le compte n° 360-0409591-63.
Des comptes rendus des interventions précédentes sont disponibles sur le blog http://cripsa.over-blog.com. Nous vous invitons à vous inscrire à la newsletter du blog pour être averti des nouveaux articles publiés à chaque fois.



Atelier 3 : La psychose ordinaire, un nouveau concept. Définition, pertinence et clinique.


Le samedi 19 avril 2008 avec Katty Langelez et Guy de Villers (9H30-16H)

Katty Langelez :Le ravissement plutôt que le déclenchement

Geert Hoornaert étant retenu ce samedi, Katty Langelez interviendra et développera le thème du ravissement.
A partir d'une intervention d'Eric Laurent au cours de Jacques-Alain Miller en juin 2000, dont vous pouvez trouver le compte rendu dans un texte intitulé « un sophisme de l'amour courtois », le ravissement de Lol V. Stein, très beau roman de Marguerite Duras, a servi à dégager des avancées conceptuelles quant à la psychose ordinaire et aux suppléances qui permettent de tenir réel, symbolique et imaginaire quand le mot manque pour les nouer. C'est sur cette forme particulière d'être-à-trois mise en valeur chez Lol V. Stein, bricolage fantasmatique après le ravissement, que sera mis l'accent ainsi que sur la fonction qu'écrire a eue pour Marguerite Duras.

Guy de Villers : Branchement, débranchement, rebranchement

La psychose ordinaire se découvre au détour de ces figures du rapport  l'Autre. Nous nous en approcherons à partir de trois vignettes cliniques qui présente la manière dont certains sujets se soutiennent ou non dans l'existence alors qu'elle ne tient à rien.
Ces cas de psychose ordinaire ont été présentés par le professeur Jean-Claude Maleval en janvier 2003. Je vous invite à lire l'exposé des cas avant de nous retrouver le 19 avril 2008. Vous pouvez trouver le cours complet à l'adresse internet : w3.erc.univ-tlse2.fr/pdf/element_psychose_ordinaire.pdf

Extrait de :
ELEMENTS POUR UNE APPREHENSIONCLINIQUEDE LA PSYCHOSE ORDINAIRE
PROFESSEUR JEAN-CLAUDE MALEVAL (RENNES) : séminaire des 18 et 19 janvier 2003.

Le branchement sur un proche.
Ce qui retient l'attention dès les premiers entretiens chez Arielle est son élégance. Cette jeune femme apporte un soin extrême à son image. Elle n'a jamais présenté de symptôme psychotique manifeste. Selon son entourage elle exerce son métier et ses fonctions de mère de famille de manière satisfaisante. Pour les autres elle parait adaptée et heureuse, mais pour elle rien n'a de sens. "Chaque moment est bien, dit-elle, pourtant l'ensemble de la journée ne l'est pas: le un plus un plus un ne se fait pas". Elle ne dispose pas de la fonction phallique pour assurer le bouclage de la signification. Aussi est-elle contrainte de se tourner vers les autres pour s'orienter dans l'existence. Le soin pris à son image ne s'enracine guère en une volonté de séduire: il s'agit plutôt pour elle de masquer ce qu'elle nomme "le tas de boyaux". Parfois, confie-t-elle, pour me rassembler, je me regarde dans une glace, j'y vois ce que les autres voient". Cette formule indique que son regard sur elle-même se règle d'après l'opinion des autres, ce qui lui suggère le plus souvent d'adopter une attitude conformiste. "Je tiens par l'image, note-t-elle, si bien qu'il m'arrive de me demander ce que j'aurais fait si j'avais été aveugle, adaptée, et si elle ne présente pas le fonctionnement "comme si",elle le doit pour une grande part à la présence de son mari. Ce qu'elle l'exprime en une formule lapidaire: "je ne tiens à rien et pourtant je suis très dépendante de mon mari. C'est paradoxal". Elle précise: "je ne supporte pas qu'on attaque mon mari: c'est comme scier la branche sur laquelle je suis assise. Je m'alimente à ses pensées".
Pourtant Arielle affirme par ailleurs n'avoir découvert la souffrance qu'après son mariage. Lors de son enfance et de son adolescence,elle écartait aisément les problèmes, elle mettait les gens dans sa poche, elle s'arrangeait pour que l'avenir soit le bonheur. "Je m'appuyais sur mon nom", observe-t-elle, en effet son patronyme de naissance évoque une idée de jeunesse et de gaieté. Nommons-là "Jouvence". "J'étais gaie, insouciante, chouchoutée par mes professeurs, on plaisantait souvent de manière agréable sur mon nom, j'étais une sorte d'eau de jouvence. Dès toute petite je puisais
là une détermination à être heureuse". La propension à la substantivation du patronyme, souvent notée chez des sujets destructure psychotique, avait été mise par Arielle de manière originale au service de repères imaginaires stabilisants. "Or,poursuit-elle, après mon mariage, quand j'ai perdu le nom de mon père, et surtout l'omniprésence de ma mère, je suis tombée malade"1.
Il faut noter qu'elle trouvait aussi du côté de sa mère  un soutien d'importance. "Je n'ai pas de désir, constate-t-elle en une phrase remarquable, mais c'est le contraire de celui de ma mère". Elle précise que dans son enfance, sous son air insouciant et gai,elle s'est toujours efforcée de faire le contraire de sa mère. "C'était quelqu'un de plaintif, toujours en train de faire son ménage, tandis que j'étais joyeuse et bordélique". Il semble que le signifiant patronymique, pris à la lettre, ait permis à Arielle de ne pas être prise en une relation trop mortifère à sa mère, en lui ouvrant la possibilité de s'orienter en s'opposant à celle-ci. Ce texte conjugue un « cas extraordinaire » et un moment capital, décisif mais pas ultime dans l'investigation lacanienne des psychoses. Cette conceptualisation a une importance historique capitale, nous pourrions dire classique, mais a également ses limites que la clinique boroméenne essaie de cerner et de dépasser par une connexion bien plus étroite entre signifiant et jouissance. C'est au regard du classicisme de cette conceptualisation (nous allons y revenir de suite) que certain cas ni extraordinaires au sens du « monument de la pensée », ni rares au sens de la fréquence peuvent apparaître comme ne répondant pas au modèle et être donc « extra-ordinaire ».
Or la thèse de base de la clinique boroméenne est que « l'opposition canonique entre P° et Phi°, se complète de leur non-opposition dans une thèse générale et non plus restreinte » précise J-A Miller.
Quelque chose surclasse l'opposition trouble du langage-trouble du corps.
Il n'y a plus d'un côté l'Imaginaire et les pratiques de Jouissance et de l'autre le Symbolique1.

Dans la « Question préliminaire... », ce qui fait que le monde est et reste en ordre, qui fait que nos pensées ont lieu dans notre tête et pas ailleurs, c'est le NDP comme signifiant de l'Autre c'est à dire l'A de l'A .
Quand l'A de l'A n'existe pas, alors le concept de forclusion cède la place à celui de hors-discours. Le hors-discours résorbe l'opposition entre trouble du langage et trouble du signifiant et problématise l'idée de traiter la Jouissance par le signifiant, ce qui concerne particulièrement nos constructions lors des séminaires d'élucidation des pratiques psychothérapeutiques. Il y a des troubles dans lesquels ce n'est pas la forme signifiante qui est atteinte mais la signification : le mot comme la phrase ne sont pas touchés mais tout l'énoncé est marqué d'une intention ineffable, trace d'un « jouir du langage ».

A la fin de la conversation d'Arcachon J-A Miller résumait l'usage que nous faisons de la métaphore comme structure de la clinique de la substitution et invitait à la compléter par celle de la connexion2 dont la métonymie est la structure. Mon mari s'est occupé de moi, il m'a ramassée comme une loque, il  a pris la place de ma mère. Maintenant j'ai besoin de sa présence pressante et même parfois contraignante". Toutefois, aujourd'hui encore, quand ce soutien défaille, Arielle se découvre dominée par"un attrait pour le rien", alors, précise-t-elle, "j'aspire à me poser là comme un végétal et à me satisfaire de mon inertie; je n'aspire plus à rien d'autre qu'à rien". Elle n'est pas alors envahie par une jouissance Autre: elle s'éprouve séparée de son être de jouissance : comme une marionnette, dit-elle, dont on aurait coupé les ficelles.
Tout indique que ces moments-là sont surmontés grâce à la stabilité de la relation conjugale qui fait obstacle à une dérive des identifications imaginaires. L'amour et le désir du mari permettent à Arielle de maintenir un voile phallique porté sur son être et contribuent à soutenir sa capacité à se faire représenter au champ de l'Autre. De surcroit les idéaux du mari orientent le champ de la signification et instaurent des bornes à la jouissance du sujet.

Rien qui appartienne là en propre à la position féminine. Lucien le démontre. Il a une cinquantaine d'années, il est bien adapté socialement, malgré la persistance de quelques voix apparues quinze ans auparavant lors d'un grave épisode mélancolique. Toutefois il reste fondamentalement incertain de tout. Parfois ses voix lui apportent de l'aide, en lui donnant des conseils, qu'il suit volontiers; parfois cependant elles le déprécient et l'injurient, de sorte qu'il ne peut leur accorder une totale confiance. Dans son entourage, seule sa femme connait l'existence de ces voix, et il aura fallu plus d'un an pour qu'il m'en fasse part. Sa vie professionnelle le stabilise tant qu'il accepte de se régler sur des figures d'autorité.
Mis à part un certain évitement des relations sociales, rien dans son comportement ne laisse supposer qu'il s'agit d'un sujet présentant encore quelques troubles. Parfois cependant des questions l'assaillent. "Heureusement qu'il y a ma femme, note-t-il, elle a toujours la bonne réponse, elle me rassure. Parfois quand elle me parle, j'oublie tous mes soucis. Sans elle, je ne sais pas où je serais".Il n'a jamais fait état de quelque sentiment amoureux présent ou passé à l'égard de son épouse; mais il est très conscient que son équilibre est conditionné par la présence de celle-ci à ses côtés. Cependant, même au sein d'une relation conjugale apparemment stable, les conditions d'un branchement stabilisant ne sont pas toujours réalisées.

L'époux de Jacqueline se prête moins à la soutenir que celui d'Arielle. "Il faudrait que mon mari m'aide, me dit-elle, il a beaucoup de puissance sur moi. J'ai besoin de quelqu'un pour me retrouver, ses paroles ont beaucoup de poids. Mais il me stresse. Il ne m'aime pas". Elle constate que depuis plus de dix ans il constitue son principal soutien dans l'existence tout en se révoltant contre cette situation. "Je suis trop dépendante de lui: il ne me respecte pas". Bien loin de conférer à son image une valeur agalmatique, il semble plutôt viser son être. "Il me trouve nulle, dit-elle, il me traite comme sa chose". Dès lors sa vie lui parait"incertaine et ennuyeuse". Elle se présente souvent comme une obsessionnelle, cependant l'incapacité à choisir dont elle se plaint n'est pas celle du névrosé incapable de se décider entre plusieurs objets également attrayants, pour elle aucun des possibles ne la retient vraiment. Ses rares projets sont à l'évidence irréalistes. Ses récriminations contre son mari ne sont guère suivies d'effets. Elle donne plus une impression d'inconsistance que celle d'un miroitement comme si. Sa "nullité" lui est trop présente.
Quelques années après l'avoir perdue de vue, j'ai appris qu'elle s'était jetée du haut d'une tour.
Partager cet article
Repost0
10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 22:58
Atelier 3 : La psychose ordinaire, un nouveau concept. Définition, pertinence et clinique.

Le samedi 16 février avec Daniel Pasqualin et Philippe Bouillot (9H30-16H)

Daniel Pasqualin : Psychose à l'ordinaire
C'est celle qui ne se voit pas de loin, comme l'extraordinaire, qui est la psychose déclenchée, délirante, "classique", comme celle de Schreber, étudiée par Freud, puis par Lacan. Ici, c'est la psychose des petits hommes modernes, pour qui on ne peut pas toujours jurer qu'une fonction paternelle n'existe pas, d'une manière ou d'une autre, mais que l'on saisit plutôt à ses effets, soit l'absence de signification phallique. Ici pas de déclenchement repérable, mais plutôt débranchements du sujet.  Qu'est-ce à dire, sinon un retour souvent discret de la jouissance dans le corps, une jouissance délocalisée, qui n'est pas traitée par le signifiant du manque. Nous examinerons alors comment traiter cette jouissance, car il n'y a pas lieu de dramatiser la psychose, d'autres moyens que le phallus sont possibles, à ce carrefour du corps et du langage qui convoque toute la psychanalyse.  Comment distinguer les phénomènes de corps ici présents de ceux de conversion hystérique? Ceci pour les sujets qui se présentent à nous.
 
Pour le praticien aujourd'hui, l'élaboration sur la psychose ordinaire par J-A. Miller et les sections cliniques du Champ freudien en 98,  témoigne ainsi du fait que la psychanalyse est vivante, qu'elle n'est pas figée une fois pour toutes dans des textes canoniques, ce qui ne veut pas dire, qu'ils sont dépassés. Notre monde change, il changeait déjà quant à la place du père à l'époque de Freud et c'est pour cela qu'il inventa la psychanalyse. Se réfugier dans la nostalgie du père serait une impasse pour le praticien d'aujourd'hui.

Philippe Bouillot : La psychose « ordinaire »

Qu’entendons nous au juste par là ? Serait ce une psychose moins « extraordinaire » que d’autres. A moins qu’elle ne soit plus  « normale » que certaines qui seraient plus « pathologiques ». Ou encore plus « fréquente » aujourd’hui qu’hier ? A partir de cas cliniques nous tenterons de préciser la pertinence actuelle. Et l’utilité de cette approche de certaines formes discrètes de la psychose.


Le samedi 8 mars avec Monique de Villers et Marie-Françoise De Munck (9H30-16H)

Monique de Villers : De la psychose déclenchée à la psychose ordinaire
A partir de vignettes cliniques nous allons étudier les modes de stabilisation que le sujet psychotique met en place dans le cadre de la cure analytique.

Marie-Françoise De Munck : Entrée par l’« entre-je » dans la psychose ordinaire
« Il s’agit, au fond de la psychose, d’une impasse, d’une perplexité concernant le signifiant (…). Je suppose que le sujet réagit à l’absence du signifiant par l’affirmation d’autant plus appuyée d’un autre qui, comme tel, est essentiellement énigmatique (…) C’est là que se passent tous les phénomènes d’entre-je qui constituent ce qui est apparent dans la symptomatologie de la psychose. » Jacques Lacan, Séminaire III, p. 219.
Comment cette indication de Lacan peut-elle nous orienter dans le repérage de la psychose ordinaire ? A travers une série de cas, nous essaierons d’illustrer la dimension prégnante de l’imaginaire dans les rapports aux « autres ».

Le samedi 19 avril 2008 avec Geert Hoornaert et Guy de Villers (9H30-16H)


Lieu : Centre de recherche et d’intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa)
33, rue Huart Chapel à Charleroi
Inscription : Le nombre de places est limité à 20 participants par Atelier.
Paiement : 150 euros par Atelier. Versement à effectuer sur le compte n° 360-0409591-63 en indiquant en communication l’Atelier choisi.
Coordonnées à renvoyer à l’adresse ci-dessus ou par e-mail : cripsa@ch-freudien-be.org

Sur le blog de cripsa http://cripsa.over-blog.com  vous trouverez les programmes et des textes ou extraits d'interventions faites dans le cadre des formations. Pour être tenu informé des nouveaux articles parus, inscrivez-vous à la newsletter.
Partager cet article
Repost0
18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 23:35
Atelier 2 : Le sexuel est traumatique. Comment accompagner les adolescents dans leur rencontre avec ce réel ?

ANNONCE :
Le jeudi 17 janvier de 14h à 16h, Monique Vlassembrouck et Maïté Masquelier développeront ce qui peut se saisir de ce qui traverse les temps sur la question de l'adolescence à partir de deux références littéraires : Un adolescent d'autrefois de François Mauriac et Kiffe kiffe demain de Faïza Guène. Un texte d'Hélène Deltombe leur servira aussi d'orientation pour repérer le réel auquel les adolescents ont à faire et l'Autre social dans lequel ils trouvent leurs réponses.

Le vendredi 25 janvier l'atelier de lectures animé par Jean-Marc Josson sera orienté par un texte de Françoise Dolto extrait de son livre « Le nouveau comportement amoureux » in La cause des adolescents.

Le mardi 8 janvier 2008
9h30-11h : Conférence d'introduction par Bruno de Halleux
11h30-13h : Conversation clinique avec BdH
14h-16h : Exposé clinique par Claire Piette

Le jeudi 17 janvier 2008
9h30-11h : Cures d'adolescents, par Katty Langelez
11h30-13h : Conversation clinique
14h-16h : Lecture commentée par le cartel du cripsa

Le vendredi 25 janvier 2008
9h30-11h : Conférence par Thierry Vandewyngaert
11h30-13h : Conversation clinique avec TVdw
14h-16h : Atelier de lectures par Jean-Marc Josson

Les programmes plus détaillés avec titres et arguments pour chaque intervention seront publiés sur le blog de cripsa http://cripsa.over-blog.com Pour être tenu informé des nouveaux articles parus, inscrivez-vous à la newsletter.
Lieu : Centre de recherche et d’intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa)
33, rue Huart Chapel à Charleroi
Inscription : Le nombre de places est limité à 20 participants par Atelier.
Paiement : 150 euros par Atelier. Versement à effectuer sur le compte n° 360-0409591-63 en indiquant en communication l’Atelier choisi.
Coordonnées à renvoyer à l’adresse ci-dessus ou par e-mail : cripsa@ch-freudien-be.org
Partager cet article
Repost0
16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 22:49
Le texte que nous allons lire ensemble à l'occasion de cet atelier de lectures s'intitule : "La psychose chez l'enfant dans l'enseignement de Jacques Lacan". Il s'agit de la transcription d'une conférence qu'Eric Laurent est venue faire à Bruxelles en 1982. C'est un texte qu'on pourrait dire assez ancien, mais il est intéressant puisqu'il a été prononcé peu de temps après la disparition de Jacques Lacan et que nous pouvons noter dès ce moment-là le travail d'élucidation de son enseignement qui ne se limite pas au 1er Lacan, celui du tout symbolique.
 
Et précisément, concernant l'abord des psychoses chez l'enfant, au-delà de la rectification que Lacan opère du glissement imaginaire des post-freudiens en resituant le symbolique à sa place, se situe l'articulation du symbolique, de la jouissance et du corps. Eric Laurent nous invite à considérer l'enjeu de ces indications pour l'abord du travail avec les enfants psychotiques notamment.
 
Le texte sera distribué aux participants avant l'atelier. Il sera divisé en cinq parties intitulées pour l'occasion : 1)Introduction 2)Le Séminaire XI 3)L'allocution 4)Corrélation du sujet et de la jouissance 5)Le corps. Chaque partie sera commentée par un ou deux participants qui se proposeront de faire part aux autres de leur lecture, de leurs trouvailles et de leurs questions. Bien sûr, chacun est invité à lire le texte avant l'atelier. Il sera utile aussi de se référer à la page 215 du Séminaire XI de Jacques Lacan ainsi qu'au texte "Allocution sur les psychoses de l'enfant" (Autres écrits, pp. 361-371) qui sont les deux références majeures de ce texte.
 
Guy Poblome
Partager cet article
Repost0
28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 23:23
Atelier 1 : La psychose chez l'enfant. Quels en sont les signes, les conséquences pour le sujet et quel travail est possible.

Autour de nous, dans nos crèches, nos écoles, nos institutions, des enfants sont en difficulté, parfois en grande difficulté. Ils se défendent tant bien que mal en bougeant sans cesse, en agressant les autres, en développant des TOC ou des phobies. Exaspérés par leurs comportements, nous ne voyons pas que ce ne sont que de pauvres solutions face à l'angoisse monstrueuse qui les habite. A l'intérieur de leur petit être, c'est le chaos, le sol se dérobe à chaque instant et les adultes ne peuvent entendre ce qui se joue de terrible pour eux. Ils ne peuvent voir l'intérieur, car personne ne le peut, ils ne voient que la surface et ne peuvent l'interpréter qu'avec les moyens du bord. Derrière les symptômes, signaux de détresse, apparaissent souvent, plus souvent qu'on ne veut le voir, les failles d'une structuration subjective. A des degrés fort différents de l'un à l'autre, nous savons que nous avons affaire soit aux prémisses d'une psychose, soit à une psychose déclenchée mais contenue tant bien que mal par des barrages symptomatiques très lourds pour l'enfant, soit à des lignes de construction fragiles dont nous savons que si rien n'est fait pour les consolider, elles mèneront plus tard, le plus fréquemment à l'adolescence, à l'effondrement subjectif de l'enfant.

Combien de fois n'avons-nous pas regretté que ce soit si tard que ces enfants nous arrivent dans les institutions de soins spécialisées ou dans nos consultations privées. Nous avons donc décidé d'agir pour tenter avec les moyens dont nous disposons de réduire ce temps toujours trop long. Notre expérience nous a appris que plus tôt  nous pouvons intervenir plus de chances nous avons d'obtenir de bons résultats dans le travail thérapeutique. L'âge de l'enfant compte certes mais plus encore le temps écoulé entre le début des dysfonctionnements et la prise en charge. Plus celui-ci sera long, plus l'enfant dans sa solitude face à sa détresse aura développé des solutions souvent négatives : agressivité, repli, méfiance et plus les effets secondaires (décrochage scolaire suivi des dégradations des capacités intellectuelles) sont irréversibles.

Cette formation s'adresse donc à tous ceux et celles qui souhaitent améliorer leur capacité à repérer chez les enfants les signaux, ressorts et le fonctionnement d'une structure psychotique sans la craindre. Nous aborderons aussi la question du travail possible face à une telle conclusion car les pistes sont riches et multiples. La psychose si elle effraie bien souvent est aussi le terreau de possibilités extraordinaires à condition de bien vouloir accompagner le sujet sur son chemin.

Le mardi 6 novembre (9h30-16h) avec une introduction par Alexandre Stevens et un exposé clinique par Monique Vlassembrouck et Maïté Masquelier.
Le jeudi 15 novembre avec une conférence de Monique Stasse-Verhelle et un commentaire de texte par Katty Langelez
Le vendredi 23 novembre avec une conférence de Danielle Devroede et un atelier de lectures avec Guy Poblome.

Inscription par l'envoi de vos coordonnées à l'adresse mail : cripsa@ch-freudien-be.org et le paiement de 150 euros sur le compte n° 360-0409591-63 en indiquant bien le numéro de l'atelier choisi.

Partager cet article
Repost0
18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 14:52
Petite bibliographie pour l'Atelier 4

Claude Lévi-Strausss, Les structures élémentaires de la parenté, 1949
Roman Jakobson,Les Fondations du langage. Essais de linguistique générale, 1963.
Jacques Lacan, « Les complexes familiaux », in Autres écrits, Seuil, 2001.
Jacques Lacan, Séminaire XX, Encore, Seuil, 1975.
Quarto, L'enfant dans la civilisation, 89-90.
Marcela Iacub, L'empire du ventre, Fayard, 2004.
Pascale Jamoulle, Drogues de rues,  La débrouille des familles, et Des hommes sur le fil.
Sigmund Freud, Totem et tabou, Payot, 1923.

La Cause freudienne, Les nouvelles utopies de la famille, n°60.
La Cause freudienne, La famille résidu, n°65.

Pour l'atelier de lecture autour du texte de Jacques Lacan, Les complexes familiaux, nous le découperons en trois parties : tout d'abord l'introduction, L'institution familiale et les deux premiers complexes (de sevrage et d'intrusion), le deuxième samedi, nous prendrons uniquement le complexe d'Oedipe, et le troisième samedi, nous nous arrêterons aux complexes en psychopathologie. L'animation de cet atelier de lecture sera assurée par le cartel constitué au cripsa pour préparer les formations.
Le samedi 24 mars, Marie-Jeanne Brichard, illustrera la référence que Lacan fait à Saint-Augustin. Katty Langelez s'attardera aux applications cliniques du complexe d'intrusion.
Partager cet article
Repost0
2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 00:32

Les Ateliers du CRIPsa à Charleroi

Troisième Atelier : Qu’est-ce qui se cache derrière les TOC ?

Mardi 27 février 2007

9h30-11h : Alexandre Stevens, Conférence d’introduction

Les TOC, troubles obsessionnels compulsifs, sont souvent présentés comme un nouveau symptôme dans la clinique contemporaine. En fait, ce qui est nouveau c’est de prendre la manifestation symptomatique par son bout le plus apparent, celui du comportement ou du phénomène visible. Alors que si l’on écoute les sujets qui présentent ces TOC on y découvrira des positions subjectives totalement différentes. Tel présente des symptômes obsessionnels caractérisés par leur mode défensif, alors que tel autre essaye de contrôler l’envahissement par sa psychose à l’aide de ritualisations. Mais pour s’en apercevoir il faut passer d’une clinique du regard à une clinique du discours.

11h30-13h : Katty Langelez, Clinique freudienne des TOC

Déjà chez Freud on trouve des cas très élaborés de troubles obsessionnels compulsifs qu’il étudie, décortique, et lit avec une très grande finesse, véritable enquête d’un Sherlock Holmes. Nous reprendrons ensemble cette lecture clinique passionnante.

14h-16h : Marie-Françoise De Munck, Ordre du monde et commandement

Les TOC apparaissent comme des comportements qui s'imposent au sujet. Sont-ils une soumission des sujets à un impératif extime ou visent-ils à introduire un ordre dans le monde ? Ces questions nous serviront de fil pour la lecture de divers cas cliniques.

 
Jeudi 8 mars 2007
9h30-11h : Monique de Villers, La fonction des TOC dans la névrose et dans la psychose
Dans la névrose obsessionnelle, les troubles compulsifs sont à déchiffrer comme des symptômes,
à savoir des manifestations d'un conflit psychique entre le désir et l'interdit.
Le symptôme, en effet, noue la jouissance et la chaîne signifiante.
Nous nous réfèrerons au cas de Freud : L'homme aux rats (dans Cinq psychanalyses),
pour exemplifier cette thèse.
Dans la psychose, les TOC servent de suppléance à la forclusion
et constituent un traitement de la jouissance non mortifiée de l'Autre.

11h30-13h : discussion clinique avec les participants

14h-16h : Patrick Lejuste, Une destitution de notre savoir et de notre vouloir…

Gaétan, un résidant du Foyer, m’expliquera qu’actuellement il est dans une phase de « reconstruction ».   C’est comme s’il avait subi un choc physique qui nécessitait une remise en ordre. Et cette remise en ordre passe, pour l’instant, par un travail incessant de « vérification ». Cette modalité de reconstruction via la vérification a été nommée, par son entourage et par certains intervenants, de troubles obsessionnels compulsifs. Depuis lors, il se présente à nous par un « je suis toc ».

Les parents de Gaétan et ces mêmes intervenants l’ont invité à consulter un spécialiste de ce genre de troubles. Il nous a fait part du type de traitement qui lui est prodigué et a témoigné d’un certain étonnement. La manière de procéder du psychologue tenait du discours commun mais qui s’avère dénuée de tout recours pour Gaétan. Il s’agissait de dédramatiser ou d’utiliser une certaine légèreté. L’usage de la dédramatisation ou de la dérision peuvent alléger dans certains cas mais pour Gaétan cela semblait le précipiter dans sa solitude ou dans la perplexité. Il nous fallait repenser toute notre intervention étant donné l’impasse dans laquelle nous pataugions.

 
Jeudi 16 mars 2007

9h30-11h : Isabelle Robert, « Opérer sur le corps pour tenter d’opérer un corps. »

Le DSM IV qui a recensé les symptômes en tant qu’il s’agit de les éliminer, a isolé le TOC, soit le « trouble obsessionnel compulsif ». Un bref parcours sur Internet nous convainc que tous les moyens sont prévus pour les éradiquer : psychotropes, nombre définis de séances de comportementalisme voire neurochirurgie pour les plus résistants !

Ainsi Joan se lave les mains sans arrêt, se met à l’abri de la contamination par des rituels d’isolation, n’a de cesse de regarder son image dans le miroir, exerce compulsivement une pression sur ses tempes pour tenter de rétrécir son visage... Ces « tocs » ne sont pas sans comporter, pour lui, un caractère énigmatique et douloureux. La question qu’ils soulèvent se résume-t-elle à celle de leur éradication ?  Nous tenterons au contraire, au travers des dits et des pratiques mises en place par ce parlêtre, d’y lire rien moins qu’un traitement de l’insupportable, qu’une tentative de Joan d’opérer un corps, soit un organisme négativé, vidé de jouissance.

11h30-13h : discussion clinique avec les participants

14h-16h : Philippe Hellebois, Atelier de lecture

A partir de lectures tirées de la littérature contemporaine sur les TOC, nous proposons une réflexion et une critique clinique.

 
 
 

Lieu : Centre de recherche et d’intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa) - 33, rue Huart Chapel à Charleroi

Inscription : Le nombre de places est limité à 20 participants par Atelier.

Paiement : 150 euros par Atelier. Versement à effectuer sur le compte n° 360-0409591-63 en indiquant en communication l’Atelier choisi. Coordonnées à renvoyer à l’adresse ci-dessus ou par e-mail : cripsa@ch-freudien-be.org

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 23:38
Désir et suicide

Pente au suicide et n’avoir pas été désiré

Lacan indique dans le sem V (p. 245) que nous rencontrons une irrésistible pente au suicide chez des sujets « plus ou moins caractérisés par le fait d’avoir été des enfants non désirés ».
« A mesure même que s’articule mieux pour eux ce qui doit les faire s’approcher de leur histoire de sujet, ils refusent de plus en plus d’entrer dans le jeu. Ils veulent littéralement en sortir. Ils n’acceptent pas d’être ce qu’ils sont, ils ne veulent pas de cette chaîne signifiante dans laquelle ils n’ont été admis qu’à regret par leur mère. »

Dans sa conférence à Genève sur le symptôme, Lacan revient également sur la façon dont le sujet a été désiré : « Nous savons bien » dit-il « l’importance qu’a eue pour un sujet, je veux dire ce qui n’était à ce moment que rien du tout, la façon dont il a été désiré. » « Il y a des gens qui vivent sous le coup, et cela leur durera longtemps dans leur vie, sous le coup du fait que l’un des deux parents – je ne précise pas lequel – ne les a pas désirés. C’est bien cela le texte de notre expérience de tous les jours. » « Même un enfant non désiré peut, au nom de je ne sais quoi qui vient de ses premiers frétillements, être mieux accueilli plus tard. N’empêche que quelque chose gardera la marque de ce que le désir n’existait pas avant une certaine date. »

Jacques Alain Miller, à une question qui lui était posée à la suite de sa conférence sur le passage à l’acte que vous trouvez dans la revue Mental, indique également que « l’enfant non désiré peut se sentir une vocation à la disparition… »

C’est cette conjonction entre pente au suicide et le fait de n’avoir pas été désiré que je voudrais déplier aujourd’hui.


Principe de plaisir et tendance vers la mort

Dans le séminaire V, p. 243, Lacan part là de la découverte que fait Freud à partir de ses cures et qu’il articule dans son texte « L’au-delà du principe de plaisir ».
« A considérer le mode de résistance ou d’inertie du sujet à une certaine intervention curative,… nous sommes amenés à articuler le principe de plaisir comme la tendance de la vie à retourner à l’inanimé. Le dernier ressort de l’évolution libidinale, c’est de retourner au repos des pierres. …. Cet apport de Freud, s’il est paradoxalement nouveau, voire scandaleux … n’est par ailleurs qu’une extension du principe du plaisir, tel que Freud le caractérisait par le retour à zéro de la tension. Il n’y a pas, en effet de plus radical retour à zéro que la mort…. »

Principe de plaisir comme retour à la mort, plaisir effectif et le voile, croyance, leurre.

Lacan poursuit p. 244 « … cette formulation du principe de plaisir, nous sommes tout de même forcés pour distinguer, de la situer au-delà du principe de plaisir. » « dès lors que l’on admet que le principe du plaisir est de retourner à la mort, le plaisir effectif, celui auquel nous avons affaire concrètement, nécessite un autre ordre d’explications. Il faut bien que quelque truc de la vie fasse croire aux sujets, si l’on peut dire, que c’est bien pour leur plaisir qu’ils sont là. On en revient à la plus grande banalité philosophique, à savoir que c’est le voile de Maïa qui nous conserverait en vie grâce au fait qu’il nous leurre. »

Réaction thérapeutique négative

« Il ne faut rien de moins à Freud pour justifier de l’existence de ce qu’il appelle la réaction thérapeutique négative…. Elle se manifeste par toute sorte de choses extrêmement gênantes pour le sujet comme pour nous et son entourage. … qu’à tout prendre n’être pas né peut paraître un meilleur sort pour tout ce qui est venu à l’être. La parole qu’Œdipe finit par articuler, son më phunai (n’être pas né), comme le terme dernier donnant le sens où vient culminer l’aventure tragique, bien loin d’abolir celle-ci, l’éternise au contraire, pour la simple raison que si Œdipe ne pouvait pas arriver à l’énoncer, il ne serait pas le héros suprême qu’il est. C’est justement en tant qu’il l’articule  finalement, c'est-à-dire qu’il se pérennise, qu’il est ce héros. »

Donc
1. Ce qui caractérise le principe de plaisir, c’est un retour à la tension zéro, à la mort, au repos des pierres. Ce qui justifie que nous l’appelions au-delà du principe de plaisir.
2. Dès lors, ce qui explique le fait que nous trouvons du plaisir à la vie, pourrait être lié à l’existence d’un voile, d’un leurre, d’une croyance.
3. Il arrive, tel Œdipe, qu’un sujet lèvant le voile sur ce qui cause son désir de savoir, sur ce qui l’a mis en quête de savoir, articule un souhait de mort. « Mieux vaut être n’être pas né que de vivre avec ce savoir sur mon être. »

Je vous lis les dires d’Œdipe (Sophocle p. 86, 87)
Et le Coryphée  (p. 87)

4. Comprenons bien ce que nous dit Lacan : Ce qui fait d’Œdipe un héros, c’est le fait dire ce « Maudit cet homme qui me sauva de la mort »… Car nous dit Lacan, en l’articulant, d’une part, il éternise son aventure tragique… et d’autre part, il se pérennise lui-même, il se rend durable, il se fait durer mais en endurant... S’il s’était donné la mort, il ne pourrait plus l’énoncer.



Poursuivons notre étude de cette conjonction entre pente au suicide et le fait de n’avoir pas été désiré.

Pour ce faire, je m’appuierai sur
-    l’articulation de Lacan dans ce chapitre du séminaire V : Désir et signifiant
-    sur le texte de Pierre Gilles Guegen dans Mental 17 : Suicide et parti pris de ne rien savoir
-    sur un cours de Jacques Alain Miller : Rapport indicible à la jouissance et castration



Séminaire V – Désir, dimension essentielle du signifiant

Qu’est-ce que Jacques Lacan nous amène sur le lien entre désir et suicide ?
Comment entendre ce « N’avoir pas été désiré » ?
Lacan dit, soulignons-le, que dans ces cas, c’est exactement ce que nous retrouvons dans les autres cas. Donc point commun : « la présence d’un désir qui s’articule non seulement comme désir de reconnaissance mais comme reconnaissance d’un désir. » Et Lacan ajoute « Le signifiant en est la dimension  essentielle. ».  Donc attention, s’arrêter à la réalité nous ferait manquer la fonction de ce qui est en jeu et qui est en jeu également dans les autres cas.
Quel est cet enjeu ?
Plus le sujet parle, plus s’affirme d’une part, son désir de reconnaissance – se faire reconnaître par l’analyste au moyen du signifiant –, plus il s’approche d’autre part, de la reconnaissance d’un désir.  Quel est ce désir  qui se reconnaît, qui s’entrevoit dans l’analyse ?

Lacan aborde ce désir à partir du texte de Freud sur le fantasme « Un enfant est battu » - plusieurs patient(e)s le lui ayant avoué avec beaucoup de culpabilité -. Lacan en reprend les trois temps.
1er temps : dans cette phase du fantasme (la plus archaïque), le sujet se fait spectateur. « Mon père bat l’enfant haï par moi. » L’enfant battu est un germain, un petit frère ou une petite sœur.
Pour Freud, la signification de ce fantasme se situe au niveau du père : le père refuse son amour à l’enfant battu. L’enfant battu est l’objet d’un sévice et ce sévice consiste à le dénier comme sujet, à réduire à rien son existence comme désirant, à le réduire à un état qui tend à l’abolir comme sujet.
2ème temps : ce temps est reconstruit dans l’analyse car il est refoulé; il ne peut pas être articulé par le patient. « Mon père me bat » Il témoigne du désir d’être l’objet du désir du père avec ce qu’il comporte de culpabilité, nécessitant que le patient se fasse battre.
3ème temps : La formulation « Un enfant est battu » est celle avouée par le patient.

Ce désir qui est entrevu par le sujet qui parle, Lacan le situe au second temps, ce temps où c’est le sujet lui-même qui est aboli, qui est battu par le père. La signification de « Mon père me bat » est double : à la fois reconnaissance et amour du père (ce qui le valorise, à savoir être choisi par le père) et mode de relation interdite du sujet avec le père (ce qui le profane, à savoir être l’objet du désir du père).

Et nous dit Lacan, ce dont il s’agit là, à travers ce fantasme, c’est du rapport du sujet au langage, au signifiant. Le fouet, c’est ce qui laisse une marque, c’est le signifiant. Je vous lis p. 243 «  Il y a donc le message, celui qui ne parvient pas à la place du sujet. C’est l’impensable (temps deux). En revanche, la seule chose qui demeure, c’est le matériel du signifiant, cet objet, le fouet, …qui reste comme un signe du rapport avec le désir de l’Autre. »
Et p. 247 Comment le sujet se sent-il affecté comme désir par le signifiant ? pour autant que c’est lui qui est aboli par le fouet imaginaire et bien entendu signifiant.

Nous retrouvons là ce qu’écrit très joliment Jacques-Alain Miller dans un texte intitulé « Los padres dans la direction de la cure (quarto 63) « Le père, c’est la parole. Et sans doute le sujet est fils de la parole ».

Donc ce qui se passe pour le sujet qui se découvre non désiré ou désiré qu’à regret, a lieu aussi pour tout sujet qui s’engendre à l’aide du signifiant…

Plus il s’engendre à l’aide du signifiant, moins il est identifié, moins il est « quelqu’un » mais plus il devient… ce sujet désirant, ce signifié qui court sous la chaîne signifiante.
Ex : « Cet enfant qui se croit quelqu’un dans sa famille, une seule taloche suffit souvent à le précipiter du faîte de sa toute-puissance. Et bien il s’agit d’un acte symbolique.» p. 241 dans la mesure où cet acte abolit le sujet, le barre, le fait chuter du signifiant auquel il s’est accroché pour le rendre ainsi désirant. En quelque sorte pour le faire entrer dans la chaîne.

Mais, et c’est là ce sur quoi Lacan attire notre attention, plus un sujet s’affirme avec le signifiant comme voulant sortir de la chaîne signifiante ou ne voulant pas y entrer, plus il y entre, plus il se trouve lié à cette chaîne. Plus il devient le signe de cette chaîne. « C’est précisément à partir du moment où le sujet est mort qu’il devient pour les autres un signe éternel, et les suicidés plus que les autres. » p. 245

Vignette clinique :

Une patiente en analyse raconte combien, alors qu’elle était enfant, un mensonge (qui lui avait échappé) lui a procuré une honte cuisante lorsqu’il a été dévoilé. Cette honte l’a hantée pendant très longtemps. Elle voulait effacer ce dire (ce S1), l’éliminer (tâche impossible) et s’auto-punir, c'est-à-dire s’éliminer avec son dire.  « J’ai voulu mourir » dit-elle.

Le soir du dévoilement, sa mère pourtant lui a demandé : « Pourquoi as-tu dit cela ? »
Impossible pour elle d’y répondre d’amener un 2ème signifiant, un S2, tant elle ne voulait plus y penser en raison de la honte.
Et n’osant plus parler de peur que quelque chose de honteux à nouveau lui échappe, elle a choisi de se taire, devenant par la suite une ombre silencieuse à l’image de son père (dont elle avait repéré « la souffrance silencieuse »)

Quand adulte, elle entre en analyse, elle se dit « complètement morte ». Elle a renoncé à l’amour, au désir. Toutefois elle formule très vite sa volonté de vivre.
Son analyse consiste, pour elle, à réapprendre à parler… à désirer…

Ce petit exemple clinique illustre, me semble-t-il, ce moment de décision d’un sujet de refuser  d’entrer dans la chaîne. Voulant sortir de la chaîne, éliminer son dire, elle y reste accrochée, au prix de nombreux symptômes, jusqu’au moment où elle entre en analyse bien des années plus tard… Elle va y reprendre la question posée par sa mère et tenter d’y répondre : « Pourquoi tu as dit cela ? » Elle scande d’ailleurs maintenant très fréquemment ses dires par la formule : « Pourquoi est-ce je dis cela ? »

Donc cette patiente, petite fille curieuse pourtant, a voulu sortir de la chaîne au prix de renoncer à son désir. Elle y est pourtant restée accrochée à ce dire laissé en suspens, ce dire qui lui était si étranger et que pourtant elle avait dit.

Parti pris de ne rien savoir

Lacan indique dans Télévision que le suicide « procède du parti pris de ne rien savoir. » (Autre Ecrits p. 542) C'est-à-dire d’une décision du sujet, d’une responsabilité qu’il a prise. Il cherche en envisageant cet acte ou en le mettant en œuvre, à « éviter une zone de savoir qui concerne au plus près son être au monde et sa possibilité de désirer » (Pierre-Gilles Guégen Mental p. 10) « Loin de considérer que le sujet qui a rencontré sur son chemin l’idée du suicide… est une victime à sauver, le psychanalyste cherchera au contraire à lui donner les moyens de se réapproprier son acte ou les pensées qui l’y conduisaient, à dévoiler la structure de l’acte ou à déchiffrer les pensées obsédantes qui l’envahissaient., en bref à le subjectiver… » (Pierre Gilles Guegen Mental p. 11)

« C’est pourquoi toute tentative de suicide est du point de vue de la psychanalyse à prendre au sérieux, de même qu’il convient de porter la plus grande attention à l’aveu des pensées suicidaires : il n’y a pas de suicide banal. On a tort de considérer comme bénin le suicide d’appel. Il ne faut pas croire, comme on le dit parfois, que la névrose obsessionnelle protège absolument du passage à l’acte. Il y a dans tout intention suicide une mise en jeu de l’être qui, qui comme telle, est toujours un pari. » (Pierre Gille Guegen – Mental p. 11)
« L’action de l’analyste consiste à donner au sujet, autant que faire se peut, le désir de surmonter la passion  de l’ignorance qui l’a amené à penser à se suicider ou à attenter à ses jours pour éviter un savoir le concernant. La voie de la psychanalyse consiste donc à obtenir par le déploiement de la parole, un savoir concernant le réel que le suicidaire dans son acte évite et obtient à la fois, mais trop tard, un savoir sur la castration et un consentement aux limites qu’elle impose. » (Pierre Gilles Guégen Mental p. 12)


Rapport indicible à la jouissance et castration

Pour éclairer ce qu’est ce consentement à la castration, je partirai d’un cours du JA Miller  du 10 mai 2006, cours dans lequel il commente des leçons du séminaire d’un Autre à l’autre.

JAM part d’une phrase de J Lacan « Le sujet surgit du rapport indicible à la jouissance, d’avoir reçu ce moyen, le signifiant, en est frappé d’une relation à ce qui, se développant à partir de là va prendre forme comme Autre. »

D’un côté le sujet surgit du rapport indicible à la jouissance => S
De l’autre le sujet en est frappé d’une relation à l’Autre => A
Entre les deux il y a le « d’avoir reçu le signifiant ».


Rapport à la jouissance  - Relation à l’Autre

D’un côté on a un rapport à quelque chose qui est indicible, qui n’a pas encore accédé au signifiant
De l’autre on a le développement signifiant, le sujet qui se trouve pris dans le développement signifiant, la relation signifiante à l’Autre.
On peut écrire cela comme cela.

X rapport J => S

S1 S2 => A

Entre les deux on a le « d’avoir reçu ce moyen, le signifiant », le point d’insertion du signifiant qu’on peut inscrire également à côté du S – le S surgit du rapport indicible à la jouissance d’avoir reçu ce moyen, le signifiant.
L’intérêt de Lacan n’a jamais cessé pour ce X du rapport indicible à la jouissance. Cet indicible, ce hors signifiant. C’est là qu’on peut situer le traumatisme, le troumatisme, jeu de mots de Lacan pour dire que le sujet qui surgit du rapport indicible à la jouissance, le sujet de la jouissance ne peut être désigné que par un trou. S, c’est le sujet comme trou. Ce X, Lacan l’a identifié à ce que vise le signifiant, à ce que vise la répétition. Il l’a identifié à la présence de l’analyste.

Par contre le S barré, le sujet comme manque à être, surgit du « d’avoir reçu ce moyen », de l’insertion du signifiant.
D’un côté on a le sujet représenté par le signifiant pour un autre signifiant, le sujet véhiculé par le signifiant…
Mais on a aussi le sujet représenté par autre chose, par cette perte que produit le signifiant et que Lacan écrit a. C’est la marque de ce qu’une fois dissipé, l’événement de jouissance revient au sujet. Ce petit a va fonctionner comme la cause du désir.

Pourquoi amener cette construction ? Pour nous indiquer que Lacan fait de la jouissance un point à l’infini, un point qu’aucune manœuvre de rapprochement, aucun pas à pas ne nous permet d’atteindre. C’est ce que Lacan appelle l’impossible. Ce que le névrosé nomme comme son insuffisance, son « Je ne suis pas à la hauteur », c’est une façon de cacher ce point d’impossible, de le faire exister comme possible. L’insuffisance du sujet névrosé est un alibi. Elle masque ce point d’impossible, cette impossibilité d’atteindre la jouissance (faire rapport sexuel). C’est cela la castration.

Certains sujets peuvent ne pas y consentir et décider de se passer de l’Autre, des détours du signifiant pour rejoindre dans l’acte suicide cette jouissance.

Pour conclure,
Notre question tournait autour de ces dires de Lacan sur la pente au suicide chez des enfants non désirés.
Nous avons voulu nous partir de l’articulation qu’il propose dans le séminaire V. Articulation qui nous a conduit à nous pencher sur rapport du sujet au signifiant, qui devient l’Autre du sujet (la vignette clinique l’indique – son mensonge lui apparaît à elle énigmatique), et sur la responsabilité du sujet dans son consentement ou non, à en passer par cet Autre, par le signifiant., dans son consentement ou non à la castration.
C’est le versant que nous avons accentué.
Toutefois, il y a des textes où Lacan met l’accent sur « la transmission par les parents d’une constitution subjective impliquant la relation à un désir qui ne soit pas anonyme… »(cfr Note sur l’enfant dans les Autre Ecrits) ou encore cette occurrence « La façon dont lui a été instillé un mode de parler ne peut que porter la marque du mode sous lequel les parents l’ont accepté » (cfr à Genève sur le symptôme)

Véronique Robert
Partager cet article
Repost0
3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 22:55
Les  Ateliers du CRIPsa à Charleroi


Deuxième Atelier : Suicide et passages à l’acte à l’adolescence : comment intervenir ?

Mardi 9 janvier 2007
9h30-11h : Nadine Page, Sorties de scène
Jacques Lacan définit le passage à l’acte comme une sortie de scène, une sortie brutale de la scène du monde, un « non » proféré à l’égard de l’Autre. Ainsi, ce n’est pas la nature de l’acte qui définit le passage à l’acte, mais bien la mise subjective qui s’y joue. Nous nous proposons d’éclairer ces repères théoriques à l’aide de plusieurs vignettes cliniques mettant en tension les enjeux propres à l’adolescence et ces « sorties de scène » qui actualisent brutalement l’impasse d’un sujet.

11h30-13h : Maïté Masquelier, Un cas clinique
J'aborderai la question soulevée pour cet atelier à partir du cas d'un jeune psychotique pour qui le mode résolutoire d'un rapport à l'Autre problématique est le passage à l'acte. Jacques-Alain Miller dans son texte paru dans Mental 17 : « Jacques Lacan :  remarques sur son concept de passage à l'acte » indique que l'acte ne prend ses coordonnées que du langage, qu'il y a à saisir les connexions de l'acte et du langage. C'est ce que nous nous efforcerons de démontrer dans le travail d'accompagnement du sujet en institution.

14h-16h : Véronique Robert, Désir et suicide
Certains sujets vivent sous le coup, portent la marque de n'avoir pas été désirés. Nous aborderons la pente suicidaire, l'acte suicidaire, dans son articulation avec ce qui pour ces sujets, les fait s'approcher
de ce savoir, et ce, en distinguant névrose et psychose.
Nous nous appuierons sur les références suivantes : Mental N0 17, avril 2006, Face au suicide, la psychanalyse. J. Lacan, les formations de l'inconscient, séminaire V, chapitre XIII, Le fantasme au-delà du principe de plaisir, p. 245.


Jeudi 18 janvier 2007
9h30-11h : Daniel Pasqualin, Tentative de risque
Nous prendrons comme toile de fond le film de Sofia Coppola Virgin Suicides de 1999. Il nous permettra de déplier quelques questions sur le suicide chez les adolescents, sur la fascination que peut exercer le flirt avec la mort, et sur cette notion actuelle de prise de risques.  Nous nous référerons au concept lacanien de passage à l’acte (Séminaire l’Angoisse) pour dialectiser cette notion de risques. En effet, il semble bien que le suicide parfois, est un risque calculé qui protège d’un risque plus grand encore, celui de s’avancer dans l’existence au-delà du manque de nomination pré-établie. Soit pour chacun l’aventure d’inventer son sinthome. Comme le dit le docteur à Cécilia, après sa « première tentative », dans le film de Sofia Coppola, « qu’est-ce que tu fais là mon pauvre chou ? A ton âge, on ne connaît pas encore les souffrances de la vie… » Et Cécilia de répondre : « Manifestement, docteur, vous n’avez jamais été une fille de treize ans. » Sa réponse indique pour nous sur quoi nous nous devons de répondre, ou comment intervenir pour parer à ce court-circuit du passage à l’acte.

11h30-13h : discussion clinique avec les participants

14h-16h : Véronique Servais, Les conditions de l’intervention face à l’automutilation
« La fonction de chacun de ses organes fait problème au schizophrène, et il s’impose à lui de trouver, d’inventer la fonction de chacun de ses organes, sans le recours, dit Lacan, d’aucun discours établi… le sujet schizophrène peut se trouver conduit à faire entrer à toute force le moins, la soustraction structurale, dans son corps sous la forme de blessures, voire de mutilations répétitives. » Voilà comment Jacques-Alain Miller nous propose de lire la mutilation dans la psychose schizophrénique (1). A considérer la mutilation comme un passage à l’acte, une réponse violente du sujet psychotique pour tenter de mettre fin à « la voix que personne n’entend, au regard que personne ne voit », nous tenterons de répondre à ces questions : « Quelles sont les conditions pour que le rapport à l’objet se modifie? Quelles sont les conditions relatives à l’intervenant qui s’occupe du sujet psychotique ? » (2)
Nous partirons du travail avec deux adolescents psychotiques en institution. Pour ces deux cas, il y a un réel, celui de la voix plus spécialement. Il y a un certain consentement de la part du sujet à en témoigner et à chercher, avec quelques partenaires dans l’institution, ce qui traite ce réel. Nous essaierons de distinguer ce qui fait traitement pour chacun. Dans un cas, le sujet s’appuie sur ce qui a fait défaut à la troisième génération pour s’inventer une nouvelle famille. Dans l’autre cas, le sujet cherche toujours à savoir y faire mieux avec la mère.
(1) Miller J.-A., « Propos sur la mutilation », bulletin ACF CAPS, n°4, juin 1999
(2) Naveau P., « Psychose et passage à l’acte », Feuillets du Courtil, n°24, février 2006


Vendredi 26 janvier 2007
9h30-11h : Jean-Marc Josson, Le passage à l’acte suicidaire, éclairé par la psychanalyse
Le passage à l’acte est conceptualisé par Jacques Lacan dans son Séminaire L’angoisse, notamment à partir du cas de « la jeune homosexuelle » de Sigmund Freud. Cette conceptualisation permet de dégager les coordonnées du passage à l’acte suicidaire, de situer celui-ci dans le cadre d’une clinique différentielle, et d’orienter nos interventions face aux risques de passage à l’acte suicidaire dans le cadre de nos pratiques.

11h30-13h : discussion clinique avec les participants

14h-16h : Guy de Villers, Atelier de lecture
A partir d’un texte qui sera choisi et mis en lecture auprès des participants, nous débattrons à partir des questions et commentaires qui seront apportés.

Lieu : Centre de recherche et d’intervention en psychanalyse appliquée (CRIPsa) - 33, rue Huart Chapel à Charleroi
Inscription : Le nombre de places est limité à 20 participants par Atelier.
Paiement : 150 euros par Atelier. Versement à effectuer sur le compte n° 360-0409591-63 en indiquant en communication l’Atelier choisi. Coordonnées à renvoyer à l’adresse ci-dessus ou par e-mail : cripsa@ch-freudien-be.org
Partager cet article
Repost0

Articles Récents